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15 Suite des
vacances de Noël et soucis budgétaires.
Comme signalé ci-avant,
ces vacances furent surtout l'occasion de rencontres familiales
pour les externes, mais au collège, les pères toujours
à l'ouvre, encadraient les internes n'ayant pas eu l'occasion
de rentrer chez eux. Comme les années antérieures,
moult activités furent organisées mais cette
année, plus à l'intérieur au collège.
Pas de courses comme en 1955, mais plutôt de petites excursions
dans les environs immédiats de Bukavu.
Toutefois, bien avant ces vacances, les routiers durent se rendre
à l'évidence, les caisses étaient vides
! Or comme chacun sait, quelle que soit l'ouvre entreprise, si
fric y a pas, ça va pas ! Prenant son sort en main le
Clan du Feu décréta : " Puisqu'il y a bien
eu une 'Soirée du Tonnerre', des 'Soirées Goutte
de Lait' pourquoi n'y aurait-il pas une 'Soirée des Routiers'
! C'est beau, c'est magnifique comme envolée lyrique mais
: il faut le faire ! Et on le fit.
Christakis (Topi Ardent) prit
les choses en main et nous relate dans son article d'Orientation
( 10ème année, n°3, mars 59) comment cela s'est
passé. Je cite:
" En hommes posés
et déjà coriaces à toutes épreuves,
nous avons - ne riez pas - pensé et repensé la
chose un trimestre bien tapé. Enfin, un soir au début
des vacances de Noël tout le clan se réunit pour
mettre les points sur les i, ou si vous préférez
sur les nombreux 'hic' ! ".
Et notre ami de nous démontrer
qu'après avoir beaucoup palabré, nous pouvions
parvenir à élaborer un programme convenable, surtout
que les vacances de Noël nous offraient 15 jours de préparation
pour mettre au point cette soirée. Ce fut dur car les
deux réveillons et les gentes demoiselles désagrégèrent
nos belles promesses comme le dit Topi !
Enfin, sursaut d'énergie aidant, les journées du
2 et 3 janvier se passèrent dans une fièvre indescriptible,
encombrés de fausses notes, bruits caverneux de micros
et sketches boiteux. Heureusement, notre ardeur et notre expérience
des feux de camp de grande envergure vinrent à la rescousse.
De plus, nous eûmes l'aide de Hibou, chef d'unité,
accompagné de malabars de sa plantation qui se firent
un plaisir de nous transbahuter le matériel lourd. De
leur côté, nos sœurs " guides ", au bar,
firent des miracles. Monsieur et madame BISSCHOPS mirent la main
à la pâte aussi. Tant et si bien que le dimanche
4 janvier à 17h00, la soirée démarra. Je
redonne la parole à Topi :
" Quelle inénarrable
soirée ! Jamais nous ne nous serions cru capables de tant
de verve et d'improvisation ! ça coulait, coulait . !
Parfois il y eut des ratés, mais ce n'était que
pour varier les plaisirs. Ce soir fut même un jour favorable
à nos amis Xavier DELVILLE, Pierre VAN KERKVOORDE et PERSOONS
les champions du HULA HOOP !"
La représentation vira
à la grosse réussite et Topi relate dans son article
:
" Un chahut monstre à
travers la ville, non prévu au programme, clôtura
le tout. Bientôt (entendez par là plus ou moins
23 heures) les routiers dormaient à poing fermés.
Et dire que le lendemain ., il y avait classe ! ". (Le lendemain,
lundi 5, nous étions effectivement tous présents
pour la rentrée du second trimestre.)
Haut
16 Bukavu,
villa magnifique et maîtresse de maison exceptionnelle!
De son côté, mon
père avait toujours son petit succès auprès
de nombreux parents alors qu'il avait une discipline très
stricte (mais juste). Madame ORTMANS, ex-épouse de monsieur
DIERKX (un des premiers bukaviens belges), venait assez souvent
le consulter à propos de son fils Christian qui terminait
ses préparatoires. Cette dame habitait sur la presqu'île
de NYALUKEMBA, presque en face de son ex-époux, et sa maison était assez
remarquable. Nous aimions nous y rendre tellement le cadre était splendide
(voir photo
1700). Durant ces vacances de Noël nous y
allâmes plusieurs fois et j'y retournai chaque fois avec plaisir durant les
quelques mois qui me restaient et que mes parents émettaient l'idée d'y aller.
Ce havre de paix et de détente eut malheureusement à souffrir après
l'indépendance.
Une petite parenthèse
pour le souvenir : si monsieur DIERKX fut l'un des premiers à
s'établir à Bukavu, son ex-épouse l'épousa
peu après ses 18 ans et vint le rejoindre dans les conditions
les plus dignes d'un film de type " MOGAMBO ". Elle
partit seule d'Anvers après la guerre de 14-18, passa
par les escales traditionnelles de l'époque et fit le
périple LÉOPOLDVILLE - STANLEYVILLE par le fleuve.
De là elle gagna Bukavu par tous les moyens possibles
et imaginables, le plus souvent, d'après son témoignage,
en typoï ! Quelle aventure pour une jeune dame de 18 ans
; il faut dire que Madame ORTMANS était une personne de
caractère qui savait ce qu'elle voulait. Elle faisait
partie de cette race d'épouses de coloniaux qui savaient
faire face aux aléas de la vie. Quand nous l'avons connue,
elle conduisait de main de maître une superbe DODGE verte
automatique full options, comme on dirait maintenant.
Haut
17 Et ce fut
la rentrée.
La tradition fut respectée
et nous eûmes droit aux commentaires sur les résultats
du trimestre passé et les exhortations au travail restant,
le diplôme d'humanités étant vraiment en
vue.
Le mercredi 7 nous bénéficiâmes d'une soirée
exploration du monde spectaculaire sur le thème des aurores
boréales. Le samedi 10, nos collègues flamands
purent assister à une pièce de théâtre
" Kinderen van ons volk " de Antoon COOLEN et interprétée
par le talentueux VLAAMSE VRIENDEKRING. Comme souvent, mon père
s'occupa de les grimer.
Le dimanche 11, le collège exulta devant la victoire de
notre VICTORY sur le Racing " 6 - 0 " ! Pour ma part,
j'avais un regain d'intérêt plus sensible envers
le VICTORY car l'équipe comptait plusieurs copains de
rhéto ! André BOLLO et ses revers de jambes, Yvon
BULTOT et ses accélérations foudroyantes, Gustave
FABRIZI et sa souplesse de chat. tous nous motivaient tant et
plus. Les plus sérieux d'entre nous assistèrent
au ciné forum du mardi 13 sur le sujet brûlant de
Lourdes. Enfin, il fallait bien cela pour nous préparer
à la retraite spéciale réservée aux
rhétoriciens du mercredi 14 au samedi 17 janvier 1959
et ce à KABARE et non à SHANGUGU comme d'habitude.
Haut
18 Ah cette
retraite !
À la fois redoutée
pour sa discipline, mais attendue avec impatience ! Ne parlerait-on
pas des grands problèmes propres aux adolescents de notre
âge à savoir : relations garçons - filles,
mariage, responsabilités familiales, vocations éventuelles.
Enfin, connaissant notre Mimil, nous savions que nous vivrions
des moments importants. Et ce fut le cas !
Le départ avec le camion de Félix nous emporta
dans cette belle nature du Kivu et l'installation chez les sœurs
de KABARE ne posa aucun problème. Après un excellent
repas, mise au point de Mimil ! Du lever au déjeuner, conversation réduite au
minimum pour besoins de services. Durant les exposés : pas un mot, aux
interruptions : pas un mot ; on pouvait s'oxygéner et piquer un mégot, mais
sans un mot. Au repas de midi, les conversations devaient être minimales, mais
une demi-heure avant la reprise des conférences, elles pouvaient être
normales. Fin d'après-midi, suite aux conférences : promenade silencieuse dans
la magnifique propriété des sœurs. Au souper, tout redevenait normal :
conversations, blagues, chants, guitare, etc.

