La Rhétorique
! Premier Trimestre
01 Vacances d'été... à
la guitare
02 Départ
fulgurant
03
La redécouverte
du bassin
04 Ça sent
l'écurie !
05 La rentrée
!
06 Flash Back !
07 Retour à la chronologie.
08 Merveilleuse APEKA !
09
Grand départ de vedettes.sniff !
10
Appel de la Route !
11 L'imagination
au pouvoir (ou tout simplement : comment contourner certaines
autorités débordantes. ?)
12
Retour à la culture !
13
Le camp de la faille !
14 NOËL
1958
01 Vacances d'été...
à la guitare
Inutile de vous dire que les premiers
sons furent lamentables, dignes d'une armée de chats que
l'on étrangle sans mesure. La torture que j'infligeais
à mon entourage devenait
intenable. Ma chance
fut le calendrier scolaire congolais ! En effet, nous rentrions
cette année là le 22 septembre. Les étudiants
de Belgique rentrant vers le 2 ou le 3, je me retrouvai seul
des journées entières chez ma grand-mère
dont je squattai le grenier et là durant des heures, je
m'obligeai à faire et à refaire des centaines,
voire des milliers de fois les même notes les même
accords, de manière à avoir une netteté
de son assez appréciable. La cacophonie des cordes qui
" coïnchaient " au début fit place progressivement
à des suites de notes claires qui avaient le mérite
de ne plus blesser les oreilles des proches. Parallèlement
à cela, ma tante, sans pitié pour mes doigts en
sang m'apprit comment faire les accords principaux et surtout
de passer de l'un à l'autre. J'étais loin de jouer
comme un pro, mais, un sérieux paquet de chansons scoutes
avait déjà été traité. Quelques
chansons populaires commençaient à être reconnues
par mes auditoires de rencontre.
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02 Départ fulgurant
Enfin, le 11 septembre, nous reprîmes
l'avion pour Bukavu. Toujours aussi belle, la vue du ciel de
BUKAVU
(1600)
nous
captive à nouveau.
Cette fois, ce n'est pas le loden mais la guitare à la
main qu'on me vit descendre du DC3 ! Cela ne passa pas inaperçu
et le lendemain, le groupe LAUCLAFASA dont je vous ai déjà
parlé à maintes reprises, me proposa de me joindre
à eux pour animer un spectacle avec toute une équipe.
En fait, 3 des membres du groupe (pour rappel : Willy Claessens,
Jean Pierre Laurent et Gustave FABRIZI) avaient réuni
toute une bande de joyeux copains autour du père GOOSENS,
pour monter un spectacle de music-hall au profit des enfants
congolais : la fameuse " Goutte de Lait " rappelez-vous
: la soirée précédente
eut lieu le 8 mars 1958
(photo 1601). J'embrayai à fond évidemment dans le
système. Les répétitions duraient des heures
car nous avions à peine quelques jours pour finaliser.
Qu'importe, le résultat fut à la mesure de nos
efforts et le succès fut au rendez-vous !
Quelques photos illustrent cet
après-midi mémorable du samedi 20 septembre 1958.
Sur la
photo 1602, on voit tout le groupe sauf Jean Marie Libbrecht à la
batterie. De gauche à droite, votre serviteur guitare
tenue bizarrement, Gustave qui y joue de l'archet (en bois),
Pierre VANKERKVOORDE, raclant son banjo, Willy qui chante en
se demandant ce qu'Auguste fabrique. Jean Pierre Laurent plane
et notre ami DELELIENNE, tout de noir vêtu se dit : "
Je vais vite reprendre les choses en main ! ". Christakis,
de connivence avec nous, poussait plein tube sa chanson. Ce fut
un moment délirant !
Enfin, plus sérieusement,
sur la
photo 1603, LAUCLAFASA, sans
Pierre SAILLEZ (quelque part encore au Kenya comme d'habitude),
accompagné de Jean Marie que l'on voit fort bien, moi-même
que l'on entrevoit entre Willy et Gustave, Auguste, le grand
Delelienne et Mme ??, interprète un de ses grands succès
: " Alors Raconte. " de Gilbert BECAUD.

Sur la photo
1604, j'interprète
en playback " Good Golly Miss Molly " de Little Richard,
mais dans la tenue de Pat Boone pour
rester correct ! Enfin, sur la
1605,
Gustave et moi chantons en direct cette fois : " Buona Sera,
Segnorita " de Louis Prima, accompagnés toujours
par Jean Marie, Willy et les autres pour le rythme et les choeurs.
Le succès fut au rendez-vous (comme pour le groupe LAUCLFASA),
nous dûmes l'interpréter
plusieurs fois ! Le ton était donné, le départ
de ma dernière année fut des plus fulgurants et
se présentait sous d'excellents augures.
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03 La redécouverte du bassin
Cette fameuse dernière semaine
de vacances fut donc partagée entre de longues répétitions
mais aussi des séances de natation au beach du collège
afin de nous rafraîchir. La
photo 1606 montre le bassin vu du côté opposé
au parking terminé l'année d'avant. On y voit les
installations en tôle ondulée qui nous servaient
à la fois de cabine (par en dessous) et de transat (au-dessus) pour bronzer avec les copines
venues immanquablement nous rejoindre. A propos de ces tôles,
rappelons-nous que plusieurs d'entre nous ont gardé un
souvenir " déchirant " voire " pénétrant
" que les coins de ces vestiaires provoquaient parfois.
Des estafilades dignes de fines rapières soit sur un bras
soit sur une omoplate, laissaient des cicatrices plus ou moins
profondes suivant l'ardeur avec laquelle nous poursuivant, nous
grimpions, sautions et dégringolons de ces tôles,
frôlant évidemment d'un peu trop près les
coins de celles-ci. Désinfectants, mercurochromes, pansements
divers et pommades cicatrisantes valsaient allégrement.
Depuis, malheureusement, ces tôles ont disparu et ont fait
sans doute le bonheur de quelques Congolais en quête de
toit. Sur la photo
1607, prise en
août 1989, on constate la disparition non seulement des
tôles mais aussi de tout ce qui est bois du plongeoir.
(Pauvreté nécessite mayele.)
Enfin, il est vrai que nous redécouvrions
le beach avec d'autres yeux ! Nous avions 16, 17 ou 18 ans mais
fatalement les copines aussi ! L'ambiance de ces heures au soleil en charmante compagnie était différente,
forcément des années précédentes.
