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11 -
Éclats de verroterie en kaléidoscope, des
coins, des camarades et notre jargon. (où,
qui, quoi, comment ?)
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a)
où
?
b)
qui
?
c)
quoi
?
d)
comment
?
*
* * * * * *
Dans
la nuit de mes souvenirs (presque la nuit des temps..), jaillissent
souvent des étincelles, des flashs vite allumés, pas si
vite effacés. Comme des miettes éparpillées,
tombées d'un gros gâteau goulûment dégusté
pendant six ans, Comme autant de petits éclats de verroterie
dans un kaléidoscope qui glissent, forment des dessins, des
étoiles (Stella duce) multicolores, magiques, nostalgiques...
<
Un kaléidoscope est un jouet extraordinaire, c'est un cylindre
magique dans lequel sont disposés trois miroirs en forme de
prisme à l'intérieur desquels gravitent des petits
morceaux de verre coloré, quelques paillettes de papiers
jaunes, orange, grenat et quelques petites pierrailles bleues,
vertes, rouges. D'un côté il y a un oculaire et de
l'autre un papier translucide pour laisser passer la lumière.
Placez un œil sur l'oculaire et faites doucement tourner le
cylindre, vous verrez alors apparaître des figures
extraordinaires, des dessins magiques, un miracle de géométrie,
de couleurs et de formes, des étoiles sans cesse changeantes
et imprévues. "Oh! regarde celui-ci! Et encore
celui-là!", disions-nous en nous passant la boîte
magique avec précaution pour éviter de troubler le
dessin obtenu, et que jamais plus on ne reverrait quand les
composants se seraient mélangés. Quelle merveille! Et
tout ça, à partir de trois fois rien, de la verroterie
et des petites pierres multicolores. >
Trop
courts hélas, ces instants ne peuvent chacun constituer
l'objet d'une belle histoire. Mais réunis en bouquets, ils
pourraient miroiter ou crépiter comme un feu d'artifices.
Essayons en nous laissant guider par quatre questions :
Où,
qui, quoi, comment ?
Inutile n'est-ce pas de
préciser quand cela se passait,
puisque c'était toujours quelque part entre septembre 49 et
juillet 55. Inutile non plus d'essayer de savoir pourquoi.
En effet, qui pourra jamais connaître les raisons des ados que
nous étions. Peut-on sonder les cœurs et les reins de gamins
pleins de vie et de fougue ? Alors sans tarder, voyons ces bribes de
souvenirs, ces anecdotes fugaces, ces pétales parfois fanés
d'un bouquet adressé à Mnémosyne. Et commençons
cet effeuillage en répondant d'abord à la question :
Haut
a)
Où ? Ballade
pour une balade
Un
jour que je rêvais de mon collège, j'ai nettement
entendu une petite voix intérieure me seriner une chanson que
j'appelai : ballade pour une balade. (Attention à
l'orthographe : la ballade est une chanson, une ode, un poème
et la balade une promenade. Mais cette balade-ci nous baladera là,
en divers petits coins.. Nous insistons sur les « petits »
coins, comme autant de trous perdus dans cet immense collège.)
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« Dis,
fais-nous voir, du grand collège « les
coins secrets, les lieux tabous. «
Ce sera notre privilège
« de visiter tous ces
p'tits trous. « Ici et là,
montre-les nous. « Fais-les
tourner, comme un manège, « depuis
le local des hiboux « jusqu'aux
wécés, quel florilège!
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Dans
le trou du souffleur
Commençons
la promenade par un fameux choc dans un trou complètement
obscur.. Me voici dans le trou du souffleur de la grande salle. Je
fouinais dans les coulisses de la scène, lors d'une répétition
d'une pièce scoute, sans doute, et je m'étais faufilé
jusque là, après avoir fureté côté
jardin et côté cour. Puis pour me dégager, je me
souviens avoir cherché un appui en tâtonnant des deux
mains sous le plancher de la scène et. wouaw ! le choc de ma
vie, je venais de poser la main gauche sur un fil électrique
dénudé, mais comme j'étais appuyé sur
cette main gauche qui me servait d'appui, je ne pouvais la retirer
immédiatement et j'ai failli perdre l'équilibre en
lâchant prise. J'ai failli retomber dans la fosse d'orchestre
où j'avais déjà passé de longues heures
durant les répétitions et toute la durée du
spectacle « Le chat botté », une comédie
musicale (1950) que nous avions dû nous contenter d'écouter
sans la voir, car nous étions, une trentaine d'autres et moi,
engloutis comme choristes dans la fosse d'orchestre avec Madame Van
der Vorst au piano et Monsieur son mari, notre prof de musique, à
la baguette.
Chœur
à quatre voix. « Tiens, tiens, tiens il a des
bottes le chat,.. Bon voyage, Monsieur du Mollet.. » et
Monsieur de la Palisse et le marquis de Carabas et le sire de
Baudricourt ( ?) et qui encore ? C'était Jean Samain qui
jouait le chat et je sais que Nick Carpentier jouait aussi, mais
que c'est loin tout ça.. Donc, un électrochoc ! Plus de
peur que de mal, mais avouez : ce n'est vraiment pas un endroit
pour laisser des fils électriques sans protection. Oui, j'ai
eu chaud cette fois-là, j'ai poussé un fameux soupir!
Plus tard, je reviendrai « souffler » au même
endroit, mais de manière différente. Je veux dire que
je soufflerai théâtralement et en coulisses pour
la pièce « Bonne nuit, colonel » en
février 55.
Sur
la scène de théâtre
Parlant
de souffle, ne le perdons pas et restons encore un moment. Cupidon
(Antoine, l'élève gardien de but du Victory et non
Joseph, le père) ne devait pas en manquer, de souffle, malgré
ses cigarettes, ou plutôt à cause de ses cigarettes. En
effet, lui et un autre « grand », sur cette
même scène, soufflaient de la fumée à
travers les trous du volcan de la minuscule planète du « Petit
Prince » en juillet 52, à l'intérieur de
laquelle ils étaient cachés pour toute la durée
de la pièce. Imaginez.. mais cela leur permettait de fumer en
toute quiétude et en pleine permission ! Quelle aubaine, mais
quelle tabagie !
À
propos de mise en scène, tant qu'à évoquer
quelques souvenirs, maintenant que nous sommes sur les planches, je
me souviens fort bien du décor du sous-marin qui bougeait dans
« Sans nouvelles de l'S-14 » en janvier 51 (en
fait, on voyait la salle des machines et le quartier des officiers,
sans compter les cinq bureaux terrestres qui s'inquiétaient de
la disparition du sous-marin.. voir photos 626, 627,
628,
et 629).
Je revois aussi les effets de lumière des trains qui passaient
la nuit sur les quais de la gare dans « Le Train fantôme »
en février 53 et le fameux vampire qui s'affichait dans le
grenier de « Bonne nuit colonel », en mai 55
(photos 632,
633,
634,
635,
636,
637,
638,
639,
640,
641,
642, 643
et 644).
Belles mises en scène, assurément. Je me souviens aussi
des effets sonores et visuels pour l'orage (avec pluie coulant
derrière les vitres, grondements du tonnerre, grâce à
une énorme pierre roulée sur les planches et les
éclairs électriques qui claquaient comme les feuilles
de zinc agitées à ce moment). Le plaisir suprême
pour le metteur en scène fut de savoir qu'un spectateur de la
ville avait trouvé que la pièce était très
bien jouée, mais il avait ajouté : « quel
dommage qu'il y ait justement un tel orage dehors qui empêche
parfois de suivre toutes les répliques! », alors
qu'en réalité le ciel bukavien était on ne peut
plus serein.
Dans
le vestiaire du gymnase
De
la grande salle, un pas et nous sommes dans la salle de gym (photo
ci-contre) attenante. Et au fond de cette salle (côté
ouest) se trouvait le vestiaire du gymnase (on disait toujours la
salle de gym), on se mettait en singlet, on enfilait nos sandales de
gym et, à partir de 1954, on avait une culotte de gym. Nous
disposions donc d'un petit vestiaire avec des casiers pour nous
changer. Et là, dans notre groupe, nous avions un garçon
qui ne changeait pas régulièrement de linge de corps,
c'est le moins qu'on puisse dire, puisque on pouvait se voir en
caleçon (on disait souvent calcif) et singlet (comme on dit en
Belgique pour maillot de corps ou chemisette, comme on dit au
Canada). D'une semaine à l'autre, nous étions
impatients de savoir si enfin il aurait changé de singlet.. et
de caleçon. Je crois qu'il lui est arrivé de
porter un mois complet les mêmes sous-vêtements, qui
prenaient avec les semaines qui passaient des teintes de plus en plus
sombres.. Et qu'on ne me dise pas que ses parents lui manquaient.. Hé
! il avait dépassé les seize ans, ce n'était
plus un gamin.
Dans
le préau aux cabinets
Après
le cours, comme je l'ai dit, nous déposions notre culotte et
notre paire de gyms au vestiaire. Mais après un certain temps,
nous reprenions l'une ou l'autre pour la faire laver ou les faire
blanchir. C'est ainsi sans doute qu'un jour, en récréation,
sous la porte d'un des cabinets du préau est, (photo 019)
situé près de la salle de gym, (vous me suivez
toujours?) nous avons eu l'occasion de voir un spectacle peu commun :
quatre pieds ! ou plutôt quatre souliers dans le même
cabinet. Les portes des cabinets, vous l'aurez compris, n'allaient
pas jusqu'en bas, mais s'arrêtaient à une vingtaine de
centimètres du sol. C'est souvent ainsi lorsqu'il y a
plusieurs cabinets en ligne, susceptibles d'être fréquentés
par un grand nombre de personnes : celui qui est pressé
ne doit pas frapper à chaque porte pour savoir si l'édicule
est occupé, il voit les pieds d'un occupant. (Non, je n'ai pas
dit les bottes de l'occupant.. C'est fini la période nazie) Or
ce jour-là, nous vîmes ô stupeur quatre
pieds dans la même cabine ! Quatre sandales, quel
scandale ! Mais non, c'était notre ami, Philippe Van Roey qui
revenant d'un cours de gym, avait repris ses sandales de gym pour les
faire blanchir et les avait simplement déposées entre
ses deux pieds pendant qu'il trônait ! Mais au lieu de les
déposer normalement à plat, il s'était ingénié
à les relever en les posant en équilibre sur les
talons, la pointe de la semelle appuyée sur le milieu du bas
de la porte entre ses propres pieds, de sorte que par l'interstice,
les autres élèves puissent voir quatre semelles et
penser toutes sortes de choses et imaginer des poses.. qu'il ne
serait pas séant de révéler ici.
Haut
Le
coin des caisses à déclouer,..
Suivez
le guide !.. la balade continue . Nous sortons du préau,
contournons le bas des escaliers et suivons le passage de ciment sous
la façade sud du collège, là où tombèrent
quelques malheureux éclopés qui basculèrent
depuis la patinoire. Vous verrez là, quatre baies (photo 036)
abritant quatre portes donnant sur des réduits, des remises
qui pouvaient servir de débarras divers. Dans une de ces
remises, le père de Crombrugghe, aussi appelé Fossile
pour les intimes, (à moins que ce ne fût Verhaegen,
surnommé dentifrice?) avait accumulé quelques dizaines
de vieilles caisses et nous avait demandé de les démanteler,
afin d'avoir des planchettes et un stock de vieux clous. Je me
souviens avoir ainsi passé quelques récrés à
me familiariser avec les marteaux et les tenailles et à
redresser des clous tordus, au grand dam de mes doigts
inexpérimentés.
Haut
Le
coin Orientation et le coin de la Procure
Remontons
donc les grands escaliers, toujours côté est, nous
arrivons face à la porte du Père Préfet.
Traversons la patinoire jusqu'au coin de l'entrée de la grande
salle, (photo 019)
là-bas, près d'un petit escalier qui nous envoyait aux
études du premier étage, se trouvait un autre recoin,
là où je me souviens avoir dicté un article sur
le camp passé pour Orientation. C'est Louis Schoolmeester qui
tapait (bien, ma foi). Ce réduit sentait l'encre de la grosse
machine Gestetner. Rien de plus à dire de ce réduit où
je ne mis les pieds qu'une ou deux fois. Il y avait quelque part dans
les environs le magasin de la Procure, le domaine du broeder
Joossens. Cette procure, dont l'entrée nous fut toujours
interdite et pour cause, était le lieu de tous les souhaits,
car il y avait là de quoi alimenter un élève
studieux en mal de nouveautés. Tous les articles de bureau
attendaient sur des étagères que la main potelée
du broeder vienne les en dénicher pour les fournir à
qui en avait fait la demande. C'est à partir de ces stocks que
j'ai appris le nom des couleurs et me suis enrichi en littérature.
En effet, pensons-y une minute : la procure pouvait nous fournir
quantité de petits pots d'encres de Chine, encore fallait-il
en préciser les couleurs sur notre bordereau de commande.
C'est ainsi que j'ai appris que rien que dans les rouges, nous avions
le vermillon, le carmin, l'écarlate, l'incarnat, le rubis et
le rosé. Et dans les bleus, la gamme s'étendait des
bleu roi, aux bleu azur, en passant par l'outremer, l'ultraviolet, le
turquoise . des noms à faire rêver pour mieux dessiner.
Et combien de pièces de théâtre éditées
en format de poche (Hachette, Hatier) attendaient un preneur? C'est
grâce à la Procure que j'ai lu presque tout Racine et
Corneille, quelques Marivaux, Musset et autre Shakespeare, sans
compter les quatre évangiles publiés séparément
en mini-format aux éditions de Maredsous et qui nous donnaient
d'agréables heures de lectures à la chapelle, durant
les messes. Hem ! Suivez le guide, avancez., avancez...
Haut
L'infirmerie
En
l'occurrence le guide ne peut être que le frère
Joossens, puisque nous allons visiter son deuxième domaine :
l'infirmerie, sise juste derrière la préfecture.
C'était le rendez-vous des éclopés, des
souffreteux, des mal en point, des crachotant, des cacochymes. Non!
je ris, nous étions « pétants de santé ».
Mais il n'empêche que si quelqu'un parmi nous désirait
un petit congé pour grippe, rougeole ou varicelle, il lui
suffisait d'aller se promener là vers quatre heures, après
le goûter, dans cette salle d'attente sise aux quatre vents au
milieu des hoquets, des toux et des râles. Les perfides
microbes ne se faisaient pas prier : ils chevauchaient les
fougueux postillons pour passer du grabataire au futur « carottier ».