Bien que pas facile à supporter pour des collégiens
turbulents, ce traitement de silence fut bien accepté
car en compensation nous avions des conférences bien structurées
et surtout dépourvues de faux-fuyant. L'honnêteté
et la délicatesse propre au père Janssens firent
que les sujets les plus osés furent abordés et
ce en appelant un chat " un chat ", mais toujours sans
choquer. Quelle ne fut pas d'ailleurs notre surprise en voyant
arriver un monsieur de Bukavu, marié depuis quelques années,
jeune père de famille et venant toute une après
midi nous parler et témoigner de sa situation d'époux
et de père avec les joies , les peines, les difficultés
mais aussi les satisfactions rencontrées dans sa situation.
Cerise sur le gâteau, ce monsieur, bon guitariste et spécialiste
de Georges BRASSENS, nous fit un récital le soir après
souper des chansons en vogue à l'époque de l'ami
Georges.
Dans ces conditions de grandes qualités d'exposés,
la discipline imposée nous parut plus légère.
D'ailleurs, sur les photos, on voit bien à nos binettes
que ce n'était pas du tout un ambiance " stalag "
! Sur la photo
1701, Gustave FABRIZI et moi usons de notre instrument,
soutenu par Christakis et Henri PIETERS (†).La photo suivante
(1702) nous représente tous à la grotte de la mission.
A l'arrière de gauche à droite : Henri PIETERS
(†), Joseph MOUBAX (†), Willy CLAESSENS, Gustave FABRIZI, Alain
DELVILLE, la tête de Jean Pierre LAURENT (†), Pierre SAILLEZ,
Auguste FABRIZI (†), Pierre VANKERKVOORDE (†), Marc VERBOIS qui
se baisse, le père JANSSENS (†), Charles de SEMMERIES.
Au milieu, une petite rangée d'accroupis : Jean Pierre
SUTTOR, Robert MORTIERS, Charles BORGERS, Yves GILON.

Enfin, assis à l'avant de gauche à droite : Pol
DELIL, Victor HERMAN (†), Klaus HUYS, Franz ANSIEAU, Jean DEPELCHIN,
André BOLLO, Yvon BULTOT (†) et Christakis CHARALAMBIDIS.
Sur la photo
1703 vous pouvez constater l'ambiance joyeuse du
repas !
La suivante (1704) montre que plusieurs d'entre nous savions
admirer, palper, apprécier la camionnette retapée
par des p'tits gars du collège et tout à fait en
ordre pour le service. Elle devait servir à ramener du
matériel. On voit dans la benne Joseph, Auguste, Yves
et Henri ; à terre : Jean Pierre, Klaus et Willy.
Sur la photo
1705 on peut voir quelle fière allure a ce
pick-up comme on appelait ce genre de véhicule ! A son
volant, Charles très fier s'apprête à nous
balader. Henri, un pied sur le " marchepied ", attend
que la photo soit prise ; dans la benne on trouve VK (diminutif
que nous utilisions pour appeler Pierre VANKERKVOORDE), Willy,
Yves, moi, Pol, Jean Pierre et Charles B. Enfin, sur la photo
1706 nous sommes tous agglutinés sur le " STUDBAKER
" de Félix dont on aperçoit la tête
au-dessus de celle de Jean-Pierre SUTTOR, entre le père
JANSSENS et la Mère supérieure qui nous a si bien
accueillis et dont les consœurs nous ont si bien rassasiés
durant les 4 jours.


Ce samedi 17 janvier 1959, fin d'après midi, nous étions
tous prêts à rembarquer pour Bukavu, très
heureux d'avoir passé ces quelques jours dans une atmosphère
à la fois de recueillement et de grande joie. Pas mal
de réponses furent données à nos questions
d'adolescents. Deux d'entre nous se sentirent sans doute appelés
cette fois-là ! Alain est père jésuite et
revint longtemps au collège ; Christakis, évêque,
est actuellement en poste à la tête de l'Eglise
Orthodoxe de Estonie !
Le soir, ceux qui n'étaient pas trop fatigués purent
assister au film " La cuisine des Anges " film réservé
aux grands !
Dans le numéro spécial
" RHETO 59 " d'Orientation, Charles de SEMMERIES relate
à sa manière notre fameuse retraite.
La vie studieuse reprit le
lundi 19. Les bonnes choses ne viennent jamais seules et le mardi
20, en supplément des thèmes de la retraite, nous
eûmes droit à une " initiation au mariage "
par notre cher docteur SCHYNS ! Nous étions vraiment gâtés,
les autres classes eurent droit à la conférence
du père Charles sur la congrégation du père
Charles de Foucauld !
En fin de semaine, match nul du VICTORY face à l'ARC .
(3 - 3). Ce dimanche 25, Topi, (alias Christakis) commence avec
les aînés des troupes du camp militaire (SAYO) et
du camp des policiers, le nouveau camp de BAGIRA.
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19 Vamos à
la " SUCRAF " !
Mardi 27 janvier, jour de la
Saint Jean CHRYSOSTHOME et du coup, voyage d'études! Le
but : visite de la SUCRAF à UVIRA ! Et en avant pour une
belle virée.
Cette fois, pas de Félix, pas de camions : les cinq "
scientifs " eurent droit à la Chevrolet 56 de Gaston.
Alors là, mes amis, je ne vous dis pas ! Ayant l'habitude
de la banquette arrière de la Chevy 56, bien calé
entre les filles VERBOVEN et bercé par la conduite calme
du père VERBOVEN, je fus assez surpris de la manière
forte avec laquelle notre prof de math mettait à l'épreuve
les pièces savamment calculées par les ingénieurs
de la GM. Pire que Fangio, notre Gaston national ne tolérait
personne devant lui. Nous battîmes tous les records pour
arriver à Uvira. Fonçant à toute allure,
la Chevy vibrait de tous ses boulons, et rares furent les conversations
durant une heure. Si dans les escarpements la vitesse fut raisonnable,
quand nous arrivâmes dans la plaine de la Ruzizi, le moindre
morceau de cheval du moteur fut sollicité et à
de nombreux moments, l'aiguille du tachymètre oscillait
entre 150 et 160 ! Je n'avais jamais roulé aussi vite
de ma petite vie. Avec la VW du paternel, moi qui commençais
à conduire, je n'osais pas dépasser le 90. Enfin,
arrivés à bon port, on visita l'usine avec l'aide
d'un ingénieur très motivé. La photo
1707
nous montre près de l'usine, pas loin du parking. De gauche
à droite on voit Jean Pierre SUTTOR, Albert QUINTENS,
moi-même, André BOLLO (appelé Jonathan le
veinard) et Yvon BULTOT (appelé Donald). Complexés,
quelques latines se figèrent au garde à vous devant
notre carrosse avec le Congolais gardien du parking (photo
1708).
On y voit de gauche à droite Alain, Marc, Pierre, Jean
Pierre, Victor, Willy et le garde. Pour nous élèves
de première scientifique, cette visite nous intéressa
au plus haut point. Quatre d'entre nous firent des études
d'ingénieur, un seul (Yvon) se dirigea vers le commercial.
Ce fut une journée inoubliable de bonne humeur, d'amitiés
et de découvertes.
Les cours reprirent le lendemain et le jeudi 29 nous eûmes
une conférence sur la beauté des îles HAWAÏ.
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20 L'APEKA
! (Association des Parents et Educateurs du Kivu)
Le samedi 31 janvier fut déclaré
par tous les rhétos 'jour privilégié' !