Si les bikinis n'avaient pas encore bousculé les habitudes,
les monopièces à la Esther Williams nous enchantaient
aussi, croyez le bien. La
photo 1608
nous illustre cette dernière assertion ! On y reconnaît
deux des filles de Monsieur VERBOVEN : Francine et Christiane.
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04 Ça sent l'écurie !
Cette dernière semaine-là
aussi, voyait rappliquer par petits groupes les internes des 4 coins
des provinces avoisinantes. La patinoire restait relativement
peu peuplée ces derniers soirs (photo
1609), les internes étant soit dans les salles de
jeux soit dans les ateliers divers qui les passionnaient. L'occupation
de l'étude était alors très relax (photo
1610). On y voit entre autre le père Claes (dit Bilulu),
avant son retour en Belgique, au milieu Guy Van GREEMBERGHEN
avec sa chemise à carreau et Alain Delville en chemise
et capitula blanc. (Que ceux qui se reconnaissent se fassent
connaître en joignant un petit mot à notre livre
d'or !)
Comme
d'habitude à cette période de l'année, KAMEMBE vibrait intensément au rythme
des DC3 ramenant inlassablement les brebis au bercail. La
photo
1611 immortalise l'atterrissage d'un de ces célèbres
avions. La photo
1612 nous montre
un de ces petits porteurs qui commençaient à gonfler
le team des zincs de la plaine ! Sur la
1613
on assiste au contraire à un départ : qui s'y reconnaît
?
Mon frère, préférant la mécanique,
fut inscrit chez les Frères de l'Ecole Technique du Plateau
; endroit magnifique s'il en est pour dominer tout le paysage
de Bukavu et de ses environs. A gauche, vers KAVUMU, au centre
le lac et Bukavu, à droite, le Ruanda etc.Les photos :
1614,
1615,
1616,
1617,
1618,
1619,
1620, nous montrent différentes
vues prises sur la route qui mène " au Plateau ".
Plus particulièrement, les photos
1617, 1618 et
1619
nous montrent que le pensionnat de la Sainte Famille était
situé en dessous de l'Ecole Technique.
Sur la route du retour, le panorama du KAHUZI et du BIÉGA
permettait de terminer l'après midi avec une touche d'enchantement.(photo 1621).
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05 La rentrée !
Après un dimanche de repos agrémenté
du film " Fernand le Clochard ", la rentrée
effective se fit le lundi 22 septembre. Nous étions alors
952 élèves dûment inscrits et quelques jours
plus tard, le drapeau flottait sur la cour des petits : on venait
d'enregistrer le 500ème élève en section
préparatoire. Le dimanche 29, après le film Casimir
avec Fernandel, notre troupe théâtrale flamande
nous interpréta " Het Onstuimig Hart " , autrement
dit : le Cour Impétueux ! Comme Obélix, nous retombions
d'un seul coup dans le bouillon de culture concocté par
nos enseignants !
Le début octobre vit ses traditionnelles retraites mais
avec une variante de taille : les rhétos n'y participent
plus !, Nous avions la nôtre à nous rien qu'à
nous et dans un site à part ! Les autres grands eurent
le père Turner, les 3ème et 4ème le père
Goux, les 5ème et 6ème furent pris en main par
le père Van den ABEELE. Nos amis flamands eurent le père
VIVEX et les petits le père COEN. Les préparatoires
flamandes allèrent avec le père Van Hamme. Le vendredi
4 octobre, après 3 jours de retraite sérieusement
suivie pour la plupart, il y eut un jour de congé. Les
grands en profitèrent pour élaborer un solide jeu
de nuit du côté de Kamembe.
Si bien sûr le site de l'aérodrome permet de donner
un réalisme surprenant à nos combats entre Japs
et Ricains, je voudrais évoquer ici surtout l'après
jeu de nuit ! En effet, qui ne se souvient pas à un moment
ou à un autre, de cet instant inoubliable où le
père préfet et Félix, ouvrant la ridelle
du " Studebaker " donnaient accès à cette
énorme casserole de chocolat chaud dont le parfum envahissait
nos narines et nous flanquait une fringale de Dieu le Père
! Quelle razzia sur les couques au beurre ! Le gobelet brûlant
dans une main, la couque dans l'autre, les commentaires sur les
aventures fraîchement vécues commençaient
alors.
Les moyens, après une raclée
monstrueuse administrée par leurs collègues congolais
du collège des Barnabites (1 - 6 !!) participèrent
à un feu de camp à la " Michaudière
". Les petits s'exilèrent à SHANGUGU. Le lendemain
dimanche 5, notre VICTORY épongeait la défaite
de la veille en battant l'Entente USUMBURA de 3 à 1.
Ce jour-là aussi fut festif car l'on accueillit le père
de WILDE, qui nous revenait pour remplacer notre Pif national
(le père CROOGAERT) rentré en Belgique. Le lendemain,
culture oblige, un cinéforum nous attendait : L'appel
d'un inconnu, de Jean NEGULESCO.
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06 Flash Back !
Un petit retour en arrière s'avère
ici nécessaire car, qui dit rentrée dit forcément
" nouveautés ". Elles furent de taille !
Tout d'abord, en temps que scientif', nous passions d'un gentil
Monsieur Pass, comme titulaire, prof de math et de chimie, à
une tout autre personnalité : Monsieur Van der WILT Gaston
dont vous pouvez admirer la prestance sur la
photo 1622
! Alors là, nous passions du doux labrador au
doberman grondant, de la calèche bien suspendue au bulldozer
surpuissant ! Nous apprîmes rapidement qui était
ce prof de math, pourfendeur de Diogène, copain d'Erathosthène
et grand préparateur à nos futures études.
Sa discipline n'avait d'égal que sa rigueur. Il était
tellement passionné par ses maths qu'il donnait cours
sans la moindre note et pendant que nous ramions, ce monsieur
exultait dans ses équations, planait à travers
ses coniques !
Des manies par paquet, des expressions colorées, tout
cela contribua à faire de nous des matheux convaincus.
Gare à celui qui n'avait pas sa ficelle ou son lacet pour
tracer les circonférences ! Gare à celui qui n'avait
pas son quart de feuille pour l'interro surprise systématique
! Notre ami Yvon BULTOT, souvent visé, eut la palme des
étudiants interpellés : M. BULTOT, vous n'êtes
qu'un tube digestif foutu, tout rentre d'un côté,
tout sort de l'autre, rien ne reste ! ou bien encore : M. BULTOT,
vous êtes une grande lumière mais il n'y a pas de
courant !...