Mais non, je ris toujours, mais c'est effectivement dans cet antre
aux parfums pharmaceutiques que le broeder nous auscultait d'un
œil
averti, jaugeait le cou derrière les
oreilles pour voir si nous avions les oreillons ou nous passait la
main sur le front pour sentir si nous couvions quelque angine ou une
vilaine malaria. Et les orgelets, et les blessures et les
constipations et tous les bras cassés.. et le gars qui
pissait le sang parce qu'il avait été coupé dans
une artère de l'avant bras? C'était beau à voir,
et Broeder Joossens gardait son calme olympien avant de lui faire un
garrot. Et lors de l'épidémie d'oreillons, j'avais bien
peur d'en être atteint, non pas que je craignais quelque
séquelle d'une impuissance quelconque (à cette époque
angélique, j'étais bien loin de me douter de ces effets
dévastateurs), mais simplement je détestais manquer un
cours.. et n'aurais voulu pour rien au monde être de
quarantaine. C'est là toujours que régulièrement
j'allais recevoir ma dose de nitrate d'argent pour éliminer un
vilain « poireau » ou verrue sur la paume de la
main droite. Ah chers souvenirs, je sens encore dans ma petite
menotte les ravages du terrible acide qui m'empêchait (presque)
de rédiger mes devoirs à l'étude du soir !
Haut
La
terrasse
On
continue notre « balade ».. Traversons le
couloir aux casiers, lieu propice aux courants d'air, empruntons les
grands escaliers (photo 048),
traversons le couloir des casiers de l'étage (re-courants
d'air). Et nous voilà sur la terrasse, sous la grande croix,
au-dessus de la préfecture, près du gong. (photos 007
et 059)
Nous allions très rarement sur cette terrasse carrée.
Mais il me revient que c'est là que nous nous retirions, nous
les grands, pour étudier dans le calme lors de certaines
récréations en temps de bloque, lorsque nous étions
en troisième ou en poésie.. Je me souviens
particulièrement y avoir savouré (hem) les auteurs
flamands Guido Guezelle ou Multatuli (quel nom bien flamand,
avouez!), les auteurs latins (Virgile, Tite-Live, Horace ou
Cicéron..), les grecs (Homère, St-Luc, Xénophon,
Platon..).. avant nos examens oraux de préceptes et auteurs.
Oublions, oublions et continuons la balade.
Banc
de communion dans la grande chapelle
Tiens,
nous voilà près de la grande chapelle (dont on
peut voir ici deux clichés de l'époque).
Entrons-y une minute par la porte principale au fond de la nef. Sur
les deux côtés, les confessionnaux. Si cela vous dit, ne
vous gênez pas. Traversons la chapelle et rendons-nous au banc
de communion. Oui, là-devant, juste au pied du grand
chœur. C'est que j'ai une anecdote bien
particulière à vous y raconter. Nous n'avions pas de
nappe sur les bancs de communion, vous savez ces grands linges blancs
que l'on déployait sur le banc de communion pour permettre à
ceux qui communiaient (à genoux, s'il vous plaît) de
tenir avec les pouces et index relevés des deux mains une
partie de ce drap comme pour avoir comme une tablette sous le cou au
cas où l'hostie viendrait à tomber plutôt que
d'entrer dans notre bouche. Donc pas de nappe, alors un servant de
messe accompagnait le prêtre et tenait un petit plateau juste
sous le cou de la personne qui communiait. Bon, ceci étant su.
Vous comprendrez que lorsque nous servions la messe pour le public,
il y avait un certain amusement pour l'acolyte accompagnant le prêtre
à tenir ce plateau, car il pouvait admirer tout à son
aise les belles demoiselles qui se présentaient pour
communier. Et quand vraiment la chère et tendre était
de son goût, l'acolyte, bien candidement ne manquait pas de
frôler délicatement la peau pulpeuse du tendre cou de la
donzelle qui levait des yeux interrogateurs vers le jeune homme en
soutane rubis qui avait eu l'audace ou la gentillesse de la caresser
ainsi ! Ah charmants souvenirs ! Croyez-moi, je ne peux évoquer
ces moments délicats sans « un certain sourire »
(comme l'écrira un peu plus tard, la romancière
Françoise Sagan)
Haut
Les
bureaux et la chapelle des pères
Allons,
il est temps de quitter ces saints lieux. En fait, nous quittons ces
lieux, mais pas la sainteté, car si nous sortons de la grande
chapelle par la petite porte latérale gauche, juste à
côté du banc de communion et si, en suivant la galerie
véranda, nous nous rendons de l'autre côté du
jardin, mais toujours à l'étage, nous arrivons dans
l'aile des pères. La plupart des pères professeurs
avaient là leurs bureaux et leurs chambres. La chapelle du
père recteur (ainsi appelée, car c'était
toujours là que le Père Recteur disait sa messe avec
deux acolytes différents chaque semaine) était située
juste au milieu de l'aile. Elle était joliment éclairée
par de grande fenêtres et très moderne et claire
d'allure. . (Pour le service des messes, nous avions un roulement et
une semaine ici, une semaine là, une autre semaine rien.. cela
dépendait de la rotation.)
Jamais
évidemment, nous n'avons mis les pieds dans la chambre d'un
père, mais il nous est arrivé d'apercevoir ces chambres
lorsque nous étions dans leur bureau et que la porte
communicante était ouverte. Rien de particulier : une
chambre bien ordinaire, avec un lit bien ordinaire. Passons. Certains
étudiants avaient la corvée (agréable parce que
cela nous changeait) d'être bibliothécaires de leur
classe. Cela m'est arrivé, or les bibliothèques de
chaque niveau se trouvaient dans les bureaux des titulaires de
latines. J'en parle ailleurs (voir chapitre 10 c- Billets doux et
surtout chapitre 9- Nourritures de l'esprit). Or avant que je vous
narre ma petite histoire dont furent témoins les murs du Père
Cuypers, il faut savoir trois choses. D'abord se rappeler que nous
avions des examens toutes les semaines, une fois dans telle matière,
une fois dans telle autre. Ensuite se rappeler que durant tout le
troisième trimestre, nos points comptaient double, mais
surtout n'étaient pas divulgués par le prof. C'est la
méthode jésuite : ainsi on ne pouvait pas se
morfondre si nous avions raté un examen et pouvions nous
préoccuper du suivant. Enfin, il faut dire que le brave père
Joseph Cuypers, le fameux Cupidon, déjà relaté
quelques fois dans ces annales, que ce cher titulaire donc, quand
nous étions en troisième latine, n'était pas
toujours présent dans son bureau lorsque Claude Jaumin et moi
procédions au changement des livres. Il nous faisait
confiance. Alors, un mercredi après-midi qu'il était
absent pour lire son bréviaire ou s'occuper de ses jardins..
et que nous étions dans son bureau, l'un de nous deux vit sur
le bureau la liste des résultat d'un examen (histoire ou
rédaction, peu importe).. là, au grand jour étalée
sous nos yeux. C'était vraiment trop tentant. Nous nous sommes
empressés de recopier la dite liste et de révéler
ses résultats à chacun de nos condisciples. Nous avons
pu ainsi opérer en toute tranquillité pendant quasi
tout le trimestre. Jamais quiconque ne révéla notre
secret et jamais Cupidon ne se douta de rien.
Au
petit réfectoire
Redescendons
d'un étage et retraversons le jardin, voici le réfectoire
sous la chapelle. Mais savez-vous qu'il y avait un petit réfectoire
adjacent au réfectoire des moyens. Il m'est arrivé une
ou deux fois d'y aller déguster un repas spécial. Une
première fois, avant une grand-messe chantée pour
laquelle nous, les choristes, devions avoir nos plus belles voix, on
nous y faisait savourer du miel, excellent pour nos cordes vocales.
Une autre fois, il m'en souvient, à l'occasion de notre
communion solennelle, nous y avons reçu un repas exceptionnel,
avec un hors-d'œuvre de
laitues et tomates où trônait quelque belle et bonne
sardine ! La sardine en boîte était considérée
comme un mets délicat ! Oui, oui, ne riez pas.. et allons voir
plus loin.
L'escalier
sous la cuisine
Parlant
des raffineries culinaires, humez un peu. Sentez-vous ces odeurs
suaves ? Nous sommes dans le petit escalier obscur qui passant sous
les cuisines nous conduit en bas, face au côté nord,
l'arrière du collège. Cette forte odeur appétissante
est celle de la boulangerie dont les fours procuraient chaque jour sa
ration de pains à nos estomacs jamais rassasiés. Nous
dévorions quantité de grands pains qui nous étaient
servis tranchés. Le goûter n'était pas notre plus
petit repas, croyez-le. Nous nous sommes quelquefois arrêtés
dans ce sombre dédale ressemblant à un repaire de
bandits simplement pour savourer cette odeur puissante de bon pain
frais. Il y avait là aussi des réserves de farines en
gros sacs. Nous étions à la fois au moulin et à
la boulange. Le « nous » qui s'exprime, ce sont
les scouts, seuls élèves autorisés à
parcourir cet escalier tous les jours durant la récré
du midi, afin de se rendre à leurs coins de pat.
Le
coin de la pat des hiboux avec eau courante
Le
local des scouts était un long bâtiment, aligné
d'est en ouest, (photo 051)
fait de six petits locaux à la suite l'un de l'autre. De
gauche à droite, quand on regardait le local, donc d'est en
ouest, il y avait le coin des Hiboux, puis celui des Tigres,
puis des Lynx, puis au centre un genre de petit hall face à la
porte principale, puis le couloir de droite donnait successivement
accès aux coins des Écureuils, puis des Faucons et
enfin à l'extrême droite nous avions l'établi de
menuiserie. Tous ces locaux donnaient sur un étroit couloir,
sauf le coin des Hiboux, ma patrouille. Il y avait trois portes :
une grande au centre, donnant sur tous les locaux de pat, sauf celui
des hiboux., une porte à droite permettait l'accès de
l'extérieur à l'établi et une porte à
gauche était la seule entrée du coin des Hiboux (Est-ce
que je l'ai assez dit ?) La patrouille des Hiboux fut ma
patrouille pendant plus de quatre ans. Et elle fut, chose rare dans
la vie d'un scout, ma seule et unique patrouille. Mon premier CP fut
Frankie Van der Vorst (totem Caribou, CP des Hiboux). Tiens, ça
rime ! Et c'est rare deux animaux qui riment de bout en bout. Oui, je
sais, il y aura encore marabout, mais avec lui ce ne sera pas de bout
en bout, mais de « boute entrain » - c'est son
qualificatif !) Puis il y aura Hubert Van der Vorst (Faon), le petit
frère de l'autre, puis André Forro (Castor). Je serai
le CP suivant (Roitelet) et Jean-Marie André me succédera
(Lapereau, le frère du marabout pour rester entre nous).
Un
coin de patrouille est un petit local où une patrouille
normalement constituée de six à huit gars en pleine
croissance tient ses réunions. Donc il y faut une table et des
chaises ou des bancs pour asseoir tout ce beau monde. Je ne vous dis
pas que dans un local de plus ou moins dix mètres carrés,
nous n'étions pas un peu à l'étroit, car on se
faisait un honneur de construire ici une armoire, là un
coffre, là un lampadaire, et quoi encore.. sous les combles,
sur le plafond bas, on remisait nos deux tentes, notre coffre
cuisine, notre coffre à outils, nos cordes, et les mâts
de tentes.. Ça fait du stock juste sur nos têtes. Chez
nous les Hiboux, je me souviens que notre coin ne faisait pas
spécialement l'envie des autres, car il avait été
repeint d'un beau noir mortuaire. (On l'appelait le cercueil à
une époque) Nous avions sans doute trouvé des restants
de peinture noire et nous en avions badigeonné les dosses
(premières planches avec écorces) reçues en
cadeaux qui nous servaient de murs intérieurs. Quelle
décoration ! Et comme de plus, André Forro, notre CP
vers 1952, s'était entiché d'un robinet et que nous
disposions d'un fût, d'un tuyau et de goudron, nous nous étions
installé l'eau courante. Tout simplement! En effet, il faut
que je vous dise que les Hiboux disposaient d'un coin à eux
seuls, nous étions les seuls à avoir notre propre porte
d'entrée (quel privilège), mais peut-être vous
l'ai-je déjà dit à l'occasion. Donc sur le
remblai à l'extérieur du local contre notre coin de
patrouille, nous avions pu installer notre fût-réserve
d'eau de pluie. Le tuyau traversa le châssis de la petite
fenêtre, bien calfeutré au goudron maison. Il suffisait
d'une vieille casserole posée sur un tabouret sous le robinet
dans le local en contrebas pour faire un évier rustique et le
tour était joué. Le malheur est que nous ne disposions
pas d'égouts, évidemment. Alors, on mesurait sa ration
d'eau pour éviter les inondations et on jetait par la porte
nos eaux usées quand on s'était bien lavés les
mains. Un luxe et une commodité à toute épreuve,
je ne vous dis que ça.. Il suffisait de ne jamais oublier de
bien fermer le robinet, sinon..
Si
du côté oriental de ce local d'éclaireurs, nous
jouions aux plombiers (dirais-je les apprentis-sourciers), il serait
séant, tant qu'à y être, de revenir sur le
coté occidental : le coin avec l'établi de
menuiserie, juste à l'autre extrémité du local..
Aah ! la scie, la plane, la tarière, le ciseau ou le rabot
n'avaient plus aucun secret pour les charpentiers, menuisiers,
ébénistes que nous essayions de devenir. De même
les crochets et presses d'établi et les serre-joint :
bien commodes pour travailler le bois ! Pour des éclaireurs,
habiles à manier les bois et les nœuds,
c'était ici le raffinement : du « woodcraft »
de salon, si je puis dire..
La
grotte de N.D.
Si
nous remontons la pente douce qui à l'extérieur,
longeant le collège, part des cuisines et du local scout,
côtoie les buanderies à la bonne odeur de savon et de
tissus cuit, nous arrivons rapidement sur le plateau, côté
des frères maristes. Et là sur son rocher, trône
Notre-Dame (photo ci-contre).