Ce soir là, deux activités étaient prévues
et laissées à notre choix ! Soit le théâtre
avec les " Fourberies de Scapin " de MOLIERE et l'
" Arlequin poli par l'amour " de MARIVAUX ; soit la
soirée dansante réservée aux terminales
du pensionnat et du collège, organisée et autorisée
par l'APEKA ! Vous comprendrez aisément que le choix ne
fut point cornélien et que, costar dénaphtalisé,
c'est plein d'énergie que nous affrontâmes rocks
et cha-cha-cha divers, sans compter les slows langoureux chantés
par les PLATTERS et autres crooners du moment.

Je crois qu'il est temps maintenant de vous présenter
quelques unes de ces grandes filles qui partagèrent avec
nous ces soirées mémorables et que ces chères
sœurs de la Sainte Famille nous amenaient sur le coup de 19h00
pour nous les reprendre vers les 00h30 et les ramener au bercail.
Sur la photo
1709, vous trouvez debout Nicole et Huguette LEBRUN,
Annie THYS, Catherine DECROËS, Michèle THULY, et
Yvonne van RYMENANT. Accroupies, vous voyez d'abord Martine CAUWE
puis, Monique MARSIGNY, Betsy WYNANDI, Sabine BRIBOSIA et Monique
GENIS. Sur la suivante (la n°1710), en tenue de gymnastique,
vous voyez Monique, Michèle, Huguette, Annie, Yvonne,
Monique MARSIGNY et Catherine DECROËS. Derrière,
un genou au sol Martine , Nicole et Betsy.
Bien sûr, en plus de ces demoiselles internes au pensionnat,
leurs consœurs externes participaient aussi à ces soirées,
mais c'est alors leurs parents qui les amenaient et les reprenaient.
Un peu plus moderne que Cendrillon, notre conte de fée
prenait fin à minuit trente lorsque les " station
- wagons " de la mère supérieure rappliquaient.
Ces soirées sont restées inoubliables et lors de
rencontres actuelles avec ces amies et amis de l'époque,
on sent très bien que ces moments merveilleux passés
ensemble sont restés bien vivants dans nos esprits.
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21 Intensification
des études !
Inexorablement, le temps avance,
janvier est derrière nous et février ne démarre
pas trop mal avec la victoire au basket du VICTORY sur l'ARC
(35-18) ce dimanche 01-02. Le soir, il y eut la projection du
film " L'espion GIMPEL ".
Les études aussi s'approfondissent et les équations
du père Gaston pèsent de plus en plus. Nos collègues
de gréco-latines se débrouillent tant bien que
mal avec Cicéron et les autres. On se prépare dur
et sec, on sait que dans quelques mois ce sera fini. Ce terme
" fini " prend une signification particulière
tout à coup !
Fini la rhéto donc retour en Belgique ou déplacement
vers Léo pour LOVANIUM ; fini l'encadrement jésuite
et ses interros régulières, on devra jouer tout
seul ; fini les super excursions ; fini la vie en brousse et
les voyages. En plus, les rumeurs d'indépendance ne flairaient
rien de bon. Aussi, inconsciemment à certains moments
et très consciemment à d'autres, j'ai gravé
profondément tous ces moments vécus au sein de
cette région idyllique de Bukavu. A maintes reprises,
je me surprenais en plein cours à observer par la porte
(très souvent ouverte pour permettre une bonne ventilation
de la classe) les rapaces plongeant sur leurs proies dans la
vallée séparant le collège du camp militaire
situé sur la colline d'en face. Je scrutais au loin les
montagnes de ce Sud-Kivu au climat agréable.
Le 4 février, le match de volley fut remporté par
le VICTORY contre l'équipe de PANZI et les activités
culturelles reprenant bon train, on put se laisser emporter par
les chants et danses du groupe JALAKAT d'Elisabethville et le
dimanche 8, les jeunesses musicales apprécièrent
le récital de piano de Franz BROUW.
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22 Cowboys
d'opérette et routiers sérieux
Le samedi 7 février
au matin débutait le congé trimestriel et celui-ci
compta particulièrement pour moi. En effet, il était
prévu qu'aux vacances de Pâques, un tout grand camp
scout serait organisé, réunissant la troupe de
la cathédrale (constituée principalement d'européens
et de quelques congolais) et de trois troupes composées
uniquement de jeunes gens congolais : celle du Camp SAYO, celle
de KATUTU et celle de BAGIRA. Rappelons-nous que le clan du feu,
dont je faisais partie, réunissait tous les routiers ayant
des responsabilités au sein de ces 3 troupes. Christakis
s'occupait plus spécialement de la troupe du camp SAYO,
Gustave de celle de BAGIRA et moi de celle de KATUTU. Les autres
routiers s'occupaient de la troupe de la cathédrale mais
une fois sur le terrain, une entraide de tous se fit partout.
En temps ordinaire, comme nos amis congolais avaient leur propre
staff bien structuré, un seul routier belge était
désigné comme conseiller technique par troupe.
Il se fait que le chef de la troupe de la Cathédrale était
aussi gérant d'une splendide plantation à IBANDA,
sur la route de MWENGA, au-delà de NYA NGEZI. C'est là
que devait se réaliser le camp et il fallait tout mettre
au point, tout préparer : endroits valables pour installer
les 4 troupes, matériel nécessaire, alimentation
adéquate, espace vital pour chaque troupe et point commun
de rencontre.
Voici comment en partie Criquet relate les choses dans son article
" Colt, 22 pigeons etc. " de l'Orientation n°3
de mars 59 (10ème année)
" Dimanche 8 février
: le départ est prévu pour 20h00, mais les palabres,
la paresse et le tempérament corse de certains aidant,
le départ effectif eut lieu à 21H00 ! Pedibus cum
jambis, cinq gars du Clan du Feu s'en allaient à l'aventure
: Topi, Daguet, Puma, Pécari et Eric accompagné
de l'aumônier Renne. Destination IBANDA (47 km). Evidemment,
ils comptaient y arriver le plus tôt possible. Avec du
10 km à l'heure de moyenne (optimisme béat ndlr.)
on s'y voyait vers 2 ou 3 heures du matin !... En fait, après
quelques km, les pick-up de Hibou nous rattrapèrent. Nous
étions au km 12 de la route de NYANGEZI et aux dires de
notre Hibou compatissant Daguet (Alain) avait les pieds en compote,
Topi (Christakis) soufflait comme une chaudière à
pression, Puma (Guy) râlait dans un caniveau, Eric et Renne
(le père VIVEX), plus qu'évanouis, semblaient déjà
d'un autre monde. Seul, Pécari (c'est moi !) placide un
mégot au coin du bec, surveillait ce petit monde avec
un air sadique malgré tout !
Appliquant l'article 11 : le scout est un grand débrouillard
et l'article 12 : le scout n'est pas un imbécile, nous
décidâmes de sauter dans le second pick-up et de
réduire les 47 km en 12 déjà accomplis !
On remarque tout de suite que ces types avaient le sens inné
du scoutisme car, d'après l'article 7 : le scout ne fait
rien à moitié, ils ont fait le quart ! L'embarquement
se fit en moins de deux, pêle-mêle. A ces moments-là,
on ne s'en fait pas trop lorsque la godasse du voisin vient chatouiller
votre nez. ". (Mon ami André Bonsang cherche encore
à comprendre !)
Hibou retourna à l'entrée
de Bukavu pour attendre Criquet qui devait revenir d'Usa après
avoir disputé un match de foot. (Un petit mot d'explication
quant à mon totem, car à 17 ans, mon profil ne
présentait pas comme aujourd'hui d'excès pondéral
mais était relativement svelte, et pourtant je reçus
ce totem " Pécari ". En fait cela était
du au fait que ce sanglier d'Amérique du Sud présentait
comme caractéristique d'être un fonceur ne craignant
pas de rentrer dans le lard de plus fort que lui et dans les
forêts amazoniennes il faisait des ravages quand il se
sentait menacé.)