A la fin d'une démonstration, si vous aviez oublié
d'encadrer la formule finale ou le résultat, le tonnerre
se déchaînait. On avait droit à un mètre
de large à la fois au tableau pour écrire son texte
et ou sa démonstration et, arrivé au bas du tableau,
s'il fallait continuer, l'oubli d'une ligne verticale de séparation
entraînait les foudres du sieur Gaston. Si cette "
verticale " était plutôt une oblique, il fallait
vous attendre à une cinglante remarque qui en général
faisait bien rire l'auditoire, mais pas vous !
Enfin, trêve de plaisanterie, ce " Bulldozer "
avait un grand cour et malgré son folklore parfois envahissant,
il sut nous mener à la réussite et surtout à
la volonté de cultiver la rigueur, la persévérance
mais aussi la volonté de la réussite sans écraser
le voisin et cela par l'entraide, le travail en équipe,
la solidarité. Grâce à lui, nous pûmes
décrocher l'autorisation d'étudier ensemble en
classe, au lieu d'aller à l'étude, le plus fort
aidant le plus faible suivant les matières où il
était le plus performant. Je reviendrai plus tard sur
cet avantage qu'avaient les rhétos internes de ne plus
devoir aller à l'étude classique. Comprenant l'outil
merveilleux que ce monsieur nous mettait en main et habitant
à 2 pas du collège, je demandai à mon père
de me laisser à l' " étude " avec les
autres et je pus bénéficier du système.
Sa marque fut tellement forte que dans toute ma carrière
d'ingénieur - professeur, dès que je passais à
la planche, je retrouvais les réflexes et manies antérieures
: encadré des formules, séparations claires des
textes au tableau, circonférences presque parfaites et
surtout l'emploi du terme juste, des expressions adéquates
. Merci Monsieur Gaston.
" André B. qui l'a bien connu
se rappelle exactement ce cyclone qu'il a du reste fort apprécié.
Monsieur Van der Wilt a aussi été un chef scout
volontaire (chef de l'unité du collège) et un terrible
passionné de Napoléon et surtout de la bataille
de Waterloo. Il n'hésitait pas, à la fin de l'année,
quand on le lui demandait, de donner en classe une conférence
sur cette célèbre bataille avec ses soldats de
plomb à l'appui du tonnerre de ses canons ! "
A côté de l'ouragan, le
calme doux des îles tropicales : le révérend
Père Emile Janssens dit " MIMIL ".
Rigoureux dans ses propos, précis dans ses explications,
exaltant dans ses exposés, pointilleux et convaincant
dans ses démonstrations, le tout nappé d'une gentillesse
constante, voilà le souvenir impérissable que m'a
laissé ce grand professeur. La
photo
1623 ne laisse aucun doute sur la jovialité du père
Janssens. En temps que matheux, nous avions
avec lui surtout le cours de français, et de culture générale.
Son savoir extrêmement étendu nous soutint toute
l'année et son humanisme était de grande qualité.
C'est avec émotion que je relis chaque fois ses feuilles
préparatoires au cinéforum qu'il organisait. Que
ce soit " L'appel d'un étranger ", dont question
ci-avant, " Avant le déluge " d'André
Cayatte ou le " Jeanne d'Arc " d'Otto Preminger, il
savait en quelques mots développer le sujet sans le déflorer
et en même temps donner une critique très réaliste
de l'ouvre. Je crois que son savoir n'avait d'égal que
son honnêteté. Quand il nous expliquait le "
Bouddhisme " par exemple, il entrait littéralement
dans la peau d'un moine bouddhiste et développait avec
grande précision tous les tenants et aboutissants de ce
culte. Dans une seconde phase, il nous démontrait magistralement
la préséance, la supériorité du message
du Christ. Nous étions à la fête à
ses cours.
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07 Retour à la chronologie.
Le 12 octobre 1958, une messe du soir
nous rassembla en la Cathédrale pour le repos de l'âme
de sa Sainteté Pie XII. Il s'ensuivit une semaine normale
mais bien sûr histoire et mémoire oblige, nous eûmes
droit au vendredi 17 à un congé pour commémorer
le 50ème anniversaire de la reprise du Congo par la Belgique.
Ce fut à nouveau l'occasion pour les internes de filer
en excursion. Les grands envahirent la vallée des cynocéphales,
les moyens, Katana et les petits quant à eux eurent d'abord
leur fête athlétique au collège puis s'échappèrent
aussi à Katana.
Il est vrai que l'âge aidant, les relations diverses, les
rencontres familiales et les activités de routier supplantèrent
quelque peu les excursions faites avec les internes. Priorité
fut accordée aux excursions de classes (internes et externes
ensemble) ainsi par exemple cette excursion des poésies
gréco-latines en mai 58 illustrée sur la photo
1654.
Il y avait surtout le fait que comme externe, il m'était
facile de véhiculer en ville, que ce soit en moto avec
Didier van de WERVE, en voiture avec Jean Marie LIBBRECHT ou
encore avec la Citroën 11 CV noire que Klaus HUYS rafistolait
avec du fil de fer, du papier collant et de la ficelle ! Les
rencontres avec les " grandes filles " du pensionnat
devinrent fréquentes, favorisées en cela par les
dispositions prises par nos chers éducateurs.
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08 Merveilleuse APEKA !
La création, l'année académique
précédente, de l'APEKA, autorisant les poètes
et rhétos du collège de rencontrer systématiquement
leurs homologues du pensionnat à la salle verte à
chaque entracte des manifestations culturelles, fut une initiative
qui connut un succès évident. Comme les choses
s'étaient très bien passées, cette APEKA
(Association des Parents et Éducateurs du Kivu) poussa
le bouchon plus loin et nous autorisa à avoir notre soirée
dansante trimestrielle ! Ce furent des soirées inoubliables,
car sous l'oil " paternel " de nos profs (qui tenaient
le bar !) nous pûmes nous en donner à cour joie
dans les démonstrations de rock, tcha tcha, tango etc.
On n'échappa point au Hulla Hup de 1958. Quand on fait
les comptes, une fois par quinzaine au moins, il y avait prétexte
à rencontre à la salle verte. Parallèlement
à ces rencontres propres aux rhétos, il y avait
bien sûr les rencontres privées ; les soirées
dansantes chez Monique GÉNIS par exemple ou chez Betsy
WYNANDI ou encore chez Pierre SAILLEZ et j'en passe. Les photos 1624,
1625,
1626
et 1627 témoignent
de bons moments. Les rencontres familiales aussi allaient bon
train. Les DOTREMONT et VAN DEN BERGH, les QUINTENS, LAURENT,
GILON, LUIXCK, van de WERVE et d'autres restant les amis du début,
nous avions étendu nos connaissances. Nous eûmes
beaucoup de contacts par exemple ave la famille VERBOVEN, dont
le père, ingénieur m'invita à plusieurs
reprises à échanger sur le métier d'ingénieur.
de là à trouver ses filles sympathiques, il n'y
eut qu'un pas. allégrement franchi !