Nous ne nous rendions pas souvent à cette grotte un peu en
retrait de notre vie collégiale. Mais tous les vendredis ou
dimanches soir (?) du mois de mai, nous allions y réciter
notre prière du soir, au lieu de passer par la chapelle. Cela
nous faisait une petite promenade, en rangs, naturellement.. et en
silence, bien certainement.. Que croyez-vous ? Ces rangs et ce
silence favorisaient sans doute l'état de recueillement où
nous devions être et nous permettaient sans doute de mieux
chanter à pleine voix. Car nous allions chanter des psaumes
latins, des invocations en français, des hymnes dédiés
à la sainte Vierge : Ave, Maris Stella, Salve Regina,
Notre-Dame des Éclaireurs,.. Et nous ne manquions jamais de
terminer par « As-tu compté les étoiles et
les astres radieux.. »
Haut
La
sacristie de la chapelle des boys
Si
vous le voulez bien, c'est par une petite visite à la chapelle
des boys que nous allons terminer notre pèlerinage.. enfin,
notre promenade des petits coins cachés. Ça tombe bien
puisque cette chapelle est justement dans un coin du collège,
juste en face de la grotte dédiée à ND, au côté
nord-est du collège. Nous n'y allions jamais, sauf les deux
acolytes désignés pour y servir la messe, pendant une
semaine. C'était toujours le Père Van Grunderbeeck
(Roll-Mops) qui officiait. En vitesse comme toujours. La petite
sacristie était à gauche de l'autel, en tournant le dos
à la chapelle. Et c'est là, dans cette humble sacristie
que nous apprîmes à déguster le vin, car nous
étions chaque jour chargés de préparer les
burettes pour l'offertoire. Un peu d'eau dans l'une, un peu de vin
dans l'autre. Mais il fallait quand même s'assurer que le Père
n'allait pas boire de la piquette! Non, mais c'est vrai.. vous avez
déjà mangé du rollmops avec de la piquette ?
Mais revenons à la chapelle, la messe va commencer.
Dans
cette belle petite chapelle, généralement il n'y avait
pas grand monde à 6,30h du matin, et souvent même pas un
chat. Mais il arrivait parfois que deux ou trois personnes de
l'extérieur assistent à cette messe. Et c'est ainsi
qu'un jour il y avait une dame au fond de la chapelle. Elle était
seule. Or, dans le rituel latin, après le pater, si quelqu'un
désirait communier, les servants devaient, à un moment
donné, se pencher en avant pour réciter le confiteor.
C'était le signal pour l'officiant de procéder au
rituel de la communion. Comme nous ne savions pas si cette dame
désirait communier, et que sans doute, nous mêmes ne
pouvions plus le faire car nous n'étions plus à jeun.
(je vous ai dit que nous remplissions les burettes avant la messe,
mais pas rien que les burettes..) nous n'avons pas dit le confiteor
et Rollmops au lieu d'ouvrir le tabernacle pour y prendre le ciboire
avec les hosties, comme il n'avait pas entendu le confiteor, est
directement passé aux prières de la fin de la messe,
avec le dernier évangile, etc..
Tête
de la madame qui n'a pas pu recevoir Jésus dans son cœur,
ce jour-là !
Haut Il
pleut au dortoir ?
Traversons
la chapelle et rentrons dans le collège par la petite porte
qui donne sur le barza, qui longe le dortoir nord-est, là où
est l'infirmerie de mise en quarantaine. Dès que nous sommes
au premier carrefour, tournons à gauche et entrons dans le
dortoir des petits. C'est là que j'ai logé durant ma
première année, justement la nouvelle aile qui coupe le
jardin en deux. (Voir aile absente puis présente : photo
034
puis 006)
Mon frère Christian était logé en haut dans une
aile réservée à des plus petits. Une nuit,
durant mon premier trimestre à Cost, j'étais dans ce
dortoir chez les petits, je me réveille car j'entends un léger
bruit de ruissellement. Plic, ploc.. c'étaient des gouttes qui
tombaient dans une petite mare déjà bien remplie d'eau
sur .mon couvre-lit. Je me réveille tout-à-fait,
j'allume... mon lit est trempé. Et c'est le bruit qui m'a
réveillé. Ces gouttes qui tombaient une à une de
l'étage supérieur et qui bientôt avaient fait une
belle petite mare sur ma couverture, si bien qu'elle faisaient un
clapotis qui finit par me sortir de mes rêves. J'étais
trempé et je suis allé voir le surveillant. C'était
Marie-qui-louche. Il est venu, il a vu, le regard au lit puis au
plafond. On est monté ensemble à l'étage. Dans
cette aile, juste au-dessus de notre dortoir des "petits"
se trouvait le dortoir des "tout petits" (internes de sept
à dix ans, qui sont en 12e, 11e ou 10e
préparatoires). Le "petit" de deuxième ou
troisième année qui dormait au-dessus de ma chambre
avait laissé couler son robinet ou sa douche, tout simplement
et il s'était endormi, sans aucun mal pour lui, puisque l'eau,
par infiltration, filait vers l'étage inférieur, tout
droit sur mon lit à moi! Tout était trempé:
couvre-lit, couverture, draps de lits et matelas, évidemment
et moi aussi j'étais trempé. J'ai dormi sur un autre
matelas, avec une couverture sèche et un pyjama neuf... Pas
trop grave, mais assez désagréable d'être ainsi
réveillé. Et savez-vous quoi ? Cette mésaventure
m'est arrivée une seconde fois, cette année-là.
Il y a des enfants pyromanes, moi j'étais tombé "sous"
un enfant hydromane.. sans doute. Est-ce pire que les pipis au lit?
C'est en tous cas plus imposant et plus mouillant pour le voisin du
dessous. Après, le tout petit a peut-être encore eu des
distractions, des oublis, mais comme on déménageait
chaque année, ce n'est plus moi qui ai souffert de ces
inondations nocturnes. Deux fois suffisent.
Voilà,
la balade des « où? » s'achève
ici. Comme convenu, je ne devais parler que des coins un peu secrets.
Je n'ai donc pas parlé des lieux connus et décrits
ailleurs : Plaines de foot et de récré, bassin de
natation sur le lac, réfectoire, patinoire, dortoirs, études
et classes.. autant d'endroits visités à d'autres
endroits de ce site (allez chercher..).
Les
deux seuls coins que je n'ai jamais visités en six ans
sont, me semble-t-il, le réfectoire des pères et
l'infirmerie des contagieux. Normal, je n'étais ni père
ni contagieux. ni hyper-contagieux !
Haut
b)
Qui ? - C'est pas moi, M'sieur
Il
m'arrive aussi fréquemment de revoir ces bonnes figures des
copains d'antan. Ceux que je vais nommer dans ce long sous-titre ne
sont pas les seuls dont je me souvienne, certes. Mais comme je l'ai
dit, les minces souvenirs que je raconte ici sont comme des flashs
qui illuminent leur sourire l'espace d'un instant. Il est très
possible que je parle ailleurs et plus longuement de certains de ces
mêmes copains, mais pour d'autres raisons, dans d'autres
circonstances que les événements fugitifs auxquels je
me réfère. (Et allez-y voir !)
« Que
sont mi amis devenus ?
« Que
j'avoies si près tenus
« Et
tant amés ? .
« Ce
sont amis que vent emporte
« Et
il ventait devant ma porte. (Rutebeuf)
« Tous les souvenirs de naguère
« O
mes amis partis en guerre
« Jaillissent
vers le firmament
« Et
vos regards en l'eau dormant
« Meurent
mélancoliquement.
(Apollinaire)
L'extrait
de Guillaume Apollinaire.. me remet en douce mémoire hélas,
les sourires de quelques uns de nos camarades, disparus lors des
douloureux événements des années 60 et
64. Je pense d'abord au frères Carpentier Tommy et Jackie. En
premier lieu, ce seront Jackie, ses deux parents, son épouse
et son petit bébé qui seront tragiquement supprimés,
en décembre 64, lors du soulèvement muléliste,
aux environs de Dungu (Uélé), puis en janvier, Tommy,
qui avait pu échapper avec son épouse, est reparti de
Kinshasa, dans l'espoir de retrouver son petit neveu. Mais hélas
lui aussi fut tué, à peine arrivé sur les
lieux. Affreux ! Je connaissais bien cette famille qui
habitait Paulis (Isiro). Tommy avait exactement le même âge
que moi, moins deux jours. Il a été mon premier ami
lorsque je suis arrivé au collège, en 49, et Jackie
avait été mon second de patrouille, chez les Hiboux.
Pour eux deux, j'ai vraiment envie de chanter la mélopée
de Bécaud qui date des années 55 :
C'était
mon copain, C'était mon ami,
Pauvre
vieux copain De mon humble pays.
Je
revois son visage Au regard généreux Nous avions le
même âge Et nous étions heureux. Ami, mon
pauvre ami Reverrai-je jamais Ton sourire gentil Parmi l'immensité
?..
Seuls
de la famille ont survécu: Nick et les trois derniers :Éric,
Jean et Jerry qui étaient tous, je crois, en Belgique durant
ces douloureux événements. (Nick, l'aîné,
venait de quitter l'université de Liège où il
avait commencé le droit avec moi, et allait se marier, Éric
et Jean devaient faire leur service militaire, je pense, quant à
Jerry, le cadet, il faisait ses études. Mais je ne souhaite
pas ici épiloguer sur cette tragique disparition.
Haut
Je
pense aussi à Georges Van Bever de Wamba.
Georges était un garçon à l'intelligence aiguë,
sérieux mais rebelle à certaine autorité. Il
s'est d'ailleurs fait mettre à la porte en 55. Fort en
histoire et grand lecteur, il m'avait dit un jour que je lui
demandais comment il faisait pour aimer et si bien réussir en
histoire, à moi, qui étais surtout un fort en math et
avais quelque difficulté en histoire, il m'avait dit de sa
voix grave : il faut lire ta matière, ton bouquin
d'Histoire, exactement comme une histoire qu'on te raconte. Ne
t'arrête pas pour étudier chaque paragraphe, lis tout,
puis relis tout.. C'est ce que je fis et cela m'a vraiment réussi.
Il adorait la Gaume et la Lorraine d'où sa famille était
originaire. Pour lui l'humanité avait connu quatre grands
héros : Hannibal, Jésus, Napoléon et de
Gaulle ! Moi, le bien pensant, je trouvais un peu scandaleux
qu'il ose placer Jésus sur le même pieds que les autres
grands généraux. Mais c'était son choix.
Oublions
ces amis partis trop tôt. Qui encore me sourit ?
Alexandre
Panas,
très bon pianiste, il roulait les R et avait une dent cassée..
mais surtout, ce qui m'épatait en lui, c'était sa
souplesse et en particulier dans les mains. Il était capable
de replier les doigts contre son bras jusqu'à les faire
toucher le dessus du bras et par l'intérieur, il pouvait
replier le pouce contre l'avant-bras sans laisser le moindre
interstice !
Philippe
Van de Waele
était
un garçon très calme, même placide. Un jour, je
ne sais vraiment pourquoi nous nous sommes affrontés lui et
moi dans une joute idiote. Il s'agissait de se frapper deux doigts,
l'index et le majeur de la main droite. Et on se frappe mutuellement
jusqu'à ce que l'un des deux demande grâce ou arrête
de frapper.. Un terrible défi. C'est agréable au
début : chacun à son tour, avec ses deux doigts,
frappe les deux doigts que l'autre lui présente. Puis c'est au
tour de l'autre de frapper nos deux doigts. Et ainsi de suite, dix
fois, vingt fois. Les doigts commencent à chauffer, trente
fois, quarante,.. des spectateurs s'attroupent autour de nous. Et on
continue.. Cinquante.. cela chauffe, nos doigts deviennent gourds,
rouges, mais surtout durs comme des matraques.. Soixante,.. il
devient plus difficile de recevoir les coups de butoirs de l'autre
que de frapper.. Septante.. On souffre réellement, mais pour
rien au monde on ne voudrait arrêter le premier. Je ne sais
jusqu'où nous sommes allés. Orgueilleux et idiots comme
deux jeunes coqs, on se faisait mal pour ne pas lâcher.. Je
crois que c'est le surveillant qui interrompit ce jeu stupide ou le
coup de sifflet d'une fin de récré. Mais sachez que
cela a pris des heures et peut-être des jours pour que nos
malheureux doigts retrouvent leur état naturel. Nous avions
deux boudins, à la place de l'index et du majeur.
Ce
défi, qui montre bien la folie douce des ados me fait encore
penser à Tommy (Tommy Carpentier) qui était
excellent en gym et savait, mieux que nous, faire le poirier et se
déplacer en marchant sur les mains. Il avait aussi, une année,
gagné une course de fûts d'essence, lors des jeux de
saint Louis. Vous savez ces gros fûts de 200 litres,
couchez-les, montez dessus en équilibre instable, faites
rouler et dirigez le plus vite possible sans tomber.. Eh bien donc
pour nous épater, Tommy se pinçait fortement le biceps
gauche avec le pouce et les autres doigts de la main droite, comme
s'il prenait son biceps en tenaille, puis il tirait fortement vers le
haut en comprimant toujours avec cette tenaille les muscles du
biceps. L'effet d'étranglement par les doigts provoquait ainsi
une excroissance assez étrange sur son biceps, une sorte de
bosse sur le biceps provoquée par un afflux sanguin et la
rétention de ce sang dans une sorte d'élargissement
veineux, je suppose. À moins que ce ne fût plutôt
un élargissement momentané des chairs du muscle.
Bizarre autant qu'étrange. Cela ne semblait nullement lui
faire mal et cela se dissipait en quelques minutes, mais c'était
drôle à voir..
Un
autre Philippe : Van Roey dont j'ai déjà
quelquefois parlé à propos de la chorale (voir plus
haut : c- les choristes) voix sublime de soprano puis de basse,
de son casque protecteur pour son trou dans le crâne.., et
l'anecdote des godasses de gym dans les cabinets racontée
juste un peu plus haut), ce Philippe originaire de Butembo, comme
Claude J. était un lecteur assidu. Il ignore très
certainement qu'il est un peu responsable de mon goût pour la
bonne lecture, car à une question de Jaumin : « Quel
est ton roman préféré ? », après
une brève hésitation, lui notre aîné d'un
an répondit, là sur la grande plaine, à l'Ouest
du collège : Rebecca, de Daphné Dumaurier. Sans
doute, Philippe et Claude ne se rappellent-ils pas de cette minute
très précise. Mais pour moi, elle déclencha un
mécanisme irréversible, cette minute ouvrit les vannes
d'un torrent de lectures qui n'ont jamais cessé depuis plus de
cinquante ans. Et un des premiers livres que je m'empressai de
commander à la bibliothèque fut Rebecca. qui commence
ainsi : « J'ai rêvé l'autre nuit que je
retournais à Menderley ». Il m'en souvient encore !