Nous voilà donc embarqués
avant NYA NGEZI et un peu avant ce centre, après avoir
franchi la petite rivière NAKAMISA, on bifurque vers la
droite à MUNYA vers TSHIBEKE (ou la route se sépare
: vers le sud MWENGA, vers l'ouest SHABUNDA). En fait, IBANDA
se trouve à une bonne quinzaine de km de NYA NGEZI sur
cette route. Sur les photos
1711 et
1712 on voit des extraits
de la carte du territoire de KABARE, mise à jour AT 1958
et ordonnancée n°21/396 du 29/03/1958. IBANDA y est
repérée ainsi que la route pour y arriver au départ
de Bukavu.
Arrivés tard tout alla mieux après un bon bain
et un repas réparateur arrosé de vin portugais
qui pour nous était digne d'un grand cru. Toutes poussières
de la route éliminées de nos gosiers par ce précieux
breuvage, on décida de loger dans le grenier de l'habitation
pour ne pas perdre de temps à monter et démonter
des tentes. Nos estomacs bien remplis par les préparations
de Jean et Wilfried, les deux boys inséparables de Hibou,
nous montâmes tant bien que mal au grenier. J'eus le malheur
de dire nostalgiquement : le grenier, c'est le coin aux souvenirs
! Je croyais que sur ces bonnes paroles nous allions nous endormir
en rêvassant ! C'était sans compter sans l'esprit
de fouineur de notre ami Puma (Guy) qui trouva la malle de jeux
des enfants du propriétaire de la plantation rentrés
en congé en Belgique et en fait de souvenirs, cela dépassait
l'imagination. Comme le décrit Criquet dans ce même
article : " Il y avait des colts, des brownings, des casques,
des munitions. à tout craquer ! En moins de temps qu'il
n'en faut pour le dire une bataille rangée s'organisa.
Heureusement pour eux que la première balle se logea dans
un distributeur électrique : cela provoqua une panne de
courant. et on put dormir ! " En fait, les grands gamins
que nous étions malgré tout restés cédèrent
à la tentation et ce fut le départ de combats fictifs
et de règlement de compte à la John Wayne. Sur
la photo
1713 on assiste à un de ces combats où
Guy avec son tomawak voulait absolument me scalper !
Le lendemain, ces jouets ne nous ont plus quittés et tout
en travaillant d'arrache pied à la préparation
du camp, nous avions l'air fin avec nos ceinturons ! Lors des
poses, au détour d'un massif, on se trouvait nez à
nez avec des routiers, colts de plastique en main en train de
discuter de la qualité des fruits ou de la philosophie
à adopter en cas de " tourista " chez les scouts.
La photo
1714 montre ainsi Gustave FABRIZI (Criquet) qui avait
fini par nous rejoindre, en train de me vanter les délices
d'un maracuja bien juteux !
Après une journée bien remplie, nous décomprimâmes
autour d'un bon feu de camp. Sur la photo
1715, le père VIVEX (Renne) est assis à côté de Hibou qui
nous apprend toute une série de chansons; Jean le plus
grand des boys est derrière lui avec Wilfried et un autre
copain venu les rejoindre. Pour agrémenter la soirée,
nous avions essayé de nous déguiser en cowboys
ou indiens ou autre chose ! C'est comme cela que vous voyez Christakis
de dos, chantant avec ardeur accompagné d'Alain "
Ouch " grand chef pseudo cheyenne. Avec ma guitare, face
au photographe, j'essaie de suivre les enseignements de Hibou,
car si les autres n'avaient que les chansons à apprendre,
moi j'apprenais en plus les accords et les battements !
Au cours de cette soirée mémorable, Eric fut totémisé
" Okapi dégourdi " ; quant à moi, je
fus sacré shériff . et dans son article Criquet
me croqua d'un croquis repris sur la photo
1716 !
Le lendemain, mardi 10, un bon petit déjeuner nous rassembla
avant le bel avant-midi de travail qui nous attendait ; sur la
photo
1717 on retrouve de gauche à droite et assis : moi-même,
le père VIVEX, Alain, Hibou, Christakis, Guy et Gustave.
Notre ami Eric MOUBAX, alias Okapi, derrière l'appareil
photo se sacrifiait comme toujours. La dernière photo
(1718) nous montre lors d'une pause et si vous y voyez deux d'entre
nous avec des fusils en mains, c'est parce que pendant les temps
libres, nous chassions les ramiers dans la plantation. De gauche
à droite vous trouvez Alain, Christakis, Hibou et Gustave.
Plus bas, le père VIVEX caresse le chien de la plantation.
A droite, moi-même et à mes côtés Guy
Notté qui tient le second fusil.
Ces jours de préparation m'ont réellement imbibé
de la notion de responsabilité car quand j'ai vu tout
ce qui était à faire pour prévoir un camp
sans 'couac' pour environ 160 scouts repartis en 4 camps, j'en
suis resté baba ! C'est là aussi que j'ai commencé
sérieusement à apprécier le travail en équipe.
Le retour se fit comme d'habitude dans la joie et nous mîmes
à profit les deux jours restant pour les études.
Ce mardi-là, 10 février, avait été
choisi comme jour de congé en l'honneur de notre nouveau
pape Jean 23 !
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23 Des Rhétos
fatigués sans doute !
Ce même congé
trimestriel fut mis à profit par 1a 1ère Kivu pour
faire un camp au domaine de MUTESA (de HEMPTINNE). Les grands
du collège quant à eux escaladèrent le NYAMUMLAGIRA;
les moyens firent l'ascension du KAHUZI et purent admirer les
chutes de NAKALONGA. Les petits se rendirent au domaine de Rota
et SHANGUGU. Les photos
1719,
1720,
1721 et
1722 montrent bien
que ces " petits " n'avaient pas froid aux yeux.
Les rhétos devaient traditionnellement rencontrer ceux
qu'on appelait " les autres " cette semaine-là
le 12. Dans notre équipe, figuraient plusieurs vedettes
du VICTORY ; on se voyait déjà vainqueur mais le
match se solda par une leçon d'humilité car nous
perdîmes 2 - 3 ! Sur la photo
1723, vous découvrez
ces rhétos fatigués par une semaine chargée
en mouvement ! L'équipe est au grand complet : de gauche
à droite et debout Alain, le père Janssens, Marc VERBOIS, Pierre SAILLEZ, Victor HERMAN, Jean Pierre SUTTOR et
Yvon BULTOT. Accroupi, nous voyons de gauche à droite
Gustave FABRIZI, Jean DEPELCHIN, Auguste FABRIZI, André
BOLLO et Christakis CHARALAMBIDIS. Enfin, nous avions perdu,
mais tous (les rhétos) nous savions que l'arbitre avait
été acheté !

Le 13 février nous eûmes comme consolation la conférence
de l'avocat BEYAERT sur " La déclaration gouvernementale
aux classes supérieures ! " Je vous avouerai que
je ne sais plus du tout de quoi ce monsieur est venu nous parler.
La fatigue nous submergeait !
Le samedi 14, la 1ère Kivu présenta son feu de
camp préparé le week-end précédent
à MUTESA. Le dimanche 15 se passa paisiblement et le collège
nous offrit le film " Whisky et Vodka " ! Le mardi
17, le père Janssens ramena le sérieux parmi ses
troupes avec le ciné-forum ANASTASIA d'Anatole LITVAK,
avec Ingrid BERGMAN et Yul BRYNNER. Ingrid BERGMAN décrocha
avec ce rôle l'oscar de la meilleure interprétation
féminine en 1957.
Le père Janssens termina son introduction par cette phrase
marquant son admiration :
" Ce film est un divertissement de première qualité.