En plus ce monsieur VERBOVEN, directeur de l'OCA, (Office des
Constructions Africaines) de Bukavu, achevait la construction
du Centre Familial Coutumier (CFC) de BAGIRA ; la section des
grands fut invitée à le visiter sous sa direction
le samedi 18 octobre. Ce fut aussi ce monsieur qui fut responsable
de l'élaboration de la route asphaltée BUKAVU -
KAVUMU dont nous visitâmes le chantier au km 12 en 1956.
La
photo 1628 montre ce
monsieur VERBOVEN sur le carrousel à chaînes de la station " Les Bambous " de
KAMANIOLA. Derrière lui on aperçoit sa plus jeune fille Jacqueline
et son
aînée Eliane (malheureusement décédée
en décembre 1987). Cette photo fut prise le lendemain
de la visite à BAGIRA, donc le dimanche 19 octobre. C'est
par l'intermédiaire de la famille DOTREMONT que nous apprîmes
à connaître plus intimement la famille VERBOVEN.
Comme il possédait aussi une magnifique Chevrolet 1956
identique à celle de Mme QUINTENS (photo
1423 ), ce fut toujours un réel plaisir
de me trouver coincé sur la banquette arrière entre
les grandes filles ! Et de KAMANIOLA à Bukavu, il y en
a des tournants !...
Ce même 19 octobre, à l'occasion
de la semaine des missions qui venait de se terminer et durant
laquelle il y eut collectes diverses et ventes de calendriers
des missions (+/- 500 rapporte le chroniqueur d'Orientation),
des félicitations allèrent aux élèves
de la section préparatoire car ils vendirent à
eux seuls la majorité des calendriers !
Une semaine studieuse nous attendait du 20 au 25, mais le 26,
re-belotte ! Le collège défila fanfare en tête
en ville pour la messe du Christ Roi comme l'année d'avant
à la même époque. (On peut revoir les photos
1256 à 1266 de 1957)
Ce dimanche-là aussi, le VICTORY
pila l'Athénée de 5 à 1 ! Avec le mois de
novembre, arriva le week-end trimestriel ; grands et moyens se
firent dorer sur les berges du TANGANYKA à UVIRA et MBOKO
; les petits en profitèrent pour retourner à NYA
NGEZI.
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09 Grand départ de vedettes.sniff
!
Ce premier novembre marque
le départ de nos vedettes du plongeon, (grandement appréciés de la jeunesse
féminine bukavienne), routiers de qualité et bons copains : Luc et Jean-Marie VAN DEN DRIESSCHE avec leur
famille embarquent pour Léo où leur père
vient d'être nommé. Sur la photo 1629 , on assiste à leur sortie du
hall SABENA. Luc tient un gros paquet, suivi de Bernard, dont
on ne voit que la tête coiffée en brosse. Jean Marie,
guitare à la main sourit à Chantal Laurent. En
bas à gauche, Thérèse DUCHÂTEAU, en
partie coupée et Eliane sa sœur, les bras croisés
rient d'une boutade lancée par l'un d'entre nous. A côté
de JM, on voit madame VAN DEN DRIESSCHE , maman de Jean-Marie et Luc, puis
Christakis CHARALAMBIDIS
en tenue de routier et enfin, à l'extrême droite,
le père VIVEX, aumônier du " Clan du Feu ".
Nous étions venus ce jour, et en uniforme, pour saluer
le départ de nos deux valeureux compagnons. !
Dans le même temps, à Usa,
le VICTORY pilait l'UFC de 6 à 2.
Le lendemain, 2-11-58, nous eûmes droit à la projection
du film " Le trou normand " avec l'apparition de Brigitte
Bardot aux côtés de Bourvil.
Le père Janssens rattrapa la sauce
de la culture en nous convoquant le 4 au cinéforum : "
Avant le déluge " d'André CAYATTE et avec
Marina VLADY toute jeune . Le dimanche qui suivit, le VICTORY
confirma sa super forme en écrasant le KFC : 6 - 0. Il
faut rappeler que dans l'équipe aux cotés de messieurs
WESTHOVENS, MORTIER et MOENS (dit mupanga !), il y avait une
série de champions tels André BOLLO, Yvon BULTOT,
Gustave FABRIZI, Joë (Jean) DEPELCHIN et Alain DELVILLE
et d'autres encore. Une technique sûre et une énergie
sans bornes leur donnaient des ailes ! Du 9 au 15, ce fut d'ailleurs
une semaine de tournoi de foot pour toutes les sections d'internes,
d'externes du collège comme de l'athénée.
Les petits eux, s'embarquèrent pour l'endroit magique
des " Bambous " à KAMANIOMLA.
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10 Appel de la Route !
Le vendredi 14 novembre, après
une solide journée de cours, une équipe de routiers,
formée de Guy NOTTE, Jean Marie LIBBRECHT, Eric MOUBAX,
Christakis CHARALAMBIDIS, Gustave FABRIZI, et moi-même
partîmes sous la houlette du père VIVEX pour un
hike important. Nous allions dans la région du KAHUZI
chez un jeune colon, isolé avec son épouse, en
pleine montagne. Sur la route, la nuit tombée puisque
nous étions partis déjà vers les 18 heures,
on nous largua par paires du camion, comme des commandos (mais
des plus pacifiques), tous les 500 mètres, avec comme
mission de traiter d'un sujet d'altruisme chrétien avec
notre compagnon de route. Le temps d'effectuer le chemin à
pied, au clair de lune, devait être suffisant pour épuiser
le sujet et en proposer une synthèse après le repas
! Il arriva ce qui devait arriver et après une bonne heure,
tous les binômes se regroupèrent . Cela permit à
Eric de tirer une belle photo nocturne. C'est la 1630 sur laquelle on voit de gauche à droite
: Guy, Jean Marie assis, Christakis le bâton à la
main, moi-même et Gustave.