À
la fin de ma première année, j'étais donc encore
en primaire, en juin 50, sous le préau près de la salle
de gym, Étienne Verachtert qui
terminait sa cinquième latine expliquait à Georges Van
Bever ou Guy Dellache (finissants de 6e latine) en quoi consistait le
grec. Et moi (avec Claude J. ou Tommy C. ou Michel A ?) j'écoutais
un peu confus, car j'allais bientôt entrer en humanités
gréco-latines. Et Verachtert nous expliquait, sérieux
comme un pape et roulant un peu les R, que le grec n'était pas
si difficile que ça et il traçait quelques lettres
grecques, avec la pointe caoutchoutée de son soulier, là
dans la poussière du préau. (toujours le fameux préau
de droite, côté gym, cité plus haut..)
Haut
À
chacun sa place et les vaches seront bien gardées.
J'ai
déjà dit et redit qu'au collège, nous avions un
numéro personnel sur notre linge et nos objets personnels
(couverts, lampe de poche..) Pour éviter les pertes, les
emprunts involontaires, etc. Mais nous étions aussi, et c'est
naturel dans un grand internat, assignés chaque année
ou parfois chaque trimestre à une place fixe. Ainsi nos
chambrettes dans les dortoirs, nos pupitres à l'étude,
nos chaises à la chapelle et au réfectoire ou nos
places en classe. (Heureusement pas nos places dans les rangs sauf en
septième préparatoire avant de rentrer en classe après
la récré. Le Frère Étienne voulait des
rangs où l'ordre était déterminé par
notre taille, et c'est ainsi que j'étais toujours au premier
rang du rang. (Voir nos tailles à la photo 202,
les deux plus petits entourent le cher frère mariste: Gérard
Lebrun et André Bonsang) Remarquez que... Maintenant que je
vous ai dit ça, je conviens que le titre a quelque chose de
surprenant, car les vaches dont il est question, ce serait nous, les
élèves ! Or tout le monde sait que dans un collège,
les vaches, ce sont plutôt les pions ou les profs ou le diro et
le préfet. Eux oui, mais nous les élèves ? Non,
ce n'est vraiment pas le titre qui convient. À moins que les
profs ou les surveillants aient eux aussi leur place.. Oui, oui,
c'est tout à fait vrai : chaque prof avait son pupitre en
classe, et même bien devant pour qu'on le voie bien, le
surveillant avait son bureau à l'étude ou sa chambre
dans le dortoir. Il me semblait bien que les vaches, ce ne pouvait
être nous.. Mais cependant "seront bien gardées"?
Là, c'est un peu plus difficile à expliquer, j'en
conviens. Gardions-nous nos surveillants ou nos profs, ou le préfet
et le recteur ? Difficile à croire. Et si oui, comment les
eussions-nous gardés? Attendez, attendez.. Il faut bien qu'on
trouve une réponse. Là, je crois que je l'ai: à
vrai dire, nous ne les gardions pas une fois, mais plusieurs fois,
nous les regardions. C'est ça, ils nous servaient de modèles,
de guides, d'éducateurs.. Alors nous les regardions ! Voilà.
À chacun sa place et les vaches étaient bien regardées
! Bon oublions les vaches et revenons à nos moutons. Nous
avions donc nos places. Or je me souviens qu'au réfectoire en
particulier, la désignation des places devait être
importante pour les liens d'amitié qui se forgeaient à
cette époque. En effet, il n'est pas indifférent d`être
le commensal de telle ou telle personne tous les jours à
l'occasion des quatre repas. Les langues se délient, les liens
se renforcent, les caractères s'affirment, les intérêts
se manifestent. Nous avions de grandes tables qui au début ont
accueilli huit élèves, puis nous eûmes plus
d'espace à six. Je crois que durant les cinq années des
humanités où nous avons été chez les
moyens puis chez les grands, j'ai toujours été placé
à la même table que Claude Jaumin. Et durant notre
cinquième latine, nous étions à la même
table qu'Antoine Papazoglakis.
J'aurais
beaucoup de petites choses à dire à propos d'Antoine
Papazoglakis , ce grand gars à l'oeil
coquin, la peau bronzée et le cheveu noir de jais. Il nous
arriva au collège, venant d'Éville, en sixième
latine. C'était un gars qu'on remarquait et même il
aimait attirer l'attention. Il aimait rire, était fort beau
garçon et en plus il jouait bien au foot. Il sera même
quelque temps dans le Victory, je crois. Ce type de beauté
grecque avait pas mal de succès auprès des filles. Il
était fort studieux, mais avait de réels problèmes
en mathématiques. Souvent en période d'examens, il nous
demandait de l'aider et nous lui donnions des cours particuliers. Il
était courageux. Il demandait facilement et acceptait
volontiers notre aide. L'algèbre, la géométrie
n'étaient vraiment pas ses branches favorites. Comme son nom
était un peu compliqué, quoique assez original pour
nous, au début, il nous demanda de l'appeler par le
sobriquet « zozo » qu'il avait à Éville,
disait-il. Mais nous ne l'avons jamais appelé ainsi, il est
très vite devenu pour tout le collège notre « papa »
national. Il aimait prendre un ton blagueur avec tous, y compris les
surveillants et se faisait un point d'honneur avec sa tignasse
d'imiter Hitler en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Il
sortait son peigne, qu'il avait toujours précieusement dans sa
poche revolver, se ramenait la mèche sur le front, et plaçant
avec la main gauche la pointe de son peigne sous le nez en guise de
moustache, il levait la droite dans le fameux signe du « Heil
Hitler ». C'était bien croqué.
Un
jour que nous étions tous en cinquième latine, à
table, où Jaumin et moi étions parmi ses commensaux, il
nous raconta qu'il venait de découvrir une expression
française qui disait « Attendez-moi sous
l'orme », mais qu'il fallait comprendre par : ne
m'attendez pas, je ne viendrai pas. Il nous apostropha, Claude et
moi, en nous demandant un peu brusquement si nous avions pigé.
Peut-être Claude lui demanda-t-il ironiquement s'il avait eu
lui-même à subir cet affront, il nous toisa de haut,
comme le font tous les ados à l'égard des plus jeunes
et nous dit : « Eh vous les espèces de petits
cons, si une fille vous dit « Attendez-moi sous l'orme »,
cela voudra dire qu'elle ne viendra pas. Pigé, les p'tits
mômes ? » Le ton était supérieur, mais
il n'y avait rien de méchant dans cette apostrophe. Cette
façon qu'avaient les plus grands ou les plus forts de parler
aux plus jeunes est monnaie courante dans un internat. Les petits
mômes que nous étions, Jaumin et moi, avions
parfaitement compris. Nous n'avions nul besoin de cours particulier,
nous !
À
la chapelle ou à l'étude, nos places devaient avoir
moins d'importance puisque c'était évidemment le
silence obligatoire, quoique... Je me souviens aussi d'un voisin de
chapelle qui s'appelait Guy Cimino. Il était
un excellent chanteur, une voix de soprano magnifique. Mais il
n'avait pas cette voix dans sa poche et à la chapelle, il nous
arrivait de faire des concours d'apnée. Comme j'avais reçu
une montre "Oris" avec une trotteuse pour les secondes, il
me faisait signe de chronométrer, il faisait le plein
d'oxygène, puis il coupait sa respiration. Il tenait
facilement quarante à cinquante secondes. C'était déjà
pas trop mal pour les jeunots de douze ou treize ans que nous étions
alors. Quand nous étions en sixième latine, la chapelle
fut restaurée avec de la pierre de France et un nouveau chemin
de croix.
Un
autre beau garçon qui fit tourner les cœurs
de quelques filles de Cost, c'était
Jean-Marie Gille. Lui sa spécialité
était le théâtre, la diction.. Il s'exprimait
très bien et comme en plus il avait une brosse juste assez
longue, des yeux bleus très clairs, la lippe légèrement
sensuelle et des longs ongles qu'il soignait avec une lime
indispensable, on comprendra qu'il avait un certain succès,
pour ne pas dire un succès certain. Jean-Marie souriait
toujours. Dans « Bonne nuit, colonel » il fut
un colonel brillant.
Haut
Axel,
Guido et Daniel Bothma
étaient
trois frères vraiment très spéciaux, fort
sauvages, assez indisciplinés, parfois révoltés,
mais amicaux, le
cœur sur la main et très souriants. Tous les
trois étaient grands sans plus, assez minces et à la
mâchoire assez carrée. Évidemment chacun des
trois avait sa personnalité propre. Il ne faudrait donc pas
les confondre.
Axel,
l'aîné, était sans conteste le plus « crazy »,
le plus fou à l'occasion. Ainsi un jour, il paraissait
vraiment étrange, changé. On le scrute de près..
Son regard en particulier nous étonnait et puis on se rend
compte qu'il n'avait plus un poil autour des yeux. Il s'était
rasé cils et sourcils, complètement. Assez spécial,
comme ça sans vraie raison. Il m'avait fait rire une fois
qu'il avait écopé de quatre pages. Il devait être
un grand habitué des quatre pages (punition ordinaire lancée
par un père à celui qui bavarde dans les rangs ou à
l'étude.., quatre pages de n'importe quoi à remettre le
lendemain). Alors, lui, l'habitué de ces pages à
remplir, pour aller plus vite et ne pas lire et copier un texte
demi-ligne par demi-ligne comme on fait souvent, il inventait
n'importe quoi et écrivait absolument tout ce qui lui venait
en tête au moment d'écrire. Cela pouvait donner des
divagations amusantes comme : « Lundi, c'était
mon tour de manger de la mayonnaise avec un baobab qui pleurait dans
son coin parce que le pauvre petit chat n'avait pas vu venir les
étonnants camions chargés d'épis de maïs.
Mais il ne faut pas oublier que quatre et quatre font huit, même
si cinq et cinq sont égaux à oh qui voilà dit la
grand-mère... » Etc.. C'était parfois bien
bidonnant à lire.. Bothma, était passé
maître dans cet art d'écrire des pages de colle, textes
sans queues ni tête, mais ô combien instinctifs et qui
pouvaient nous transporter d'une maison dans une forêt en
passant par un sous-marin de cinq tonnes ou par la chaîne de
l'Himalaya avec des rastaquères de Trafalgar, sans une seule
virgule ni aucun point de suspension, d'interjection ou
d'interrogation. Cela pouvait être un texte édifiant, du
genre: "J'aime le macaroni cuit car les spaghettis crus, qui
l'eût cru, ne sont comestibles que dans des bars aéronautiques
pour tibias esseulés et ainsi je parle, j'écris mais je
me fous du quart comme du tiers pourvu que le texte avance. Certains
ronflent pendant que d'autres font les zouaves à écrire
n'importe quoi, mais vraiment n'importe quoi sans aucune correction
comme choucroute ou croûte de chou au fond la croûte de
chou doit être délicieuse pourvu que mon frère
revienne par avion avec arrêt à Belgrade qui est en
Yougoslavie si j'en crois mon cours de géographie, Oh! à
propos il faut que je vous raconte ici eh bien..." Et la sauce
continuait en se délayant dans le plus insipide des textes
imaginaires. C'est drôle, mais il me semble reconnaître
le style de certains auteurs assez reconnus, non ?..
C'est
Guido, me semble-t-il qui voulant jouer une blague au
surveillant s'approcha avec un complice et demanda au Père
s'il était permis de jurer le nom de Dieu. Non, répondit
le père. Puis il demanda naïvement si un élève
avait le droit de dire « Dieu » Évidemment,
fut la réponse. « Et on peut dire aussi Nom de
et rien derrière? » Oui, bien sûr. Alors, à
deux, ils s'exclamèrent séparément. L'un cria :
« Nom de.. » et l'autre enchaîna immédiatement
: « ..Dieu! » Prononcé très vite
l'un après l'autre, cela donne tout l'effet du juron souhaité.
Le surveillant et nous, les témoins n'étions pas dupes.
Mais Guido et son complice (je ne sais plus qui) s'en tiraient avec
un simple avertissement. Guido était également un
casse-cou, un vrai singe.. À la barre fixe, plantée à
l'autre bout de la plaine, côté sud, il faisait des
figures audacieuses et assez performantes. Je les revois aussi,
lui et son frère Daniel, et Tommy Carpentier qui marchaient
comme de vrais équilibristes d'un pilier à l'autre de
la balustrade des patinoires, en courant sur les traverses rondes en
béton. C'était dangereux et ne se faisait qu'en
l'absence de surveillant dans les environs. Défi à la
raison, comme toute tentative du même type.. Reculer les
limites de l'impossible, fierté de réaliser un acte de
bravoure ?.. Les alpinistes, les navigateurs et les grands
explorateurs étaient sans doute faits de la même graine.
Je
me souviens aussi du jour où Guido et Daniel ont été
baptisés, et ont fait leur première communion. C'était
un choix personnel, très bien accueilli, faut-il le
souligner.
Haut
Avec
Pierre Corten, nous revenons à la raison.
C'est le cas de le dire, car ce petit Pierre était presque
toujours le premier de sa classe, juste un an avant la mienne. Un
jour de juillet, il tenait en main un beau livre, la pièce de
théâtre « L'Annonce faite à Marie »
de Paul Claudel qu'il venait de recevoir à la distribution des
prix. Claudel était fort prisé chez les Jésuites.
Je reconnais le bouquin, j'en avais entendu parler et lui demande si
c'est bien, car ils l'avaient étudié en classe. Il me
répond : « Ah ? L'Engueulade à la môme,
oui c'est très bon. » Lui, le petit sérieux
m'avait bien fait rigoler, cette fois-là.
 André
Corten,
le frère qui précède Pierre, André le
placide au sourire si doux. On l'appelait marmotte chez les
scouts. Un an plus vieux que Pierre. Lui, il se fractura une épaule
de la belle manière.. en tombant de la grande tour que nous
avions construite au local. (Voir photos 618
et 619)
Comme la fracture était vicieuse et compliquée, il fut
rapatrié en Belgique dès le lendemain, avec des
attelles lui tenant le bras à hauteur d'épaule et un
sac pendu au bout en contrepoids. Nous avons vu, depuis la tour
justement, passer l'avion qui l'emportait vers la Belgique. L'avion
avait bien ses deux ailes droites à hauteur de la carlingue,
mais pas de contrepoids pendus au bout..
Pierre
Meessen était
un grand échalas, de deux ou trois ans mon aîné.