Sa construction est essentiellement dramatique ; on y retrouve
en même temps les éléments du film policier
et du film psychologique, et cela dans le cadre historique du
'Paris 1928' ! "
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24 Essais à
l'autonomie et au travail d'équipe
Comme je vous l'ai laissé
sous-entendre précédemment, notre ami Gaston, (le
prof de math grand pourfendeur de ceux des latinistes présentant
une allergie profonde aux maths) chouchoutait ses scientifs en
douce.! Pour ces deux derniers trimestres, il avait décroché,
pour les internes de la première scientifique, la possibilité
de ne plus aller à l'étude du soir mais de se regrouper
en classe et d'étudier en équipe, ou seul, suivant
les nécessités. Le système m'intéressait
particulièrement et je parvins à convaincre mon
père de me laisser rejoindre le groupe durant les heures
imparties aux études du soir. Bilulu (le père CLAES),
responsable de l'étude des grands me donna aussi sa bénédiction
et c'est ainsi que de février à juin nous avons
formé André BOLLO, Yvon BULTOT, Jean Pierre SUTTOR
et moi une équipe soudée travaillant d'arrache-pied
toutes les matières ardues et débroussaillant les
équations les plus folles. Albert QUINTENS, habitant de
l'autre côté de la ville, nous rejoignit bientôt
conscient de l'intérêt du système. Il restait
avec nous une bonne partie de la soirée et nous quittait
lorsque sa maman klaxonnait sous les fenêtres de notre
classe. Il arriva rapidement toutefois qu'il reste avec nous
toute la soirée et qu'il revienne chez moi (j'habitais
à 2 pas du collège) où sa maman l'attendait.
La photo
1724 nous montre réunis en classe, on y voit
de gauche à droite André BOLLO, JP SUTTOR, moi-même,
Yvon BULTOT et Albert QUINTENS.
C'est là aussi que j'appréciai la chance que j'eus
d'avoir été formé à la responsabilité
de soi, à respecter le contrat entre enseignants - enseignés.
Les profs et les pères jésuites ont cru en nous
et jamais ils ne vinrent inspecter si nous étions sérieux.
Les rares fois ou l'un d'eux se pointait c'était pour
demander l'aide de quelqu'un ou pour poser l'une ou l'autre question
personnelle à l'un des membres de l'équipe. Les
plus forts dans une matière expliquaient aux autres les
points non compris et inversément. Une franche collaboration
s'établit très vite entre nous, ce qui resserra
encore plus les liens qui nous unissaient. Je suis persuadé
que notre année qui eut 100 % de réussite en juillet,
le doit à cette cohésion et à ce labeur
en commun. Sur la photo
1725, Yvon, André et Albert s'oxygènent
avant de reprendre une suite de démonstrations de plus
en plus bizarroïdes !
Allant de pair avec cette autonomie d'étude, nous avions
une deuxième autonomie : celle de ne pas respecter les
moments d'interruptions officiels, mais de gérer les nôtres.
Résultats, mis à part les moments où la
nature reprenant se droits, nous n'y pensions pas.
Toutefois, André BOLLO, s'autorisait immanquablement un
sprint de notre classe à la fenêtre de la salle
de jeux des internes lorsqu'il entendait les premières
notes de " Sail along a silvery Moon " et ce en plein
milieu de n'importe qu'elle démonstration. Bien sûr,
nous suivions ! L'air terminé, on revenait au pas de course
vers notre tanière où le sieur BOLLO, très
fort en math, reprenait sa démo, l'air de rien !
Une petite parenthèse : vous avez peut-être remarqué
sur certaines photos que Jean-Pierre et moi portions des lunettes
fumées. En fait, depuis quelques temps, nous avions de
petits problèmes de photophobie et pour calmer cela, des
verres à dioptrie fumés dans la masse nous furent
conseillés. Les appliques plastiques me donnaient des
maux de tête fous. Bien adaptés, ces verres me donnèrent
satisfaction et c'est bien deux ans après que je repassai
aux verres normaux.
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25 FLASHBACK
!
Pour être tout à
fait correct, je dois préciser qu'un premier essai à
l'autonomie avait été entrepris et fut concluant
d'ailleurs, lorsque nous étions en troisième scientifique,
mais ce fut uniquement pour les externes de cette classe. De
ce fait, certains soirs , pour préparer les examens de
math ou de sciences, Gérard DELHAYE, Albert QUINTENS et
moi, nous retrouvions dans une classe près de l'étude
des externes avec craies, éponges et seau d'eau et nous
démontrions à qui mieux mieux théorèmes
de géométrie et formules à rallonge de l'arithmétique.
C'est durant une de ces soirées que nous ressentîmes
un terrible tremblement de terre et que nous tenant vaille que
vaille au mur et à ce qu'on pouvait, nous parvînmes
à la barza d'où nous vîmes les salles d'études
se vider en catastrophe et les élèves envahir en
courant la grande plaine de foot devant la préfecture
pour s'éloigner des bâtiments. Inutile de vous dire
qu'une fois la secousse passée, les sifflets des surveillants
surchauffèrent pour faire rentrer les étudiants
dans les études respectives. Nous qui n'avions pas été
plus loin que devant la porte de la classe nous n'eûmes
qu'à y rentrer ! Il faut rappeler que fort heureusement,
les tremblements de terre fréquents de la région
n'occasionnaient que rarement des dégâts au collège.
Monsieur NEEF, l'architecte avait prévu le coup et notre
collège était conçu comme la juxtaposition
de blocs ne se touchant pas. Les torsions d'un bâtiment
n'affectaient donc pas les autres.
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26 Routine
de luxe !
Enfin, la vie continue et le
mercredi 18, le match inter-collège réunit sur
le terrain nos moyens et ceux du collège Saint Paul. Nos
valeureux adversaires congolais bien entraînés par
les pères Barnabites, nous pilaient de 5 à 2 !
Heureusement le goût amer de la défaite disparut
le dimanche 22 grâce au match CFC - VICTORY ou nous exultâmes
devant le résultat ahurissant de notre équipe CFC
0 et VICTORY 9 !
Le samedi suivant (28/2) grand jour également, mais les
matches se suivent et ne se ressemblent pas ! La coupe SABENA
nous passa sous le nez au profit de l'athénée qui
gagna 3 à 1.
Entre ces deux dates de délires, nous pûmes laisser
nos âmes rêver car le 24/2 un récital du groupe
" Wesminter Singers " sous la direction de John FINLEY
nous fut proposé. Alternance de chants profanes et religieux,
ce récital fut un réel succès.
La boucle du mois de février est enfin bouclée.
Bien remplis à la fois de chants, de scoutisme, de culture
et surtout de beaucoup d'études, il me laisse le souvenir
du mois ou " responsabilité " est devenue pour
moi un mot important.
Pour démarrer ce mois de mars, le film américain
de Lewis Allen, 1952: " Les Fils de Mousquetaires "
et surtout la fille d'ATHOS nous firent rêver et les commentaires
sur la plastique de l'actrice (la très belle Maureen O'HARA)
s'épanchèrent bon train sur la balustrade de la
maison, le long de l'avenue du Prince Régent entre Didier,
Albert et moi. En fait, nous repassions souvent par la maison
après le film et savourions nos 'belgas', assis sur cette
balustrade, goûtant la douceur du soir tombé après
une journée bien ensoleillée.
Une excellente semaine d'étude nous attendait ; on ne
s'en priva point ! Pour une fois, une semaine pleine s'ouvrait
à nous sans rien d'autres que les récréations
normales !!! C'est assez surprenant pour être cité.
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27 La Culture
nous rattrape !
Le samedi 7 mars, réouverture
des festivités avec la fête de la division des grands.
La salle de jeux des grands fut transformée en cirque.