Le trajet effectué à pied, en pleine nuit, avec
juste nos lampes et bien sûr sans armes, (la sécurité
étant absolue à l'époque), nous amena vers
22h30 à la plantation de ce jeune colon dont j'ai malheureusement
oublié le nom et qui était en fait notre chef d'unité.
Nos appétits étaient décuplés par
cette marche. La charmante épouse du chef l'avait prévu
et nous avait préparé un excellent repas chaud,
bien arrosé de ce vin rouge portugais qui se vendait en
" dame jeanne " à Bukavu chez KINO pour ceux
qui s'en souviennent! Inutile de vous dire que la soirée
se prolongea bien tard et qu'après le débriefing
de nos cogitations sous la lune, nos chants fusèrent généreusement,
le vin aidant. Eric nous reprit en photo vers 1 heure du matin.
Sur celle-ci (1631 ) on
voit de gauche à droite Guy, notre hôte, Christakis
de dos, le père Vivex dans le fond et vautré en
position très relax, notre ami Jean Marie. Nous sentions
diffuser en nous toute la chaleur de l'accueil si typique des
coloniaux.
Enfin, la raison l'emporta et l'on gagna
nos sacs de couchage respectifs. Le lendemain, samedi 15 : grand
jour pour quatre d'entre nous. Gustave, Christakis et moi passâmes
" compagnon " et Eric, nouvellement entré à
la route, fit sa promesse scoute. Une fois la messe et les cérémonies
terminées, nous explorâmes la plantation et nous
eûmes l'opportunité d'apprendre à tirer au
fusil à éléphant. Bien qu'habitués
au vieux " mauser " du CVE (Corps Volontaires Européens)
le recul en fit bondir plus d'un !... Ne faillant pas à
sa réputation de cordon bleu (j'aurai l'occasion d'y revenir)
l'épouse de notre chef nous proposa un succulent dîner
après lequel nous reprîmes la route, la tête
pleine de souvenirs de cette contrée magnifique des abords
du KAHUZI. Ce fut pour moi un hike inoubliable et d'ailleurs,
actuellement, dans mon bureau, j'ai la photo
1630 en agrandissement
'45x30' encadrée. Cette soirée du 14 confirma les
solides amitiés qui nous rassemblaient. Rentrés
dans nos foyers, la vie civile nous reprit, et le dimanche 16
se termina par le film " Commando sur Saint Nazaire ".
L'étude de la guitare continuait avec acharnement et au-delà
des chansons scoutes qui restaient toutefois prioritaires, les
chansons de Brel, Brassens, Béart remplissaient mon carnet
de prestations. S'ajoutaient aussi Marie José Neuville,
Gloria Lasso. (photo
1632
et 1633 )
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11 L'imagination au pouvoir
(ou tout simplement : comment contourner certaines autorités
débordantes. ?)
Il est vrai que l'autorité paternelle
des années 50 avait une certaine ampleur.qu'on ne retrouve
plus tellement maintenant. Quand je rentrais le vendredi avec
une carte dont la couleur n'agréait point à mon
père, la ou les sanctions étaient parfois "
embêtantes " surtout s'il s'agissait de privation
de réunion scoute, cinéma ou rencontre avec nos
consours programmée pour le week-end. Pour ma part, j'avais
trouvé un système me permettant de ne pas rater
cinémas ou pièces de théâtre proposés
au collège le dimanche en fin d'après midi. Grâce
à la proximité du collège (pas plus de 500
mètres), à l'architecture des maisons congolaises
et la complicité de Serge TRIPEPI, préposé
à l'ouverture et à la fermeture des portes de la
salle des fêtes, je ne ratai plus une séance ni
une représentation. Voici comment je procédais
!
La séance était à
17 h 00 et mon père appréciant tailler une bavette
avec l'un ou l'autre avant la séance, partait avec ma
mère et mon frère vers les - 20. Malgré
les 500 mètres qui nous séparaient de la salle,
il prenait immanquablement sa voiture et devait donc parquer
celle-ci, puis seulement se rendre à la salle. (Toutes
ces minutes étaient précieuses !). Dès qu'ils
étaient sortis de la parcelle, je fonçais à
la cuisine, j'y préparais le café dans la chaussette
de la cafetière et je remplissais la bouilloire d'eau.
L'allumette était même sortie de sa boîte
et prête à être craquée. Le boy étant
en congé le dimanche, je dressais la table pour le repas
du soir puis revenant dans ma chambre, j'étalais ostensiblement
mes notes de cours, cahiers et documents divers sur mon bureau.
Comme mon père avait la clé de la maison en poche
(j'étais sensé ne pas sortir et ne recevoir personne),
je passais par la fenêtre qui je le rappelle s'ouvrait
vers l'extérieur comme dans beaucoup d'habitation de l'époque
au Congo (revoir la
1632
). Je rabattais l'ouvrant en laissant coulisser la tringle d'attache
qui ne se calait pas puisque j'étais à l'extérieur.
Les tentures bien fermées de l'intérieur, la lampe
de bureau allumée et la radio en douce, tout cela donnait
l'impression d'une occupation systématique même
la nuit tombée.
Je piquais un sprint jusqu'au collège où j'arrivais
quelques minutes après le début de la première
partie. J'entrouvrais la porte de la salle mais comme le rideau
de protection était tiré par Serge dès la
fermeture, il n'y avait pas de lumière parasite pour me
trahir. Dans la combine, il me réservait une place près
de lui. Dès la fin de la première partie, avant
qu'on ne rallume, je filais à l'anglaise et allais m'installer
à l'étage, à mon aise, assis par terre contre
le muret du balcon, dégustant une excellente " belga
", en attendant l'un ou l'autre voire l'une ou l'autre copine
au courant du système et venant faire la causette avec
moi. Au coup de sonnette tout ce petit monde réintégrait
la salle et moi, je recommençais le manège avec
Serge. Dès l'apparition du mot fin, je piquais un sprint
dans l'autre sens et repassant par la fenêtre, j'allumais
le gaz sous la bouilloire, j'allumais dans le living et la cuisine
et je sortais les victuailles du frigo. Leur causette d'après
film me laissait tout le temps de commencer à passer le
café et du coup, dès qu'ils rentraient, ils étaient
séduits par l'odeur de ce bon café du Kivu qui
flottait dans toute la maison. Ma mère se confondait en
remerciements, mon père était fier d'avoir un fils
non rancunier et mon frère se faisait un plaisir (au début)
de me raconter le film. Dans la suite, mis aussi dans la combine,
il arrêta de me raconter ce que je savais déjà.