On le surnommait "fourchette" et ce sobriquet convenait
parfaitement à sa hauteur élancée, mais je
croirais volontiers qu'il le reçut en raison de la similitude
de sens avec la traduction de son nom flamand qui signifie, comme
chacun l'a appris: couteaux, n'est-ce pas. Quoi qu'il en soit, on
l'aimait bien avec son large sourire sous ses énormes
lunettes. Il était très copain-copain avec tout le
monde. La première fois que je le rencontrai, c'était
lors de mon deuxième voyage en autobus de Paulis à
Goma. Il venait de Paulis, je crois, et dans le bus quand il entra,
ce fut une acclamation générale : "Hee, Meessen,
hee Fourchette !" Tout le monde le connaissait, sauf nous les
nouveaux. Il venait de passer deux
mois dans une famille du Kénya pour y apprendre les rudiments
de la langue de Shakespeare et en particulier, séjour fabuleux
(sic), un mois sur la plage de Malindi au Kénya. Voilà
pourquoi il et
était bronzé comme ce n'est pas possible. Il avait
passé ses "vacances" à se faire brunir.. Et,
il nous le conta, ses slips de bain étaient déjà
très strings, si vous voyez ce que je veux dire.. Maintenant,
avant de continuer mon histoire sur "Fourchette", je vais
d'abord faire un petit détour côté Procure, vous
comprendrez pourquoi.. Je raconte un peu plus haut que la Procure
du frère Joossen pouvait, si nous les commandions, nous
fournir un fameux lot de petites pièces charmantes et
classiques. J'en ai ainsi lu un bon nombre et je les ai encore toutes
sur les tablettes de mes bibliothèques: Cinna, Le Cid,
Britannicus, Andromaque, Polyeucte, mais aussi Hamlet, Fantasio, les
Jeux de l'amour et du hasard.... Il y a eu aussi les classiques
latins et grecs et puis deux petits aide-mémoire sur
l'histoire de Rome et du latin et un autre sur le monde grec.
J'adorais. Nous étions curieux de toute culture. J'ai ainsi
aussi fait collection de petits dictionnaires de poche en thème
et en version: Français-Néerlandais et
Néerlandais-Français, puis les deux d'anglais, de
latin, de grec. Je me souviens que nous pouvions les rendre à
la procure qui se chargeait de les fournir à titre d'occasion:
cela coûtait évidemment beaucoup moins cher. Si je dis
cela, c'est parce que j'ai encore quatre ou cinq de ces
mini-dictionnaires, et en particulier celui de grec-français
d'occasion et qui était signé Pierre Meessen,
justement, notre grand dégingandé à lunettes, un
des plus grands et des plus minces et des plus agréables
plaisantins du collège. Or un jour, en fouillant mon petit
dictionnaire, j'ai découvert qu'il avait astucieusement
souligné quelques lettres qui semblaient prises au hasard dans
le long texte qui servait de préface à ce
mini-dictionnaire. Curieux, j'ai noté ces lettres à
tout hasard, tel un aventurier à la recherche d'un trésor
qui essaie de résoudre les énigmes accumulées
sur son chemin. Et quelle ne fut pas ma surprise, en réunissant
toutes ces lettres, de découvrir que cela donnait la phrase
suivante: "P-i-e-r-r-e--M-e-e-s-s-e-n.. est un brave type."
J'ai souri en pensant à lui qui déjà nous avait
quittés, alors que j'étais en cinquième latine.
J'avais ajouté, toujours selon le même procédé:
"A-n-d-ré Bonsang également." Je suis sûr
que Meessen, s'il me lisait maintenant serait bien étonné.
Peut-être ne s'en souvient-il pas. J'ai encore son vieux
dictionnaire de grec, mais lui, qu'est-il devenu, lui?
Jean-Pierre
Courtois,
la petite fouine, la souris à lunettes, le rat de bibliothèque
que j'ai envié toute ma vie, moi le prof de français,
pour sa facilité déconcertante avec laquelle il savait
en peu de mot dresser un petit tableau éloquent et très
bien croqué. Quel style !
Je
me souviendrai toujours de l'émerveillement du Père
Somers en 6e latine (ou du père De Wilde?, donc en
5e) pour un devoir de Courtois. Il fallait décrire
trois ou quatre animaux en utilisant le moins de mots possible, mais
de manière « pittoresque » (de pittura,
peinture en italien, nous avait sentencieusement expliqué le
père).. Et voici, de mémoire après
cinquante-cinq ans, un des trois ou quatre portraits animaliers de
Jean-Pierre : L'éléphant. « Quel est ce
gros tonneau assis sur quatre tabourets? » Avouez que cela
est merveilleux de concision. Il n'a même pas eu besoin de
parler de la trompe ou des défenses comme nous avions tous
fait. Je sais aussi qu'il avait admirablement croqué un chat
de gouttière, mais ne me demandez pas la phrase, elle s'est
enfuie avec le chat.
Jean
Amerijkx
un jour
nous étonna par son calme et son flegme. Lui, le toujours
premier par ordre alphabétique quand on nommait tous les
élèves, dormait paisiblement au dortoir le premier jour
de vacances. Il devait se réveiller tôt et partir ce
matin-là. Ces jours de vacances ont cela d'extraordinaire, au
collège que nous ne sommes plus soumis à aucun horaire.
On va, on vient, on vagabonde attendant le jour et l'heure du départ.
Alors à deux ou trois, on décide d'aller le réveiller
par surprise en lui susurrant d'une voix douce, mielleuse et la plus
féminine : « Bonjour chéri, Mon
Jeannot.. lève-toi, c'est l'heure. » et autres mots
doux du même acabit. Sa réaction nous laissa pantois. Il
se retourne, se réveille, nous regarde, reste impassible, de
marbre, et puis il nous dit, de son lit.. « espèces
de cons ! »
Et
qui encore ?
Yves
Demilde
que je
reverrai plus tard, à Lemfu avec son petit frère
faisant commerce de racines avec l'Angola. Il avait mille façons
de siffler en imitant tous les oiseaux et même les macaques..
Il émettait les sons qu'il voulait avec sa bouche. Son totem,
à lui l'énervé : ouistiti..
Jean
Derventian
était
d'origine arménienne. Très gentil garçon, ce
grand mince à lunettes et à la mèche d'ébène
besognait pour bien réussir, lorsqu'il était en sixième
moderne. Je me rappelle, cette fois-là, il était dans
les premiers de sa classe et Monsieur Van der Vorst corrigeait devant
lui et devant nous sa copie d'examen de musique. Et le pauvre
Derventian s'est effondré, car il n'avait pas eu les points
escomptés et reculait d'une ou de deux places dans le
classement général.
Qui,
quoi encore remonte dans mes souvenirs ?
Haut
Les
clavicules très prononcées de Serge Tripepi.
Il en était fier, le bougre.
Paul
Schoetter,
le prince des acolytes, alias Chevreuil, CP des Faucons, le grand
frère sérieux et de bon conseil pour tous.
Alain
Spaey,
excellent conférencier qui nous entretint de Mendes-France
dans le petit salon vert. Lui, il savait s'exprimer.
Amand
Nijs,
le roi du stalking dans les jeux d'approche, le gars qui savait voir
sans être vu..Loutre, CP des Lynx, calme et parfait bilingue,
comme tous les flamands au collège.
Charles
Kyréeff,
un peu notre mascotte. Il avait besoin d'attirer l'attention. Il
aimait rire, blaguer, faire l'étonné. Je me souviens,
oui : il collectionnait les timbres.
Et
de ma promotion, de mes classes, beaucoup encore me font signe,
m'interpellent, ils me crient dans le silence, je les entends,
je les vois : Gérad Lebrun le petit rond,
jovial avec sa brosse bien droite, Guy De Pooter,
parfait bilingue, lui l'externe si correct toujours bien mis et qui
roulait gentiment les R. C'est lui qui me donna ma première
leçon de flamand quand j'arrivai en 49, moi qui n'en avais
jamais fait, alors que tous en étaient à leur deuxième
ou troisième année de flamand. Il nous dit : de
maan, c'est la lune et de man c'est l'homme, alors un homme dans la
lune, c'est de man in de maan et il riait. Jean Maurice
Istasse et sa voix de fausset. Un jour il nous quitta pour
maladie, il resta alité durant de longues semaines. Il était
parti en gamin, il nous revint en homme : très grandi,
car paraît-il on pousse plus quand on reste couché. Sa
voix également avait bien mué. Le grand Gustave
Anciaux, notre premier de classe en septième (je fus
son second!). Un jour il s'est cassé le petit doigt. pauvre
auriculaire bercé dans son berceau de plâtre comme un
bébé.. Qui encore? Alexandre de Bonhomme,
sage comme une image, Guy Martin, petit externe qui
nous apportait des bonbons tous les matins pour se faire bien voir de
ses camarades, Albert Defays, la tignasse blonde et
l'œil farceur,
qui était souvent derrière moi ou à côté
de moi, derrière Gérard Lebrun dans les rangs pour
entrer en classe de septième préparatoire, car le frère
Étienne exigeait que nous nous placions par ordre croissant
selon la taille. Alors Albert, Gérard et moi étions dans
les premiers suivis de Guy D et Éric P.. Et puis,
n'oublions pas que je fis ma promesse scoute chez Monsieur et Madame
Defays, à Karamba. Caramba ! Je revois aussi le grand sourire
de Michel Mertens aux dents si blanches, lui
l'externe dont le papa, évidemment, était
dentiste. C'était même mon dentiste et parfois
l'occasion d'une sortie en ville.
Qui
encore ? Un autre petit (et même plus petit que moi, en sixième
latine) : Michel Danau (il semble qu'un danau
était le petit d'un daim.. et daim était le totem de
Noël, mais cela n'a rien à voir..) Michel était un
petit blond, un peu maigrichon, très doux et délicat.
André Forro est un autre cher copain dont j'ai
trop peu parlé dans ce site. Il fut aussi mon CP (voir
ci-dessus au local des Hiboux, voir aussi l'épisode des barres
à mine et le devoir sur les nuages, au chapitre 3). Notre
« castor » était un bourreau de travail,
il était très souple et roulait les R. Était-ce
dû à ses origines magyares ? Le secret de ses longs cils
? Sa maman les lui avait coupés lorsqu'il était bébé.
Tony Delvaux, l'œil
interrogateur,
la mèche noire et rebelle, le visage carré, était
un bon arrière en foot. Guy Ouwerx avait la
souplesse et la démarche d'un chat. Guy Van Dijck
paraissait un peu gêné d'être trop grand, mais
quel cour d'or et, malgré sa mèche qui lui tombait sur
l'oil et qu'il rabattait d'un geste brusque mais décidé,
quel sourire angélique qui aurait sans doute plu à son
célèbre prédécesseur, le peintre flamand
du même nom. J'ai parlé ailleurs aussi des colères
et des rires d'Hubert van der Vorst, le « faon »
qui fut aussi mon CP, petit frère de Frankie, mais surtout
neveu de notre maître de musique. Éric Pélicaen,
petit flamand mis au régime français, très
souple lui aussi, la tignasse acajou et quelques taches de rousseur.
Tommy Carpentier, mon copain de toujours, du même
âge que moi, agile comme un singe, deuxième d'une
famille de six gars (voir plus haut), Claude Jadoul,
à la démarche légèrement claudicante, il
avait le numéro 75 (Hé, je me souviens de ce détail,
parce que mon frère Christian et moi avions le 74). J'ai revu
Claude vraiment par hasard à Liège, en 61 ou 62, alors
que fiancés l'un et l'autre nous participions avec nos
fiancées à un concours au Grand Bazar.
Haut
Et
qui encore ? En vrac : François Dumont de
Chassart, Patrick Saillez, Guy Morel,
Guy Cimino à la voix d'or, Carlo Orbaen
qui habitait à Lisala, au Nord-est, un des plus éloignés
du collège, et les deux frères Renaud, Luc et
Guy qui se disputaient souvent et que j'avais rencontrés
sur le bateau Mar del Plata qui nous amenait au Congo en 48... Les
grands du fond de la classe : Boetz, Van Mossevelde,
Otao, Marchand, Goossens, Van de Guth. Les un peu plus âgés
de notre promotion : Stiernet, Manu Liebrecht, Julien
Babilon, Robert Gaillard, Louis Schoolmeester, René Foscolo,
le pêcheur, Raphael Ledru, Georges Van den Heuvel,
dit manivelle, dit civette, dit aussi magneto, André
Junès, van Antwerpen, ya, ya.. un bloqueur celui-là.
Les « modernes : Jean Paquay, le
nerveux, mon rival pour le Petit Poucet et futur petit Prince, Guy
Motte, Georges Havelange, Fernand Thielemans.. Et les plus
jeunes que nous : Luc Van den Eeckaut,
« colibri », qui fit sa promesse le même
jour que moi, Georges de Bilderling, Freddy André, le
sage Jean Doyen, Jean-Claude De Busscher,
Jean-Claude de Wergifosse, Louis Van den Plas, Alain
Delville... Nos aînés : Raymond
Poncelet, Robert Debroux, Nick Carpentier déjà
nommé, Michel Staes et sa jambe plus
courte à cause de la polyo, « chat » aux
yeux verts, notre CT un certain temps, lui qui savait.. hypnotiser
son monde, même le surveillant qu'il aurait fait pleurer en
pleine étude (on le disait, mais je ne l'ai pas vu), et encore
Paul Faucon, mon arrière cousin, et Hugo
Van Rompaey qui deviendra Madame Jevoistout avec sa boule de
cristal. Et moi, je vois encore le grand Jacques Juste,
Marc Suttor, l'athlète et champion de
natation, Dominique de Kerkhove, la coccinelle
affairée, Oswaeld Baert, notre grand costaud
compagnon flamand qui fit les exercices seul devant tous, lors de la
fête de la gym. Pour que tout le monde puisse le suivre et être
en harmonie, les deux frères Dubois Christian
le bon gros et Guy le mince, qui habitaient Watsa
comme nous, Christian mon frater et moi, et avec qui nous avons
quelquefois fait le trajet Irumu - Watsa et retour. Leur souvenir
m'est un écho de nos vacances. Et le bouclé Panayotis
Zottos au nom grec bien fleuri, toujours dernier de la liste
alphabétique, à l'opposé d'Amerijx..Et Jacques
Beaufort, mon ami trop tôt disparu, toi sans qui ce
site ne serait encore qu'un vague souhait ou un vain mot, toi mon
cher Pithivier, que je n'oublierai jamais..
Et
enfin, même si je les ai souvent nommés ailleurs, il
faut quand même au moins que je les nomme ici: les deux
frères André, Michel, le vénérable
Marabout, serviable, aimable, et aussi blagueur, bien sûr, et
Jean-Marie, le cadet, la mâchoire toujours fendue d'un
large sourire, dynamique et amical.. François Noël
qui était en modernes, intelligent et moqueur derrière
ses lunettes et son acné, et avec lequel j'ai fait plus d'une
bêtise dans les coins et recoins de notre alma mater. Quant à
Claude Jaumin, je ne pouvais pas mieux choisir que
lui le déluré, lui le dilettante, pour terminer cette
trop brève nomenclature. Te souviens-tu, Claude, mon éternel
rival pour les premières places dans toutes les matières?