Ce fut un merveilleux exemple démontrant comment les pères
permettaient aux internes, sous leur responsabilité, de
se prendre en charge et de ne pas sombrer dans la déprime
loin de la famille. Je laisse ici la place au chroniqueur semi-anonyme
d'Orientation (car l'article est signé " Spectator
" ; si l'auteur se reconnaît qu'il se donne à
connaître, cela nous ferait plaisir !) [Orientation n°3,
10ème année, mars 1959]. Photo
1779)
. " Rien ne manqua à cette agréable soirée
pour créer l'ambiance. Les clowns BYCICLETTE (JOANIDÈS)
et Totomobil (BELLARD) déridèrent le public par
leurs tours et cabrioles, sans lasser un instant. Le manager
THIEL, présenta les vedettes tandis que l'orchestre des
" Star Boys " jouaient ses numéros les plus
sensas ! Le trapéziste " Le grand Sébastian
" (COUILLIER), les clowns SOF (Xavier DELVILLE) et FIF (Jean
LEBRUN), STROUMPF (CARPENTIER) et PATOCHE (BELLARD), un prestidigitateur
ABRACADABRA , MATAMORO, le toréador (BORGERS) et son taureau
(BONAFONTE), Estikatchi SOULKOF (Jean Pierre SUTTOR) avec son
lion Belzebub (COUILLIER) amusèrent successivement les
spectateurs. Une pièce policière " 16 millions
" et un drame héroïco - comique " Sin Sin
Jack " procurèrent à tous une heure de détente
et leur fit oublier un instant les soucis des examens.
Le buffet-froid et le bar réunirent professeurs et étudiants
autour des tables dans une atmosphère de grande cordialité.
Un concours de boîtes à conserves 'Tour de BABEL',
des jeux de dextérité, une chanteuse du tonnerre
" Marie José Neuville ", quelques blagues et
le toujours désopilant " Bicyclette " assuraient
les intermèdes et permettaient aux artistes de se préparer
à divertir le public. (note : si celui qui imitait Marie
José NEUVILLE lit ces lignes qu'il se fasse connaître
afin que nous précisions son identité)
La soirée se termina par une tombola et le " Bonsoir
" de l'orchestre.
Un grand merci à tous ceux qui collaborèrent à
la réussite de cette agréable soirée et
en particulier à monsieur BUISSERET, le toujours souriant
et dévoué grimeur, qui sut donner une expression
si folichonne aux clowns et transformer des gars de 4ème
en vieux messieurs. "
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28. La famille
et les jeunes filles ou les jeunes filles de bonne famille !?
A la maison, mise à
profit du week-end pour rencontrer les familles VERBOVEN et DOTREMENT.
Depuis plusieurs mois déjà, la famille ROBINSON
venait aussi se joindre à nous. Monsieur et madame avaient
3 grandes filles et un garçon, c'est vous dire qu'avec
les 5 filles et le garçon de la famille VERBOVEN, l'environnement
féminin répondait à toutes nos aspirations.
Que de soirées agréables, conversations romantiques,
danses langoureuses. !
Enfin, reprenons-nous : le dimanche 8 mars, grand jour au collège
pour deux raisons. La première fut la grande cérémonie
de " première communion " de 80 enfants ! Il
fut aussi annoncé à cette occasion une messe communautaire
le mercredi pour les enfants. La seconde raison fut la double
victoire du VICTORY. L'équipe II vainquit les " Colons
" 5 à 0 et le VICTORY I remporta le match contre
le VFC par 3 à 0 ! Ce dimanche fut l'occasion dans beaucoup
de familles de faire la fête et je me souviens que mes
parents furent invités chez monsieur COLIN (magistrat
à BUKAVU) car leur fils qui faisait sa communion était
dans la classe de mon père. Inutile de vous dire qu'esseulés
mon frère et moi, nous consolions évidemment dans
les familles précitées.ou nos amies nous attendaient
( en tout bien tout honneur s'entend !).
Un nouveau film de ciné-club
nous subjugua le mardi 10 mars : " LE 41e". On n'entendit
pas une mouche voler dans toute la salle. L'exposé du
père Janssens fut brillant et la discussion qui s'en suivit
très appréciée. Ce drame russe nous avait
pris à la gorge et de plus, nous avions enfin autre chose
que des metteurs en scène américains ; on découvrait
tout l'art de ces soviétiques, on aspirait à voir
l'autre drame célèbre : " QUAND PASSENT LES
CIGONES ".
Fin de semaine, ce fut la fête des moyens le samedi 14
pendant que le futur VICTORY (la relève quoi !) effectuait
un match d'entraînement contre l'Amicale Sportive de BUKAVU
(KFC - BFC - CFC). La victoire était au rendez-vous :
3 à 2.
Le dimanche 15 le collège nous proposa un excellent film
de guerre : " Le Vainqueur du Ciel : DOUGLAS BADER "
Le matin, jeunes gens et jeunes filles s'étaient retrouvés
aux jeunesses musicales pour apprécier " Le Quatuor
Belge ". Nous sommes le nez sur les vacances de Pâques.
Pour nous rhétos, ce fut une semaine inoubliable : le
départ pour un périple en OUGANDA ! Mais, une chose
à la fois, pensons d'abord à ceux qui restaient
à Bukavu. Guignol débarqua chez les petits et leur
apprit un chant que longtemps après ils reprenaient encore
en chœur : " Minastembéa pole pole ! " c'est-à-dire
: " Je me promène lentement, lentement. ". Ils
eurent droit aussi à deux grandes aventures : L'Hôtel
du Lapin Blanc et Maison à louer !
Quant à nous, nous vécûmes 4 jours inoubliables.
En fait, ce fut le début pour moi de vacances de Pâques
comme plus jamais je n'en ferais. La succession d'événements,
d'aventures et de rencontres fut telle durant les trois semaines
qui suivirent ce 18 mars, que plus de 50 ans après, j'en
suis encore marqué !
Prenons les choses dans l'ordre.
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29 L'aventure
ougandaise

Comme prévu chaque année,
la rhétorique avait son voyage traditionnel vers l'Ouganda.
C'est donc avec ardeur que nous nous embarquâmes ce mercredi
18 mars très tôt pour la grande aventure. Une grande
nouveauté quant au transport : contrairement aux années
précédentes, nous n'irions point dans le "
STUDBAKER " de Félix mais bien en voitures mises
à notre disposition par quelques parents charmants. Honneur
aux dames : Madame QUINTENS mis sa FIAT 500 à notre disposition
et comme j'avais l'habitude de jolies promenades avec les QUINTENS,
nous nous retrouvâmes Madame, Albert et moi dans la Fiat.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le fait d'être
à l'arrière de ce petit véhicule fut une
grande chance pour moi. En effet, j'eus l'occasion de disposer
les divers bagages et sacs à ma façon et tel un
pacha, je fus transporté tout le voyage sur un sofa inégalable.
Décapotée en plus, cette voiture m'offrait une
visibilité qui rendait jaloux tous les autres. Enfin,
après avoir réparti les autres participants et
leurs bagages dans les autres véhicules, le départ
fut donné. Une caravane formée de 6 voitures s'ébranla
vers la route de GOMA, déjà décrite à
plusieurs reprises. Toujours aussi magnifiques les divers paysages
idylliques des bords du lac Kivu défilaient et c'est sans
peine que nous pointâmes GOMA où l'on bifurqua,
après les classiques casse-croûtes et rinces-dalles,
vers RUTSHURU. Quelques km avant le poste, nous fîmes l'immanquable
visite aux splendides chutes de la RUTSHURU, occasion pour Albert
de prendre quelques diapositives. Grâce à son épouse
et à sa fille, j'ai pu reproduire celles-ci et vous les
proposer. Sur la photo
1726, on voit les chutes entourées
d'une nature luxuriante. Sur la
1727, Jean Pierre LAURENT et
Albert posent pour la postérité ; sur la
1728,
c'est Albert et sa maman qui se laisse rafraîchir par les
gouttelettes pulvérisées par la chute; enfin, sur
la
1729 je suis en compagnie de Mme QUINTENS et du père
JANSSENS. Sur la
1730, prise en 1989 lors de mon voyage au Congo,
vous pouvez constater que la RUTSHURU est toujours aussi belle.