Bien des années plus tard, mon père a bien ri quand
je lui dévoilai l'astuce, m'avouant que de son côté,
il avait aussi développé des trucs pour contourner
l'autorité paternelle. (Ouf, les traditions ne s'étaient
pas perdues !)
Remarque d'André B. : " Hé
ben, mon vieux ! Avec une telle intelligence dans les préparatifs
du méfait.. j'en connais un qui aurait pu s'en aller tout
droit sur les routes du crime, de la maffia et . des travaux
forcés!.. Faut croire que notre " Stella duce "
t'a mené, malgré toi, dans les voies de la sagesse
et de la repentance !.. Affaire à suivre. Voir paragraphe
13 "
Haut
12 Retour à la culture
!
Le lundi 17 novembre, le père
Janssens mous pilota dans l'exposition de " Peintures belges
d'un demi-siècle " au cercle Léopold II. Le
lendemain, débutèrent les travaux d'aménagement
du grand parloir du collège et un grand écusson
en mosaïque fut encastré dans le pavement. Ce fut
un don de l'architecte COLLA.
Une conférence de plus nous attendait
dans le cadre de la série " Exploration du Monde
" : 'Au pays des Femmes Girafes'. Privilèges obligent,
les rhétos furent les seuls 'grands' à assister
à la très dure pièce de théâtre
: " Inquisition " de Diego FABRI le samedi 22.
Le lendemain, le VICTORY égalisa avec le BFC (1-1) ; nos
joueurs semblaient vraiment fatigués ! Dans la foulée
nous eûmes droit le samedi 29 à la représentation
théâtrale de " Kinderen van ons volk "
d'Antoon COOLEN, interprétée magistralement par
nos amis du VLAAMSE VRIENDEKRING. A ce sujet, je dois dire que
mon père, wallon trilingue (français, flamand,
italien), allait régulièrement grimer les acteurs
du VLAAMSE VRIENDEKRING, qui après leur représentation,
démontraient bien que la fête flamande n'existait
pas seulement que dans les tableaux de Breughel ! Nos amis du
Nord savaient faire la fête ! Enfin, on était un
samedi soir donc. !
Le lendemain, dimanche 30 novembre, fut
l'occasion pour l'APEKA dont question plus haut, de se réunir
à la salle de récréation des externes et
le père Recteur y exposa quelques idées concernant
l'éducation de la jeunesse moderne. Tout ce que j'en sais,
c'est que nos rencontres dans la salle verte à chaque
manifestation culturelle et nos soirées dansantes étaient
plus que jamais maintenues. Le film " Mon Frangin du Sénégal
" clôtura ce bon dimanche. La semaine qui suivit,
le mercredi 3 décembre, pour être précis,
un événement important survint : son Excellence
Mgr Van STEEN vint consacrer la nouvelle chapelle des "
Boys ", dédiée à Saint François
Xavier, enfin terminée. Le père VUYSTEKE P.B. fit
le sermon de circonstance. Cette magnifique et spacieuse chapelle
se trouve sur le côté, derrière la grotte.
(Photos 1634 et
1635 ). Des années plus tard, cette chapelle
devint l'église officielle de la paroisse de N'Guba où
notre ami Alain DELVILLE devenu père jésuite, officia
comme vicaire avec notre cher père SOMERS comme curé.
Le 6 décembre, grand jour des enfants et arrivée
solennelle du grand Saint Nicolas au collège. Cela encouragea
sans doute notre équipe de volley qui submergea le STA
de 3 à 1 ! Si Saint Nicolas couvrait de bonbons et de
petits cadeaux les élèves du collège, il
n'oubliait pas pour autant les petits Congolais qui attendaient
sa visite. C'est pourquoi, doué du don d'ubiquité,
il se rendait dans les autres collèges voire même
aussi dans les sociétés qui fournissaient du travail
à beaucoup de Congolais. Sur la photo 1636 , on voit le grand Saint Nicolas (alias
Raphaël ANSIEAU) prêt à partir pour inonder
de cadeaux les enfants des travailleurs de la brasserie "
Primus " de Bukavu. Sur le film de famille, on le voit arriver
en superbe " Buick " décapotable comme notre
Roi Baudouin en 1955 !.
Le dimanche 7 décembre au matin,
nous eûmes une séance spéciale des Jeunesses
Musicales : " Hortus Musicus " et l'après-midi
le collège avait prévu un film qui m'a beaucoup
marqué par ses paysages et son thème : " Quand
les vautours ne volent plus ", film tourné à
la gloire des conservateurs de parcs qui luttèrent avec
acharnement contre les braconniers et trafiquants de tout poil
pour sauvegarder l'équilibre naturel et les espèces
protégées (photo
1652 ). Quand on voit le cri d'alarme
poussé par le WWF au parc Albert
par son représentant local Marc LANGUY,
fils de notre collègue Guy LANGUY (rhéto 51) quant
aux braconniers ougandais et ruandais complaisamment protégés
par leurs gouvernements respectifs, on peut se dire que le film
était vraiment prémonitoire !
Le théâtre des Galeries nous revint le jeudi 11
pour une représentation de " l'Homme au Parapluie
"de W. DINNER et MORUM.
La fin du trimestre arriva en galopant et les examens se succédèrent
Le 16 le film " Les Rats du Désert " nous replongea
dans l'ambiance de nos jeux de nuits. Ce fut la seule distraction
de cette dernière semaine qui se voulait studieuse à
souhait, examens aidant ! Un dernier regard vers l'étude
des primaires, examens terminés (photo 1644 ) et ce fut l'hémorragie des
premiers internes rentrant at home !
Haut
13 Le camp de la faille !
En ce qui concerne le début de
ces vacances de Noël, je fus invité en tant que routier
à accompagner mon ami Didier van de WERVE au camp qu'il
organisait pour sa patrouille. 5 jours en brousse, en pleine
nature, cela ne pouvait que me séduire. Ce camp se fit
aux environs de NYA NGEZI, sur le bord de la plantation d'un
certain monsieur BASSELIER, personnage haut en couleur, colon
de la presque première époque, arrivé au
début des années 20 dans la région de Stan
et qui (le monde est plein de raccourcis de l'Histoire) avait
accueilli mon parrain en 1928 lors de son arrivée à
Stan. Il se souvenait particulièrement de lui car ils
étaient " Binchoux " tous les deux ; et Dieu
sait combien les gens de BINCHE sont chauvins ! Après
bien des pérégrinations, il se retrouvait heureux,
du côté de NYA NGEZI avec sa plantation de fruits
et il avait une grande spécialité : les vins de
fruits. Son cheval de bataille : le vin d'orange.