C'était un combat à la loyale. Sans doute, Claude
est-ce un peu grâce à toi que j'ai étudié.
Nous redoublions d'effort, moi plus que toi.. Toi qui as toujours
affirmé haut et fort que tu serais médecin. Bravo pour
ta constance, ta vocation, ta détermination, toi que j'ai
revu.. enfin après quarante-sept ans, en 2002.
Et
tous les autres encore, combien d'autres. Cœurs tendres, forts
en gueules, bras cassés, faux durs, sportifs, artistes,
intellectuels, vrais copains et simples camarades.. toutes ces
figures aimées qui ont accompagné ma jeunesse.
Haut
c)
Et quoi encore?
Voici
encore quelques hauts faits d'armes et quelques faits et gestes sans
importance qui se déroulèrent au collège entre
49 et 55. Ils n'ont rien de commun l'un avec l'autre, sauf peut-être
leur caractère anonyme, car Mnémosyne ne m'en a pas
révélé le nom des acteurs. Je jure cependant que
tout ce que je vous raconte est véridique et que j'en fus
témoin.
« O combien
d'actions, combien d'exploits célèbres
« Sont
demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
« Où
chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait,
« Ne
pouvait discerner où le sort inclinait ! . (Corneille, Le Cid)
Combien
de fois me suis-je demandé : Mais qui donc était
cet élève, un peu plus âgé que moi, noir
de cheveux, la tignasse souvent sur les yeux, plutôt mince,
même maigrichon, et qui, sitôt en récré,
sortait son harmonica chromatique de sa poche et jouait
n'importe quoi aussi bien que les frères du trio Raisner. Oui,
je sais il y avait au collège de nombreux élèves
qui jouaient de l'harmonica. Mais personne ne l'égalait lui.
Il jouait ce qu'il voulait et de sa main gauche en étouffoir,
il savait varier les harmonies et les vibratos. Un dieu.. Il y avait
eu Pan et sa flûte, il aurait dû y avoir lui et sa
musique à bouche. Ennio Morricone a peut-être pensé
à lui en composant ..Le gamin, pardon: L'homme à
l'harmonica. Mais comment s'appelait-il ? Guido De Wolf,
Willy Senden, Alex Michelson, Paul Vicat, Serge Van Vyve.. ou
encore un Vidoudez ou un autre..? Mais qui donc, bon dieu ? Si
quelqu'un se reconnaît ou sait de qui je parle, prière
de me le signaler. Merci. Je ne sais pourquoi je pencherais pour Paul
Vicat ou alors peut-être Paul Thiran? Aidez-moi !
Et
qui était ce flambeur qui a tenu le pari d'allumer
une cigarette devant Rollmops et sans se faire pincer,
sur la patinoire durant une récréation à une
heure où il était interdit de fumer ? Avouez que c'est
une performance ! Le gars a réussi. Il est parti de loin, la
cigarette éteinte cachée dans une main et le briquet
dans l'autre main.
Il
portait, comme plusieurs d'entre nous, son pull roulé sur les
épaules, comme une écharpe. Nous faisions souvent cela
durant la saison sèche, car s'il faisait frisquet à
6,30h du matin en sortant du dortoir, il faisait souvent nettement
plus chaud à midi. Alors, on enlevait son pull, et on le
gardait roulé sur les épaules pour s'en libérer
les mains. Voilà donc notre parieur avec ses trois
accessoires : cigarette et briquet dans les mains, pull comme
une étole d'hermine. Il avance, passe juste
devant Rollmops et là, en faisant semblant de se trébucher
et en basculant son pull par dessus sa tête, il allume sa sèche
en une aspiration, puis continue comme si de rien n'était, sur
la patinoire et vient rejoindre son groupe de juges parieurs, la
cibiche allumée dans les pattes. Cela s'est fait en plein
jour, lors d'une récré où on n'avait pas fumage.
Belle expérience ! Mais qui était-ce, sapristouche !
Là, je penche pour un gars un peu roux, un an ou deux plus âgé
que moi.. (Serait-ce Jean Shaefer ?.. ou peut-être Guy Van
Daele ? un rouquin, j'en suis quasi sûr..)
Haut
Et
qui un jour, se blessa en descendant en courant la grande volée
d'escaliers sous le gong, entre la chapelle et le réfectoire ?
Ici, la situation est tragique, la piste sanglante
(que j'ai vue), allait des escaliers au dortoir, passant sur la
barza, à côté du réfectoire. Sans doute
a-t-il décidé d'aller chercher de l'aide quelque part.
Des grosses taches de sang sur le ciment, tous les trois ou quatre
mètres. De quoi s'agissait-il ?
Voici.
Un grand gars, de trois ou quatre ans plus vieux que moi, un jour
qu'il était pressé est descendu les escaliers quatre à
quatre. Mais il faut savoir que ces escaliers (voir photo 048)
où le passage est intense ont été construits
avec une armature métallique sous le rebord de chaque marche.
Et sur une marche, il dut poser un pied trop en arrière, si
bien que dans l'élan de la course, en repliant la jambe, le
tendon d'Achille de ce pied a dû frôler de trop près
le rebord métallique en se relevant et il s'est complètement
pelé : soulier, chaussette, peau et chair jusqu'à
l'os. Ah ! que cela a dû faire mal ! Il aura terminé sa
course au pied de l'escalier sans rien sentir, puis peu à peu
cela s'est mis à pisser le sang et à lui faire de plus
en plus mal, comme si on lui entrait un couteau dans la chair vive.
Brrr !
Je
vous dis que l'on pouvait suivre à la trace une heure
après!.Ce grand gars qui a saigné en se déchirant
le tendon d'Achille. sur l'escalier, je revois sa figure, mais son
nom.. qui était-ce ?
Parlant
d'accidents, les bras cassés ne se comptaient plus au collège
et donc ne se conteront pas. (Remarquâtes-vous le joli effet
littéraire : le passé pour la triste réalité
comptable des bras cassés, et le futur pour l'heureuse
décision de ne pas narrer. Et tout cela, ô fin du fin,
par l'utilisation télescopique de deux verbes qui se répondent
par leur homophonie : compter, conter. « Admirabel,
n'est-il-pas? », comme auraient dit les Anglais
sortis tout droit de nos « Britain II ou III»
? Hum, passons. Sur la patinoire les accidents étaient
hélas fréquents avec les patins (bras ou jambes
cassés par collision contre une colonne ou rencontre fortuite
et malencontreuse de quelque passant : bang !) Je m'étais
laissé dire qu'il y a eu une belle époque où
nous avions le triste record des fractures à l'hôpital
de Cost. En moyenne une pas semaine ! Mais cette statistique à
elle seule ne mérite pas qu'on l'inscrive dans les annales.
Par
contre, il y eut des accidents célèbres.
Outre celui du tendon d'Achille pelé (voir ci-dessus) ou celui
de l'épaule fracturée d'André Corten,
« rapatrié » dans la mère patrie
avec son petit sac de sable (Voir plus haut), et la tragique noyade
du petit Bracaval narrée ailleurs, il y eut encore le cas
terrible de ce jeune gamin qui tomba de la balustrade sur le seuil de
ciment sis juste au bord de la plaine. (voir photo 04),
au pied de la préfecture. Il jouait sans doute sur la
balustrade comme tous l'ont fait et ce fut la chute de quatre mètres.
Il tomba à peu près à genoux, sur ce petit
passage de béton et se fractura les quatre membres et
plusieurs dents. Pauvre chérubin. C'était un tout petit
bonhomme de huit ou neuf ans. Un père surveillant (Verhaegen
?) qui était assez éloigné sur la plaine a cru
voir en se retournant juste à ce moment comme une feuille de
journal emportée par le vent. C'était le corps qui
chutait. Quand on l'a ramassé, c'était un pantin
désarticulé.
Revenons
à des images plus réjouissantes. Parlant d'images, avec
qui étais-je, flânant ce samedi ou dimanche après-midi,
lorsque nous avons vraiment par hasard constaté que la petite
porte latérale qui donne accès à l'arrière
des balcons de la grande salle n'était pas fermée à
clé ? Je pense bien que j'étais avec François
Noël, avec lui, il nous arrivait de fouiner un peu partout
-voir l'épisode du vin de messe à la grande sacristie
(voir chapitre 3, bouteille n°2)- même si fouine était
en réalité le totem de Claude Jaumin. Donc,
François et moi, nous poussons la porte pour nous glisser
subrepticement à l'intérieur. Cette ouverture envoie un
grand rayon de lumière dans la salle obscure, puis nous la
refermons aussitôt, car nous voyons clairement sur le grand
écran qu'on est en train de passer un film. Youpiiie ! Une
petite séance de cinéma ? Bonne
affaire, on entre, on se choisit une rangée, un fauteuil (on
avait le choix!), on s'installe (Il manquait juste les chocolats
glacés ou le pop-corn) et on regarde le film. deux minutes
tout au plus jusqu'au moment où la même porte se rouvre
brutalement et nous voyons très nettement la grande silhouette
du Père préfet, le Pif, le père Van de Kerkhove.
qui s'approche de nous à toute vitesse et nous demande ce
qu'on fait là. On répond qu'on a vu la porte ouverte et
que.. Il nous prie alors de sortir immédiatement car il était
en train de visionner le film que nous devions voir une ou deux
semaines plus tard, le dimanche après-midi. En fait, il
procédait à la censure et était prêt avec
Broeder Prouvé (ou Joossen) projectionniste à utiliser
la paire de ciseaux de tous les censeurs du monde..
Un
autre jour, et encore tout à fait par hasard, lors de la
récréation après le premier cours, par le plus
grand des hasards, je le répète, nous vaquions côté
réfectoire et quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous
entr'aperçûmes une dizaine d'élèves assis
au réfectoire et occupés à .. manger ! Et ils ne
mangeaient pas n'importe quoi, les lascars. Ils dégustaient
des œufs
sur le plat,
s'il vous plaît ! Rien que ça ! Non, mais vous vous
rendez compte ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Et pourtant, ils
avaient déjeuné comme tout le monde, je reconnaissais.
non je ne nommerai personne. Mais pourquoi ces chou-choux, ces
favoris, ces enfants gâtés bénéficiaient-ils
ainsi de cet extra ? C'étaient des chérubins dont les
parents payaient un supplément (je le suppose, on est jésuite
ou on ne l'est pas) pour qu'ils se nourrissent un peu plus, qu'ils
reçoivent une nourriture un peu plus saine que l'ordinaire des
troupiers que nous étions.. (devrais-je dire des trous de
cul?). Non, mais vous imaginez notre surprise, à nous qui
avons découvert le pot aux roses et qu'on avait bien pris soin
de ne pas avertir, naturellement. Tout ce petit traficotage était
tenu secret ! Ah mais, on s'est chargé de le révéler,
nous les laissés pour compte ! Je vous demande un peu, quand
même !..
Haut
Un
pied torpille, un doigt fusée et.. une frite! On avait
12, 14 ans et pour rigoler un peu et briser le train-train quotidien
de l'internat, nous avions deux blagues, deux petits gestes purement
physiques et sans méchanceté aucune que nous faisions
volontiers à un copain lorsque le surveillant ne nous
regardait pas. La première de ces blagues consistait,
lorsque nous étions derrière un autre et cela arrivait
très fréquemment en particulier lorsque nous marchions
en rangs et en silence..., cette blague consistait à envoyer
par en bas, un coup de pied très fort et très précis
sous la semelle du camarade qui marchait devant nous au moment exact
où il levait le pied.
Ce
geste anodin, lorsqu'il était bien réussi provoquait
toujours le rire par la soudaineté de l'attaque et
l'étonnement de la victime qui tout-à-coup voyait son
propre pied projeté bien haut en avant et parfois menaçait
même de le faire tomber parce qu'il se trouvait déséquilibré.
J'imagine que lorsque cela lui arrivait, quand il voyait soudain sa
jambe décoller ainsi, le gars devait se demander pourquoi
soudain cette guibolle, sa propre jambe, jouait les filles de l'air
sans qu'il lui ait rien demandé ! Inutile de dire que pour
bien réussir ce coup, il fallait se tenir très près
de sa victime, le suivre quelques pas silencieusement pour se mettre
à son rythme et lui frapper la plante du pied par en-dessous
sans qu'il s'y attende. Le copain ne tombait jamais, mais parfois
devait courir un ou deux pas pour retrouver l'équilibre menacé
et toujours rigolait bien fort de ce tour sans malice. Je dois dire
que je m'en tirais assez bien dans cette aventure. J'étais
passé maître dans l'art du coup de pied
torpille. L'autre coup légèrement malicieux et du
même effet, se pratiquait avec la main dans les étages
supérieurs. L'attaquant était toujours derrière
et la victime juste devant, le dos tourné. On s'approchait de
lui assez près, légèrement d'un côté,
on pointait l'index près de sa joue, à hauteur du nez
et on l'interpellait de ce côté. Immanquablement le
camarade se retournait et venait heurter son pif sur notre doigt
pointé. C'était amusant et rigolo et sans conséquence.
Je me souviens qu'à certaines époques nous faisions
beaucoup ce genre de blagues entre nous. Il fallait bien trouver de
quoi se distraire durant ces récréations parfois
longues et monotones. Nous le répétions tellement que
d'aucuns avaient trouvé la parade. Je vois encore André
Forro. Lorsqu'on l'appelait, il se ventilait les joues avec ses
propres mains pour éventuellement annihiler l'effet du doigt
pointé telle une fusée destinée à lui
anéantir le pif !. Vous voyez le genre: "Hé,
Forro, tu viens?" Et alors, le dit Forro, au lieu de tourner
normalement la tête et répondre "Oui, non ou encore
où ça?", se ventilait les deux joues puis
lentement tournait la tête. C'était d'un effet bouf!