Comme signalé plus haut,
Mr et Mme Lebrun, parents d'Olivier, nous avaient réservé
un accueil des plus chaleureux et un souper succulent accompagné
d'un petit vin rouge que nous avons dégusté modérément
mais avec amour. Ce fut une soirée inoubliable dans une
ambiance de franche camaraderie. Le vin aidant, nous glissâmes
dans un sommeil libérateur.
Le lendemain, après un solide petit déjeuner et
quelques derniers réglages d'appareils, (photo
1732 avec
de g. à d. Yvon tripotant un appareil sous les yeux d'Yves,
Henri fait de même et Klaus a déjà remballé
le sien ; de dos, je parle avec Joseph tandis que Gustave arrive.)
nous attendîmes le démontage du pot d'échappement
d'une des voitures qui avait rendu l'âme la veille et risquait
de provoquer des dégâts supplémentaires s'il
restait brinqueballant sous le véhicule (photo
1733 un
peu floue malheureusement). Cela permit de nous voir fièrement
porter l'ustensile (photo
1734) et comme seuls des scientifs
et des économiques sont sur la photo, les latinistes ne
manquèrent pas de nous dire que la malédiction
nous tenait car nous tenions la " buse " en main. De
gauche à droite, on voit Albert Quintens, André
BOLLO, Jean DEPELCHIN, Jean Pierre SUTTOR, Yvon BULTOT, Charles
BORGERS et moi-même. Sur la
1735, Mr et Mme Lebrun sont
venus voir comment je pouvais tenir dans l'habitacle de la FIAT
500 ; je suis accoudé au véhicule, le père
Janssens est en retrait, Jean Pierre, Auguste et Pierre se relaxent
contre la carrosserie et Albert contemple le tout ! Sur la photo
1736 Madame QUINTENS est venue nous rejoindre ; je garde jalousement
ma place et j'ai à coté de moi Albert, Alain et
Henry. Un peu en arrière, Victor, Pierre et Auguste. Nous
sommes prêts à partir, mais avant, on tint à
prendre la photo de famille avec les LEBRUN : photo
1737, surtout
qu'ils nous avaient promis qu'au retour, nous aurions de l'antilope
au menu !

Nous prîmes pleins d'entrain
la route d'ISHASHA, nouvelle et donc assez agréable à
parcourir surtout en voiture (note : cette nouvelle route pour
arriver au Queen Elisabeth National Park fut ouverte en 1958
et la rhéto précédant la nôtre l'avait
plus ou moins inaugurée) . Si vous vous référez
à la photo
1731, vous verrez qu'ISHASHA est proche de
la frontière et que de là, on oblique vers la droite
pour rejoindre (une fois passée cette frontière)
la route venant de KABALE : la photo
1738 montre les choses du
côté OUGANDA. A partir de cette frontière,
changement de taille : on roule à gauche ! Fort heureusement
nos chauffeurs d'adaptèrent très vite et bon train
fut tenu vers la partie assez fournie du parc. Cette route, nouvelle
et bien élaborée, avait le grand défaut
pendant de sa qualité : elle permettait d'appuyer sur
le champignon. C'est ainsi que malheureusement, quelque jours
avant notre passage, un jeune couple y avait eu un accident à
l'issue duquel la jeune dame n'avait pas survécu. La consigne
du père JANSSENS fut donc stricte : pas de course et faire
preuve de maturité. Encore merci à tous les chauffeurs
car ce mot d'ordre fut bien respecté. Pour l'anecdote,
l'un d'entre nous, sur les lieux de l'accident retrouva dans
le caniveau une chaussure à haut talon quasi neuve de
l'occupante de la voiture, cette découverte nous laissa
un goût amer en travers de la gorge. Enfin, le voyage se
poursuivit sans anicroches et à gauche comme à
droite apparaissait de temps à autre animal. Nous étions
au bord du parc et c'est surtout dans le nord dans la région
de KATWE que la concentration en animaux était importante.
Sur la photo
1739 une vue d'ensemble montre dans le coin inférieur
gauche la route venant d'ISHASHA et au dessus vers le milieu,
pointée par un trait rouge, la presqu'île où
nous devions loger " MWEYA LODGE ". De la frontière
au pont permettant de traverser le " Channel KAZINGA "
reliant le lac GEORGES au lac EDOUARD au lieu dit " KATUNGUMU
", il y a environ 75km, ce qui nous permit d'arriver assez
tôt au lodge et de repartir gaiement sur toutes les pistes
possibles.
Sur la photo
1740, on voit
mieux ces diverses pistes ainsi que les animaux le plus souvent
rencontrés. Un trait rouge signale l'endroit de l'équateur
et la route la plus septentrionale de la photo s'appelle " Equator Road ".

C'est sur cette route que nous fîmes les photos traditionnelles
; la dia d'Albert (photo
1741), très bien conservée
nous permet de voir immortalisé ce grand moment en couleurs
!
En noir et blanc, la photo
1742 détaille mieux les physionomies. On y voit Charles
de SEMMERIES la tête coincée entre EQUATOR et OUGANDA
et se tenant à la traverse EQUATOR : Albert à gauche
et moi à droite. A côté de moi, Auguste s'appuie
sur la circonférence. A la ligne en dessous, de g. à
d. Alain DELVILLE s'interroge sur la qualité de son appareil
; le père JANSSENS tout sourire masque un peu Pol DELIL
; par contre Pierre VANKERKVOORDE (VK) soutient l'édifice
! A ses côtés, André BOLLO, Jean DEPELCHIN,
Madame QUINTENS, Yves GILON, Pierre SAILLEZ, Jean Pierre SUTTOR
(dit PIET) sur lequel s'appuie Charles BORGERS lequel à
son tour sert de reposoir à Yvon BULTOT. Entre la tête
d'Yvon et de Charles, apparaît celle de Joseph MOUBAX.
Accroupi à gauche, Jean Pierre LAURENT et Klaus HUYS.
Marc VERBOIS et Victor HERMAN ont jugé préférable
de s'asseoir sur le béton. La tête de Gustave FABRIZI
dépasse derrière Victor. Henri PIETERS et Willy
CLAESSENS terminent le cheptel ! Sur la photo
1743 les attardés
du " station-wagon " immortalisent leur présence.


Continuant notre route, nous croisâmes la plupart des animaux
classiques en quantité honorable. La fiat décapotée
nous donnait une sensation de liberté non négligeable.
Divers arrêts immortalisèrent notre joie de vivre.
Sur la
1744, Yvon joue au propriétaire des lieux. Au gré
des choix, les voitures ne restaient pas toutes à la queue
leu leu, ce qui permettait après quelques tours de se
retrouver en donnant l'impression qu'on s'était quitté
depuis " zamani " ! (photo
1745 avec VK, JP, Pierre
et Alain).
Pas loin d'un croisement, on se retrouva et quoi de mieux pour
authentifier notre présence que de se faire photographier
sous un panneau routier très explicite : sur la photo
1746, on voit de g. à d. Albert QUINETNS debout, accroupis,
Henri PIETERS, Pol DELIL, Franz ANSIEAU, Gustave FABRIZI, Joseph
MOUBAX et Klaus HUYS.

Une petite remarque. vous aurez pu constater qu'Albert est souvent
debout sur les photos. En fait, suite à sa chute de l'euphorbe,
il portait un corset de plâtre et avait donc trop de difficulté
pour s'accroupir toutes les fois.
Un dernier conciliabule vers la fin de l'après-midi, (photo
1747) et l'on se retrouve sur la route du retour ; nous filons
vers MWEYA LODGE où des gîtes plus que rudimentaires
mais agréables nous attendaient. Le repas du soir au restaurant
typiquement " english " assez guindé ne nous
a pas laissé un souvenir impérissable surtout que
l'accès au guest-house ne nous fut accordé que
du bout des lèvres, car nous n'avions ni cravate ni smoking
! On nous planqua dans un coin où on serait le moins vus
et le moins dérangeant pour les aristos ougandais-british.