Parti de chez moi, avenue du Prince Régent
(photo
1637), on sort de
la ville après être passé sur le côté
de KATUTU et au début de la route de NYA NGEZI (photo
1638) le terrain ne semble pas trop tortueux, mais cela change
aussi très vite : les paysages se succèdent et
c'est la féérie des escarpements. (Photos 1639,
1640,
1641,
1642 ).
Ce camp fut inoubliable à plus d'un titre. Route agréable
tout d'abord, mais petit incident mineur à l'arrivée,
un restant de potopot aidant : le père de Didier et le
mien se rentrèrent dedans avec leur bagnole à l'endroit
de camp. Heureusement peu de casse et tandis que les paternels
ouvraient leurs carnets d'assurance en partageant belgas et primus,
nous eûmes la surprise de découvrir l'endroit où
l'on nous permit de dresser les tentes : un terrain en terrasse
face à une vue imprenable sur la vallée de la RUZIZI
(photo 1643). Cette vallée tourmentée présentait
des flancs assez abrupts avec des endroits de faille qui de loin
semblaient très accessibles.
Enfin, revenons à notre installation. Monsieur Basselier,
vieux broussard avait fait préparer par son personnel
un vieux tronc d'arbre sur un endroit complètement débroussaillé
et désherbé. Ce tronc était farci latéralement
de bûchettes et de petit bois entrelacé avec des
herbes très sèches. Un travail d'artiste ! Il invita
son boy à y mettre le feu. Bientôt, tout le pourtour
de l'arbre se consuma progressivement et il nous certifia que
notre feu, sauf pluies torrentielles, nous accompagnerait tout
le long de notre séjour et ce fut le cas. ! Quelle facilité
! Quand les scouts cuisinaient, il leur suffisait d'activer le
feu à un endroit du tronc et des flammes ne tardaient
pas à jaillir. Peu de temps après, quelques belles
braises étaient déjà disponible et dignes
des meilleurs barbecues. Du coup, tous les soirs, feux de camp
ou veillées sans problèmes de feu puisque quelques
coups de chapeau scouts bien secoués et hop, " monte
flamme légère, feu de camp si chaud si doux. ";
la guitare et mes doigts chauffèrent aussi ces soirs-là
!
Au petit déjeuner : des rôties évidemment,
puisqu'il suffisait de se baisser, de quelques brindilles et
d'un peu de souffle ! Quel hike de luxe, surtout que de temps
en temps, nous étions invités sur la barza de monsieur
BASSELIER pour déguster un verre (ou deux) de son bon
vin d'orange que nous appréciions. Autre cerise sur le
gâteau, nous fûmes invités par les gens du
territoire, à la projection d'un film à 19h00 le
dimanche, dans une grange aménagée. Sur un mur
blanc bien peint à la chaux, le film " L'île
aux passions ", (un de ces nombreux films tournés
en série aux studios CINECITTA) nous émerveilla
surtout par la quantité de gentes demoiselles du style
Gina LOLLOBRIGIDA.
Enfin, ne vous inquiétez pas, nous fîmes pas mal
d'activités scoutes tout de même. Stalking, théorie,
nouds, brelages, chants, parcours boussoles et randonnées,
jeux d'approches et . jeux dangereux : je vous explique.
La photo
1643
montre le spectacle que nous avions devant les yeux tous les
jours. Nous étions vraiment attirés par ces ondulations
de terrain, de loin exclusivement herbeuses et bombées
à souhait. Nous décidâmes d'une excursion
jusqu'au pied d'une de ces failles et puis de suivre sa courbure
pour revenir par les crêtes situées sur la droite
du paysage grandiose qui s'ouvrait devant nous. ! Sitôt
dit, sitôt fait, le départ fut donné. Musettes
et gourdes bien remplies, nous partîmes vers l'une de ces
failles qui nous paraissait la plus accueillante. Après
2 heures de marche par les petits sentiers découverts
au fur et à mesure, nous arrivâmes plus ou moins
au tiers de la hauteur de l'une de ces failles ondulées.
Sur place, l'impression de douce courbe fut remplacée
par celle d'un talus qui flirtait avec la verticale mais heureusement,
bourrée de grosses touffes d'herbes où l'on pouvait
s'accrocher. Après un bon petit piquenique et nous être
bien désaltérés, les idées furent
plus claires et l'évaluation des risques aussi. Les moins
friands d'escalade firent valoir que la pente était ardue
et que s'embarquer sans conviction dans ce genre d'aventure n'amènerait
rien de bon. La raison l'emporta et le second de patrouille fut
chargé de ramener au camp le groupe (de raisonnables)
par le chemin effectué le matin, tandis que trois téméraires
(le terme juste devrait être cinglés !) décidèrent
de revenir par les crêtes. Les trois illuminés étaient
Didier, le scout " de Malingreau " (dont je vous avais
conté l'algarade avec le père CUYPERS et ses canas),
et moi-même.
Après un dernier " shake hands " digne des meilleurs
films d'Errol FLYNN, nous entreprîmes de rejoindre le sommet
de la faille.
On monta, monta, monta. Au fur et à
mesure de la montée, changement de décors ! L'herbe
était de plus en plus petite, la pente de plus en plus
raide et la terre de plus en plus friable ! Intrépides,
nous continuions tout en sentant bien que notre inexpérience
en grimpette allait nous desservir ! En effet, il fallut se rendre
à l'évidence : continuer tout droit était
impossible, la verticalité empêchant toute progression,
la friabilité de la terre empêchait elle, de revenir
en arrière. Nous voilà donc plus ou moins bloqués
au 8/10ème de la hauteur de cette " foutue "
faille.
Je me suis rappelé alors l'aventure des collégiens
perdus au KAHUZI et que la Force Publique recherchait au son
du clairon le lendemain ! Heureusement, nous ne perdîmes
pas notre calme. On s'octroya une pause accrochés comme
des araignées, sans oser se pencher en arrière
sous peine de perdre l'équilibre. On décida alors
de s'encorder et de progresser latéralement, un à
la fois, vers un endroit où la courbure semblait plus
clémente. Didier le premier, s'exécuta ayant suffisamment
de mou, de MALINGREAU suivit vaillamment sans montrer qu'il avait
peur. Il aurait pu car ce fut un passage difficile. Ses pieds
ne tenaient pas dans les mottes de terre qui se désagrégeaient
; il glissait tout en progressant, mais rassuré tout de
même par la corde qui le reliait à Didier, quelques
mètres au-dessus de lui et à moi, quelques mètres
en dessous. Quand ce fut mon tour, je m'aperçus que les
herbes trop courtes ne me permettaient plus d'avoir une prise
valable, il me fallut, au couteau, faire des encoches pour y
mettre les poings et progresser tout doucement afin de ne pas
glisser vers le bas et entraîner les autres. Après
une progression fortement ralentie par ces difficultés,
nous eûmes la chance d'arriver auprès d'une zone
où divers arbustes permettaient une excellente pronation
mais pour cela Didier dut se détacher pour ne pas être
gêné dans ses mouvements. Heureusement, fort en
gym, et n'ayant pas froid aux yeux, il effectua un bond latéral
et s'accrocha à l'un de ces arbustes qui tint le coup.