Mais avec ça, il lui est arrivé de nous prendre à
notre propre piège. Une autre parade consistait, lorsque
l'appel venait de l'arrière gauche à se tourner
ostensiblement vers l'arrière droite pour éviter le
doigt vengeur. Cela nous faisait rire. Non mais, blague à
part, c'est un truc, je l'ai appris plus tard, que les acteurs
américains de "L'Actor's Studio" comme Marlon Brando
et Paul Newman devaient utiliser, non pas pour éviter un doigt
mal placé, mais simplement pour attirer l'attention en faisant
le contraire de ce à quoi s'attend le spectateur. Vous voyez
ce que je veux dire: Un partenaire, par exemple Eva-Maria Saint dans
"Sur les quais" est derrière Marlon, mais légèrement
sur la droite. Elle l'appelle: "Terry". Au lieu de pivoter
de 100 ou 150 degrés vers la droite, la tête de Brando
tourne vers la gauche et fera 200 ou 250 degrés. C'est
contraire à tous les usages, donc c'était l'effet
inattendu et recherché par Lee Strasberg. Je ne crois pas
qu'André Forro, Claude Jaumin, Michel André, François
Noël ou moi-même en poussant nos têtes adolescentes
et boutonneuses à faire le grand tour ayons jamais pensé
faire ouvre de pionniers en matière cinématographique.
Mais sait-on jamais? Enfin, vous connaissez l'expression "jamais
deux sans trois" ? C'est parce qu'il me revient une troisième
farce que nous faisions aussi à celui qui nous précédait,
mais ici le tour est plus vicieux, si je puis dire. Connaissez-vous
la définition d'une frite ? Non, non pas les frites que le
frère Prouvé et ses cuistots nous préparaient le
jeudi midi, ni toutes les excellentes frites de Jacques Brel
dégustées avec des moules, non je parle d'une autre
frite : "coup sur les fesses donné d'un geste vif du dos
de la main". Si cette définition sous-entend que le coup
est porté de haut en bas, alors sans doute elle correspond à
la blague dont je veux vous entretenir et vous aurez appris quelque
chose et moi aussi, sinon tant pis pour la frite. En effet, si le
coup sur les fesses est porté de haut en bas en frôlant
les dites fesses avec le dos des doigts, plutôt que la main, si
vraiment les doigts frôlent à toute vitesse
l'arrière-train de la victime comme pour lui couper une
tranche de jambon, alors oui, vous avez affaire à un coup
terriblement vicieux, car il pince assez fort les parties rebondies
de la victime. Cela cuit littéralement pendant quelques
secondes, puis heureusement cela s'oublie aussi vite. Comprenons-nous
bien : toute la difficulté pour l'assaillant était
d'être suffisamment proche pour à peine frôler,
mais en le touchant cependant, sans être trop près pour
ne pas heurter le derrière. C'était vraiment une
affaire de millimètres, si tel était le cas, le
frappeur ne sentait rien, mais le receveur ressentait un pincement,
puis une légère cuisson de l'arrière-train, je
vous l'assure.
Un
matin de ma dernière année, en 55, notre groupe de
poésie refusa d'aller en classe parce que ce matin, on venait
d'apprendre que le P. Recteur avait décidé de renvoyer
Georges Van Bever chez lui. On n'a jamais vraiment su pourquoi..
esprit mauvais et pernicieux se contentaient de dire les pères..
Surpris, choqués même par de cette décision que
nous ne comprenions pas, nous les gars de poésie, refusâmes
de quitter la patinoire et d'aller chercher nos livres de classe à
l'étude. Nous ne voulions pas rentrer en classe et nous
retrouver sans Georges.. Le père Jacqmotte, notre titulaire,
semblait d'accord avec notre esprit de solidarité. C'est
Monsieur Mortier (prof de 6e latine) qui passant par là
et nous voyant en grève sur la patinoire,
nous a poussés pour nous faire monter à l'étude,
car le surveillant des grands (Bilulu) était dépassé
par les événements.
Haut
Sur
cette même patinoire, je revois le Père Somers, beaucoup
plus tôt, en 50 ou 51, patiner comme un roi du hockey sur
glace. C'est qu'il patinait bien, le bougre sur ses patins à
roulettes non alignées comme aujourd'hui. Il savait même
évoluer gracieusement en marche arrière. Alors, il fit
construire des crosses de hockey, constitua deux équipes des
meilleurs éléments roulants de nos divisions blindées.
Et là, en pleines tropiques, sur la patinoire est du collège,
on installa deux goals et des planches sur les bords pour empêcher
la rondelle (en Europe et en Afrique on dirait le palet) de valser
par delà la glace,.. euh je veux dire la patinoire et on
assistait à des joutes de hockey, non
pas sur gazon, ni sur glace, mais sur ciment. Tout simplement. Et
cela grâce à ce cher Émile Somers !
Nous
avions l'habitude d'assister au moins une fois tous les deux mois à
une conférence ou un spectacle à la grande salle. Je
renvoie le lecteur à une liste non exhaustive, à la fin
du chapitre 9. Ils y liront les noms des Mahuzier, Geerbrand,
Gerbaut, De Prelle, Lachenal, Haroun Tazief et autre Charles Trenet.
Mais un jour que nous montions au jubé avec la chorale pour la
messe du public, quelle ne fut pas notre surprise de voir discutant
sur le parvis de la chapelle un petit monsieur barbu et volubile qui
ressemblait étrangement à Alain Bombard. Et cette
ressemblance n'avait rien d'anormal, puisque l'homme en question
était bien le docteur Alain Bombard
lui-même qui nous avait déjà parlé de sa
fameuse traversée de l'Atlantique à bord de son canot
« L'Hérétique » où il
s'obligeait à démontrer qu'on peut survivre en mer sans
moteur et sans avoir aucun vivre, liquide ni solide. Il suffit de
pêcher du plancton avec un mouchoir, d'avaler cette mousse et
de boire l'eau de pluie. S'il ne pleut pas, il faut boire un litre et
un seul litre d'eau de mer par jour. Le problème c'est qu'elle
est très salée (le saviez-vous?) et qu'on crève
de soif. Il avait été amené à
entreprendre cette expédition parce qu'un jour qu'il était
jeune médecin inspecteur chargé du contrôle des
canots de sauvetage et boîtes de secours des navires en
partance, il s'était rendu compte, à Marseille, que la
même pharmacie et boîte de survie circulait d'un bateau à
l'autre lors de son inspection, les navires en étaient donc
dépourvus. Il avait aussi répondu à nos
questions en spécifiant bien que celui qui lui poserait une
question qu'il estimait très importante recevrait son livre
gratuitement. Je ne sais qui reçut ce livre parmi nous, mais
je me souviens de la question : Pourquoi votre canot pneumatique
(qui était exposé sur la scène lors de sa
conférence), se prolonge-t-il par ces deux boudins de chaque
côté à l'arrière ? Je me souviens moins
bien de la réponse : question de flottabilité ou
pour l'empêcher de trop facilement changer de direction et
aussi de se retourner.. ou encore pour éviter les requins.. ?
Haut
Je
viens de citer De Prelle : je vais terminer ces comptes rendus
par une blague amusante qu'il nous raconta lorsqu'il vint nous
parler. Alain De Prelle était un journaliste au Moustique et
il paria un jour qu'il serait capable de faire le tour du monde avec
pour tout pécule un billet de mille francs au départ.
Le voilà donc parti, en ces temps de guerre de Corée,
je vous fait grâce de ses 1200 pages d'aventures superbement
narrées dans deux gros bouquins : Le tour du monde sur un
billet de mille et la suite en un autre gros bouquin de 500 ou 660
pages, mal reliées : Les cinq sous de Lavarède..
Il revint en Belgique après deux ou trois ans, je crois, et
recommença un autre tour du monde pour raconter le premier en
conférences. Pas bête. Il assure quelque part que les
femmes siamoises sont les plus belles femmes du monde. Pour moi,
Alain de Prelle c'était mille aventures : la guerre de Corée,
combien d'avions, de bateaux, de véhicules de toutes sortes,
combien de pays traversés.. Les Indes, le Cambodge, le Siam et
les plus belles femmes au monde. C'était l'aventurier moderne,
du vingtième siècle, ce n'était plus le
découvreur de "terras ignotas", qui affronte des
dangers inconnus, comme Stanley ou Livingstone ou Richard Burton ou
John Speke mais celui qui part à l'aventure et découvre
les mille coutumes de millions de gens en se cherchant un chemin
selon les disponibilités du moment. Oui tout cela me faisait
rêver de voyages, de découvertes, d'aventures. Au fond,
il m'aura peut-être plus influencé que je ne pense.
Mais
revenons à la petite blague promise. Cela se passe au Japon,
extrêmement strict sur les bonnes manières, malgré
leur bains en famille.. Bref, Alain De Prelle est hébergé
par une famille très collet monté en même temps
que très chaleureuse. Et lui qui est là, attendant un
moyen de transport pour continuer « gratos » de
voir d'autres pays, en profite pour apprendre un peu la langue
d'Hirohito. Et c'est ainsi qu'à table autour d'un bon
souper avec la famille au grand complet, tout fier de ses nouvelles
acquisitions dans le langage nippon, il regarde la fille aînée,
sa voisine de table et lui dit fièrement : « Chichi,
doso » (là aussi, je me souviens de
ces termes comme si c'était hier qu'il nous racontait cela.)
ce qui signifie : du lait, s'il vous plaît. À ce
moment, le demoiselle devient rouge de confusion, puis pâle et
tremblante. Silence gêné de toute la famille.. Il
se demande ce qu'il a fait comme bévue. La fille se lève
et se sauve littéralement en pleurant. Alors le papa, lui
demande ce qu'il veut. Il dit : Du lait, s'il vous plaît..
Et le père et la mère se mettent gentiment à
rire : car à leur fille, il lui avait demandé son
sein ! Chichi, c'est effectivement du lait,. Mais le lait maternel !
Et voilà une histoire qui se termine sans chichi !
Haut
d)
Comment dis-tu?
En
fait, il ne s'agira ici que de vocabulaire. Au collège, nous
avions nos idiomes, nos expressions bien à nous. Ce sous-titre
répond à la question : comment disait-on ceci ou
cela .. Et je dirais même plus, comme les Dupondt, ce
sous-titre répond plutôt à la question :
savez-vous ce que tel mot signifiait pour nous ? D'une manière
générale, on peut affirmer qu'on s'exprimait bien (même
très bien quand je vois et que j'entends la jeunesse de ce
début 21e siècle). Nous avions un
vocabulaire et une syntaxe de bon usage, bien français.. Et
vive Monsieur Grévisse ! Mais quelques mots d'argot,
quelques régionalismes de Bruxelles (boules,
zievereire, kletch-kop , snottebel,..!), quelques mots au sens
déformé et d'autres forgés par nous-mêmes
et enfin quelques mots carrément flamands (Stinken,
volle-gaz, skieve) pouvaient fleurir à l'occasion dans nos
phrases de potaches. Je passe les mots en swahili (bilulu, tchop,
ndio, apana, acuna..) assez nombreux, que mes lecteurs
« swahilistes », j'en suis sûr,
connaissent mieux que moi (qui ne suis que « lingaliste »
à mes heures !)
" Oh
la la" Que le temps s'étire " Oh la la "
Tirelirela " Et je me serpentiluche " Je
m'escaramuche " Dans le fond des bois " Tous les
raconte-bouillasses " Des grogne-filasses " Ne
m'atteignent pas
(Croquemitoufle
de Bécaud, Amade et Delanoë)
Alors,
allons y, et par ordre alphabétique, s'il vous plaît :
Haut
*
aboule ta graisse: amène-toi,
viens ici
* andouille :
Il ne s'agit pas de l'espèce de saucisson,
mais d'une espèce d'imbécile qui se retrouvait devant nous et auquel on
s'adresse par cette petite insulte gentille et sympathique. Cela s'employait
fréquemment.
* aprem : apocope de "après-midi"
Joues-tu au foot, c't aprem ? * arrière-goal
: terme péjoratif (et insultant) pour désigner
quelqu'un qui joue mal au foot ou qui n'est bon qu'à ramasser
le ballon. * bagnole : voiture
*
balles (populaire pour) francs. La fois où j'ai
voulu faire rire la classe, en septième ou sixième
latine, j'ai dit pour solutionner un problème :
15000 balles, au lieu de 15 000 francs. Tout le monde a rigolé,
y compris le prof ! (comme quoi un rien nous faisait rire, car je ne
trouve vraiment pas la blague très comique aujourd'hui)
*
bavarder : parler alors que le silence est requis
(en étude, dans les rangs, à la chapelle, en classe.)
Bavarder à ces moments risquait fort de nous valoir quatre
pages.
*
bécane : vélo
*
bexon : vélo (vient certainement de bécane)
*
bidonner (se) : rire, se bidonner bien fort, c'est
bidonnant, c'est tordant.
*
blinquer : reluire (de blanchir ?). Ça
blinque = ça brille
*
bloque : nom féminin très pénible
à évoquer pour un étudiant. C'est le temps
d'étude intense qui précède les examens
importants à la fin du trimestre.
*
bouffe : repas, nourriture, mangeaille
*
boules : bonbons (un vrai régionalisme de
Bruxelles, adopté par tous au collège. À Liège,
on dit « chique » ce qui n'est pas mieux)
*
brils (mot flamand, masculin pluriel) lunettes. T'as
cassé tes brils ?
*
brosse : cheveux en brosse, coupés en
brosse. Dru, de 2 à 5 ou 6 cm.. Certains portaient très
bien la brosse (Attention une brosse au Québec est une cuite,
ne confondons pas. Ne confondons pas non plus avec kletch-kop, voir
ce mot)
*
brosser le ventre (se) : se passer de .. (Ex.: Lui, il
reçoit tout et moi, je peux me brosser le ventre..)
*
buse, buser : voir mofler
*
cafard : tristesse due à la
séparation, ennui de ses parents.
Aussi
: mouchard, rapporteur (voir manche-à-balle). Il n'était pas souhaitable d'avoir
le cafard, mais il l'était encore moins d'être un
sale cafard.
*
calcif : caleçon.
*
capitula : culotte ou short des gamins que nous
étions.
*
carotte (tirer la carotte) : faire semblant d'être
malade. On disait aussi carotter.
*
carottier : celui qui tire la carotte, qui a
l'habitude de refuser un travail, paresseux. On n'aimait pas se faire
dire : « Espèce de carottier. »
*
carte : petit bulletin hebdomadaire, de la
grandeur d'une carte postale, décerné par le titulaire
en classe et par le surveillant à l'internat, remise le samedi
souvent par le préfet et que nous devions envoyer à nos
parents. Nous, à l'internat, en recevions donc deux. Elles
variaient selon les points décernés de la Blanche (ou
dorée) : TB, puis la Rouge (ou rose) : Bien,
l'Orange : Assez Bien, la Bleue : Insuffisant, la Jaune :
Mal et la Verte : Très Mal.. (voir photos 112
et 113
et légende explicative dans les réponses
de notre quiz) Les élèves ayant eu des Bleues et
Jaunes n'avaient pas de chocolat après le dîner du
dimanche et les Jaunes avaient retenue au lieu du cinéma ou du
foot, le dimanche après-midi.