De là, il nous relança la corde bien attachée
au tronc de quelques cm de diamètre de cet arbuste et
nous pûmes atteindre chacun à notre tour la zone
plus sécurisante. Inutile de vous dire que toutes les
encoches taillées au couteau, tous les trous où
l'on s'accrochait s'étaient effrités et qu'il était
impensable de revenir en arrière.
Un gros dernier coup d'adrénaline survint lorsque notre
jeune ami, arrivé près de Didier et croyant pouvoir
se reposer sur une belle grosse touffe d'herbe, voulut prendre
appui sur elle. Heureusement, Didier arrivé avant nous,
avait eu le temps d'inspecter un peu les lieux et de réaliser
que cette touffe accueillante était en porte à
faux sur un vide assez impressionnant. Il empoigna donc notre
ami par le col avant qu'il ne se pose et le ramena violemment
vers lui, se tenant de l'autre main à l'arbuste principal.
Bien calés, nous prîmes 10 minutes pour reprendre
notre souffle, pendus à ces arbustes salvateurs et nous
pûmes terminer la dizaine de mètres qui restait.
Pas à pas, prudemment, vérifiant chaque touffe
et chaque pied d'arbuste, nous franchîmes le sommet de
cette foutue faille et cela sous l'oil goguenard de quelques
Congolais qui passaient sur le sentier reliant les crêtes.
Tout comme ceux qui nous avaient vus l'année précédente
en vélo dans l'escarpement de KAMANIOLA, je vis bien dans
leurs yeux un tantinet moqueurs : " Ils sont cinglés
ces mecs ! ". et je ne pouvais que leur donner raison. Qui
aurait pu s'imaginer qu'une " bête faille " au
talus herbeux allait nous prendre autant d'heures pour la franchir
! La Providence avait heureusement veillé sur nous, et
c'est en toute humilité que nous avons conclu que nous
avions vécu une aventure assez piquante qui s'était
heureusement bien terminée mais qui aurait pu toutefois
tourner au vinaigre. On se promit que si l'on refaisait de l'escalade,
on irait d'abord apprendre à en faire avec des gens spécialisés.
On arriva au camp juste avant la tombée de la nuit. Les
autres avaient suivi de loin notre odyssée mais avec les
dénivellations et la distance, ils ne comprenaient pas
pourquoi nous avancions si lentement. Ils eurent l'amabilité
de préparer le repas du soir et avec une bonne rasade
de vin d'orange, nos corps se détendirent et les crispations
disparurent.
Dans nos rapports, carnets de route ou de scouts, les 3 cinglés
appelèrent ce camp ; le camp de la faille ! .
" À lire cette dangereuse
progression, faite de témérité, de haute
voltige, de sacrée chance et d'inconscience, on se prend
à penser que le mafioso du paragraphe 11 était
devenu un audacieux escaladeur. Et de là à dire
qu'il " faille " être un peu " fêlé
".. il n'y a qu'un pas que je n'oserais " franchir
", moi. Après Le Parrain, voici du Frison-Roche !..(André
B.) "
Le 24 décembre, les parents rappliquèrent
avec voitures et pick-up et nous rentrâmes à Bukavu
bien conscients d'avoir vécu à nouveau des moments
inoubliables, entourés de tous les Congolais de la plantation
et de ce cher Monsieur BASSELIER qui avait été
si heureux d'avoir de la compagnie durant ces quelques jours.
Quand nous partîmes, il nous montra le tronc, seul maintenant
au milieu de l'endroit de camp et nous dit : Regardez, la flamme
est toujours vivante, je vous l'avais bien dit ! Quelques temps
plus tard, l'indépendance et sa cascade de malheurs survint.
Je n'ai jamais su ce qu'était devenu ce cher Monsieur
BASSELIER, si amoureux de son Congo !
La rentrée au bercail se fit dans
le calme la fatigue aidant. Nous venions de passer quelques jours
palpitants et ce hike m'est aussi resté gravé dans
la mémoire. Nous avions tout de même beaucoup de
chance de pouvoir vivre dans un pays qui nous permettait de telles
aventures.
Haut
14 NOËL 1958
La fête de Noël trouva la famille réunie et la féérie de cette nuit
passée sous la douce température de Bukavu nous émerveilla à nouveau. Quel
délice de sortir
de la messe de minuit sous un ciel étoilé sans
grelotter.
Visites de familles, rencontres avec les copines, natation au
beach, promenade sentimentale le long du lac, cela se succéda
avec passion (photos
1645,
1646,
1647,
1648
). Le nouvel an approchait rapidement. Entre les 2 fêtes,
mes parents m'autorisèrent à organiser une petite
surprise party car je venais d'avoir 17 ans le 17 décembre
mais comme il n'était pas question de me dissiper pendant
les examens, ils en permirent l'organisation durant les vacances.
Cette party avait la particularité que c'était
la première fois que cela se faisait chez moi. Une seule
ombre au tableau, je n'ai pas de photo de cet évènement.
mais heureusement les souvenirs restent. Grâce à
ces petits engins appelés 'électrophones', les
slows, rocks et tcha tcha défilaient et nous faisaient
tourner la tête.
Entretemps, une escapade aux eaux chaudes
de KAKONDO (KATANA) nous relaxa (photo
1649). La troupe scoute se rassembla pour une dernière
réunion de fin d'année et en profita pour s'offrir
la photo de famille :
photo
1650.
La photo 1651 vous montre
le plan de Bukavu mais aussi l'étendue de berges du lac
; c'est vous dire les possibilités de promenade romantique.
Un dernier coup d'œil sur les eaux bleues encadrant la Botte
(photo
1653 ) et nous voilà
passé le réveillon !
Exit 1958, salut 1959 !
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