*
cfr : abréviation de confer ou conférer,
se rapporter à
*
chandelle : Lorsqu'au foot, on shootait le ballon très
haut en l'air, on faisait une chandelle.
* chiche
: parie ! S'utilisait beaucoup quand on mettait quelqu'un au défit de faire
ou de dire qqch. "Chiche que t'es pas capable !"
*
chou-chou : celui qui selon ses camarades
bénéficie d'un régime plus favorable de la part
d'un prof ou un surveillant. Affirmation pas toujours prouvée
et parfois sujette à caution parce que motivée par la
jalousie. « On le sait bien, c'est son chou-chou. »
*
cibiche (ou sèche) : cigarette
*
clebs : chien
*
cogne (dans l'expression : ça a de la cogne
!) : c'est beau, intéressant, expressif, enthousiasmant.
*
colle, coller : punition, punir. Est-ce qu'il t'a collé
? Il m'a collé huit pages. Ou bien Pierre a eu dix pages de
colle ! Deux heures de retenue, quelle colle !
*
cqfd : s'emploie encore de nos jours, abréviation
de Ce Qu'il Fallait Démontrer. C'étaient nos deux profs
de math, Pas et Van der Wilt qui les utilisaient après chaque
démonstration.
*
dorée :
carte blanche, voir carte.
*
Douf
: gros, rempli, qui a
beaucoup mangé. T’as vu comme elle est douf ? J’ai vraiment trop bouffé, je me
sens douf !
*
Expressions idiomatiques : Au collège, nous
disposions aussi d'expressions idiomatiques créées de
toutes pièces ou empruntées telles que :
-
Aboule ta graisse : amène-toi, viens ici
-
Grouille tes puces : dépêche-toi
- Se
brosser le ventre : se passer de .. (Ex.: Lui, il reçoit
tout et moi, je peux me brosser le ventre..
- Faire
dans sa culotte : Avoir peur, avoir la trouille..
*
fieu : Familiarité probablement dérivée
de vieux: allez fieu.
*
fin : adjectif qualificatif utilisé à
toutes les sauces : « C'est fin » exprime
la surprise, l'étonnement, l'évidence. C'est fin !
équivaut à C'est malin ! (Au Québec ce mot est
utilisé dans un autre sens :c'est fin ou il est fin
signifie : c'est gentil)
*
finesse ! Exclamation, du style de « C'est
fin » Marque l'étonnement ou l'évidence.
Genre : Finesse, elle est bien bonne.. ou finesse, c'est
évident.. On disait même "finesse épaisse" (expression
amusante, basée sur l'antithèse, ayant le même sens que "finesse" et signifiant:
C'est fin, c'est malin !). Cela
n'avait guère de sens, mais cela rimait.
*
Frère : Religieux des frères
Maristes ou des frères jésuites. Ne pas confondre avec
Père.
*
Football : Au football, nous utilisions un vocabulaire
fort étendu avec quantité de mots anglais que je ne
veux pas expliciter trop longuement ici :
-
back dr., gauche.. (les deux joueurs arrière)
-
botter : envoyer la balle avec le pied
-
centre-avant (joueur occupant l'avant-centre)
-
centre-half (le joueur du centre, le pivot, un des rôles
principaux)
-
charge : action de charger avec les épaules ou le corps
-
corner (coup de coin)
-
coupe (trophée rempli de bonbons que se partageaient les
joueurs de l'équipe victorieuse après un trimestre de
championnat dans chaque division)
-
draw (match nul)
-
dribbler (manier la balle avec le pied)
-
extérieur dr., gauche (joueur de l'avant sur les côtés)
-
forward (les cinq joueurs de la ligne avant)
-
foul (faute de jeu)
-
free-kik (coup franc)
-
goal (but ou gardien de but)
-
half dr. ou gauche (demi, joueur du centre)
-
half-time (chacun des deux demi-temps de jeu, 45 minutes)
-
hands (faute de main)
-
intérieur dr., gauche (joueur de l'avant près du
centre)
-
lines man (arbitres de lignes, théoriquement deux)
-
off-side (joueur hors jeu, dépassant le dernier adversaire en
attaque)
-
out (balle sortie sur le côté)
-
penalty (faute grave en attaque, dans la zone du but adverse, avec
tir de réparation)
-
shooter (frapper la balle du pied)
-
tête (un coup de tête sur le ballon)
-
time (temps de repos entre deux demi-temps)
-
toss : le jeu de pile ou face pour le choix du terrain, par l'arbitre
avec les deux capitaines.
-
W-M (une des stratégies de jeu : les dix joueurs de terrain
étant répartis comme les pointes des lettres W et M
entrecroisées l'une dans l'autre)
-
sans compter les mots comme championnat, équipe, ballon,
maillot, arbitre, sifflet.. remplaçant...
*
foots : des foots, ce sont des souliers de football. Tu
me prêtes tes foots ? Les mercredi et samedi après-midi,
on s'échangeait facilement une paire de foots.
*
gnaf (espèce de gnaf) : insulte légère,
gentille même : espèce de sot, innocent, fou..
*godasse : soulier, sandale..
*
godasses (et godillots) : souliers,
sandales
*
goulaffe (vient de goulu, vient certainement de goulafre) :
gourmand, goinfre. Manger comme un goulaffe. Espèce de goulu !
*
grouiller et (se grouiller) :
aller vite, se dépêcher. Grouille tes puces, expression
signifiant : dépêche-toi. On pouvait aussi parfois
entendre crier simplement
« Grouille
! » lorsque quelqu'un attendait devant un cabinet.
*
guibolle : jambe
*
gyms (au pluriel, des gyms) : des sandales de
gymnastique. (On dirait aujourd'hui en France et en Belgique des
baskets). Il fallait les faire blanchir. S'utilisaient en gym, mais
aussi pour le tennis et pour beaucoup de sports.
*
Idiomes
:
voir expressions idiomatiques
*
ketch (ou ket, vient probablement de
kid) : un petit ketch, un petit gamin, jeune, innocent
*
kif-kif : semblable, égal. C'est kif-kif =
C'est la même chose
*
kletchkop : cheveux coupés ras. (du
flamand, tête rasée. Ne confondons pas avec la brosse)
*
manche-à-balle : chouchou, élève
bien vu d'un prof ou d'un surveillant et comme tel mal considéré
par les autres. Parfois un manche-à-balle devenait un cafard
!
*
mandaï (ou mandaille) : Mot insultant sans
méchanceté: espèce de mandaï, faire le
mandaï : faire le con, l'idiot. C'est un gars peu intéressant.
*
marrant : amusant (voir aussi bidonnant,
roulant, tordant)
*
mec : garçon, type, homme. Selon
l'intonation et les mots qui l'accompagnent, on pourra déterminer
si le mot est péjoratif ou mélioratif. Ainsi :
pauvre petit mec, sale mec.. he les p'tits mecs !.. ou quel mec, ce
type !, ça c't un mec.
*
mofler : faire échouer un examen. Il m'a
moflé. Tel prof est un mofleur.. S'utilisait autant que buser
(belgicisme). Les Français diront recaler. Ces trois verbes :
recaler, buser et mofler sont transitifs directs (acceptent un
complément direct), alors que échouer est intransitif.
C'est le prof qui mofle, buse ou recale le malheureux élève,
mais c'est l'élève qui échoue et non le prof.
*
môme : plus souvent utilisé au
féminin : fille, t'as vu la belle môme. Au
masculin, s'accompagnait souvent de l'adjectif petit : Enfant,
avec un sens péjoratif.
*
mouquère : toujours accompagné de
belle, une femme, toute femme idéale objet des élans et
des vœux des ados.. As-tu vu la belle mouquère ?. Une
mouquère est plus adulte qu'une môme, évidemment.
* oeuf
: Mot
légèrement insultant, empoté. C'est votre fils,
madame? Quel œuf !
*
page : comme punition, page à écrire,
à remplir par l'élève puni. Souvent le tarif
était de quatre pages (jamais moins), parfois huit, rarement
plus, sauf cas très spéciaux. À remettre le
lendemain ou à faire en retenue. Cela pouvait être des
pages à copier dans une matière ou un texte libre au
choix de l'élève.
*
panard : pied, souvent associé au verbe
puer. Il pue des panards..
*
pekin : (ou pékin) vieux mot
français signifiant civil dans l'argot des militaires. Pour
nous, du collège, les pékins étaient les gens
ordinaires, les habitants de la ville ou d'ailleurs. Cela pouvait
même concerner les étrangers par rapport à un
groupe plus restreint : les pékins pouvaient être
les autres pour deux scouts, par exemple. Il y avait souvent une
connotation péjorative dans l'utilisation de ce terme. C'était
même une insulte pour quelqu'un qui ne faisait pas partie d'un
groupe ou qui ne réagissait pas comme les autres :
« Espèce de pékin »
*
peler : ennuyer, lasser.. Il est pelant, tu nous
pèles, quelle pelade ce cours.. (Vient sans doute de « La
petite Iliade », le texte d'Homère, transformé
en « La petite Pelade »)
*
Père : C'est ainsi, eh oui, que nous nous
adressions toujours à tous nos braves pères jésuites,
profs, surveillants, recteur, préfet, ministre ou autres pères
jésuites. (Voir aussi Frère)* Peye : mot
désignant un ami, un garçon, un autre type : Eh ! T'as
vu le peye ?.. Salut, peye !..
*
pif : (nez) ou mieux : Le Pif, Surnom
traditionnellement porté par les Pères Préfets.
D'abord Jean Smets, mais peu utilisé. Puis par son remplaçant
de 53 à 55, le Père van de Kerkhove. Ce surnom lui
allait très bien, car il avait un grand nez aquilin... Puis le
surnom semble avoir suivi la fonction et être passé à
l'ancien prof de 4e latine et aumônier scout, le Père
Croegaert, revenu comme préfet vers 1956..
*
piffer : supporter. Ils ne se piffent pas.
*
piger : comprendre (tu piges ? il n'a rien pigé alors..).
* piquer des mégots : fumer (aux
toilettes, optionnel).
*
poule : (à ne surtout pas confondre avec le
gallinacé) une poule, c'était une amie de
cœur, une
petite amie.. souvent associé à l'adjectif « belle ».
Ce mot faisait rêver. On était à la fois honteux
et fier (o adolescence !) quand un copain nous lançait :
« C'est ta poule, cette fille-là ? Ou « Comment
s'appelle ta poule ? » Ou encore « As-tu une
poule ? »
*
quinze ! Exclamation signifiant Bien, Bravo (cela vient
du nombre 15 sur 20, puisque tous nos résultats étaient
côtés sur 20). C'était une bonne évaluation,
comme une carte rouge, bon , pas mal..
*
retenue : la punition la plus ordinaire :
deux heures à faire du copiage, dans un local réservé
à cet effet et sous la surveillance d'un père, les
mercredi, samedi ou dimanche après-midi.
*
rose : (fém) autre nom de la carte rouge.
(Voir carte)
*
roter : râler, être mécontent.
Ex : Oh ! lui, il rote toujours = il fait toujours la tête.
Dis, tu rotes ? = dis, t'es pas content ?
*
roulant : amusant (voir aussi bidonnant,
marrant, tordant)
*
schief : (prononcé skîf) oblique, pas
droit, marcher schief, tu écris schief.
*
sèche : cigarette (voir aussi cibiche)
*
snottebel.. : bruxellaire intraduisible, mais ne
mettez pas vos doigts dans le nez afin de ne pas mettre le doigt
dessus
*
stinker : (de stinken) puer, sentir.. Ça
stinke, ça sent mauvais. (On prononçait même ça
stinque, en prononçant le son in, comme hein)
*
torche : lampe-torche. On ne disait jamais lampe
de poche ou lampe-torche, mais simplement torche. T'as une torche ?
*
tordant : amusant (voir aussi bidonnant,
marrant, roulant)
*
trou de balle ! Injure familière et beaucoup
plus tolérable que le fameux trou de c.., mais cela signifiait
exactement la même chose, espèce de con, d'idiot, de
fou.. à ne pas confondre évidemment avec les balles
(les francs, voir plus haut). Il est même possible que les
trous de balle avaient plus de balles que les autres, mais ça
?...
*
tsins : (prononcez bien le son "hein" et
le s final, de manière à dire : t-s-hein-s) Expression
qui n'a eu qu'un temps, et qui selon moi devait provenir d'une double
origine : d'abord : quinze auquel il doit être
associé (voir ce mot), car il avait exactement le même
sens, tout en étant plus snob. Et ensuite t'sais, déformation
orale de tu sais, beaucoup utilisé également. Cette
explication n'engage que moi bien sûr.
*
tubes : pantalons. Ils s'utilisaient peu, donc le
mot également. Sauf aux examens oraux et à l'occasion
d'une grande fête chez les grands. (cf aussi Franz Ansieau,
année 57-58)
*
vingt-deux! Expression connue, même ailleurs pour
prévenir d'un danger. Comme vingt-deux, v'là les flics.
Pourquoi 22 et pas 23, me demanderez-vous ? Et je vous dirai
honnêtement que cela fait plus de cinquante ans que je me le
demande aussi. Peut-être cela vient-il de "Vingt dieux !
v'là les flics!" Toujours est-il que.. nous l'utilisions
beaucoup pour nous prévenir d'un danger imminent. Si bien que
quand nous disions: " Vingt-deux, Fossile"! Cela ne
signifiait nullement: voici quasi deux douzaines de vieilles pierres,
mais bien plutôt : attention, les gars, voici le Père De
Crombrugghe, notre surveillant!
*
volle-gaz : à toute vitesse.
*
zievereire : énergumène.
Et
voilà, alors, si je vous dis : « T'as vu la
poule de ce ketch kletchkop, quinze alors ! » vous devriez
bien me comprendre.
Je
suis certain que plusieurs de nos lecteurs en ont des dizaines
d'autres en réserve, Qu'attendez-vous pour nous les remettre
en bouche, comme un vieux bonbon au parfum suranné, comme une
vieille boule, ou comme une pastille Valda, à la menthe, ou
comme une « Syphoïde » ou cyphoïde ou
siphoïde ou.. comment cela s'écrivait-il? (on disait une
cyph ou une siph.. Vous savez ces minuscules pastilles noires à
la réglisse, comme un cachou.
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