On reçut l'ordre de réfréner nos éclats
de voix habituels et nos fous rires fréquents. On ne pouvait
pas troubler la quiétude des mémés anglaises
en vacances ! Aussi la rapidité avec laquelle nous engouffrâmes
ce que les englishes proposaient comme menu nous permit d'en
finir assez vite et de ressortir pour exploser en fous rires
divers. Le soir était très doux sous l'équateur
et de belga en belga, d'histoire en anecdote nous atteignîmes
une heure respectable qui nous invitait au dodo !
Le lendemain, 20 mars, la gastronomie anglaise remonta dans notre
estime, rapport à leur petit déjeuner légendaire
qui était au rendez-vous. La grosse vingtaine de gars
que nous étions dévalisa la réserve d'œufs
et de bacon .
Bourrés d'énergie, nous reprîmes les pistes
après le briefing improvisé de Piet (Jean Pierre
SUTTOR) : photo
1748.
Nous commençâmes
la matinée par la piste longeant le lac KATWE puis en
sillonnant toutes les pistes et sentiers possibles autour des
salines (photo
1749). Sur cette photo, on voit avec précision
le chemin venant de MWEYA LODGE et qui passant par KABATORO nous
amène près des " Salt Works " et de là,
sur les hauteurs du lac. Ce lac est en fait un cratère
plein d'eau. C'était assez impressionnant ; un des points
culminants de ce volcan éteint est à 3235 m. Les
dias d'Albert nous montrent différents paysages arides
des environs de KATWE ; sur la
1750 on discerne entre les 3 arbres
quelques éléphants ; la
1751 montre la découpe
des multiples cratères de l'endroit. La
1752 montre un
coin moins accidenté et l'on devine au loin juste un peu
avant les premiers buissons verts, un petit troupeau d'antilopes.
Nous arrivons enfin au sommet du cratère du lac KATWE
dont nous pouvons découvrir l'étendue : photo
1753.
Un peu à la fois le groupe se reforme et sur la
1754,
un peu floue, on peut voir les premiers arrivés ! On y
distingue Albert à gauche, un monsieur qui nous accompagna
tout le voyage en nous faisant bénéficier de sa
voiture, le père JANSSENS, Charles, assis sur un rocher
et Joseph, jumelles en main. Enfin, sur la
1755 tout le groupe
est réuni pour la photo souvenir. S'en suit alors une
balade à travers les pistes qui se croisent et nous permettent
de voir à nouveau des animaux. A peine repartis, une magnifique
antilope s'offre à nos yeux : photo
1756. Redescendus
dans la plaine, ce sont des races différentes qui nous
accueillent : photo
1757. Enfin, un peu plus loin, monsieur " TEMBO " daigne se montrer : photo
1758.

Après un casse-croûte requinquant, nous voila en
forme pour le dernier volet de notre séjour : l'excursion
en bateau sur le " KAZIMA CHANNEL " reliant le lac
GEORGES au lac EDOUARD. On voit nettement cette jonction en bleu
sur la photo
1759. Sur la photo
1760, une carte plus détaillée
montre le parcours de Mweya Lodge jusqu'aux abords du lac GEORGES
en passant par le pont de KATUNGURU. Les copains ont tiré
pas mal de photos et comme je ne disposais pas de l'appareil
familial, je me suis empressé de racheter des copies en
rentrant à Bukavu. Les dias d'Albert sont, je vous le
rappelle les originaux scannés.
Ce fut une merveilleuse promenade, antilopes (photo
1761), hippos
(photo
1762) et d'autres animaux furent au rendez-vous. Quelques
photos du bateau mouche (résistant tout de même
aux hippos) montrent comment nous étions installés.
Sur la photo
1763, Willy et moi, devant le père Janssens
goûtons de la douceur du déplacement à l'ombre
et rafraîchis par la présence de l'eau qui nous
entoure. Jean Pierre sur la photo
1764 interpelle l'un d'entre
nous situé sur la plat-bord tribord. Derrière lui
Victor profite du bon temps alors que Charles BORGERS scrute
les rives.
16h30 ! Il est temps de repartir, les yeux et la mémoire
bourrés de souvenirs. Sur la photo
1765, on pratique une
dernière pose pour le regroupement ; la
1766 un peu floue
monte déjà quelques voitures au sortir d'une piste.
La
1767 regroupe tous les participants avant le grand retour.
Mme QUINTENS, à l'extrême gauche était déjà
le pied sur le champignon. Viennent ensuite : Gustave, Henri,
Pol, Joseph, Alain, Victor, Albert toujours debout, Pierre, un
monsieur accompagnant le père JANSSENS, Jean Pierre, Franz,
Klaus avec son keffieh, le père JANSSENS, Charles, Jean
D, Jean Pierre S, Willy ; au-dessus : André et Auguste,
assis par terre à côté de Willy : Yvon BULTOT
puis VK, Yves GILON, Marc VERBOIS sur lequel s'appuie Charles
de SEMMERIES.
La caravane s'ébranle enfin et c'est la route du retour
(photo 1768) avec quelques poses pipi et de relaxation. (photos
1769 et
1770).
Nous arrivâmes à
la frontière au coucher du soleil qui fut d'ailleurs des
plus beaux. Les formalités prirent tout de même
une grosse demi heure et c'est dans le noir que nous fîmes
les derniers 50 miles vers SINDA. Dans la fiat, le silence était
tombé, chacun méditait aux choses splendides vues,
vécues, entendues, senties . ! Malgré l'estomac
vide, l'humeur restait excellente surtout que nous savions qu'un
banquet à l'antilope nous attendait chez Mr et Mme LEBRUN.
Ils tinrent promesse : ce fut pantagruélique et le vin
toujours aussi capiteux. Nous prîmes enfin possession de
nos quartiers de nuit que vous découvrez sur la photo
1771. On y voit Pierre, Willy et Victor à l'avant plan,
Alain est derrière eux et avec Jean-Pierre dans le box
d'à côté. Ils avaient l'air si sage !
Pourtant, quelques instants plus tard, sous l'inspiration de
Charles BORGERS et d'Yvon BULTOT, une initiation à la
bagarre de type " Eddie Constantine " fut déclenchée.
Pendant près de 20 minutes, ils imitèrent avec
précision, mais sans jamais se toucher, des scènes
de pugilats ahurissantes. Naturellement, l'énorme couche
de lamelles sèches de feuilles de bananiers, qui nous
servait de matelas à travers toute la pièce amortissait
leurs chutes. Nous étions subjugués de voir nos
amis si bien jouer les cascadeurs de combat. Cela dut s'arrêter
car, sans s'être jamais touchés une seule fois,
l'un d'entre eux se mit à saigner abondamment car, sans
s'en rendre compte, il s'était éraflé le
cuir chevelu sur les briques du mur. Enfin, on fit l'extinction
des feux car toutes nos fariboles nous avaient entraînés
fort tard ! Aussi au petit matin, après messe et déjeuner
copieux, nos joyeux drilles s'empressèrent de se coucher
dans l'herbe accueillante de la plantation de SINDA et ils eurent
peine à se relever pour gagner les voitures qui vrombissaient
déjà. (Photo
1772)
Après un grand "
au revoir " et moults remerciements, nous prîmes congé
de nos hôtes, et nous fonçâmes vers KYSENYI
pour la pose idyllique dans le lac Kivu qui nous tendait les
bras. Les photos
1773,
1774 et
1775 nous montrent les belles
avenues nous amenant au lac qui nous apparut toujours plus bleu
malgré les nuages (photo
1776). Une bonne baignade au
bon air, une restauration de fortune mais bien " calante
", nous reprîmes la route pour la dernière
étape : KYSENYI, GOMA, SAKE, . BUKAVU ! Longeant le lac,
nous sommes retombés dans un silence de circonstances,
admirant une dernière fois le lac avant la nuit (photos
1777 et
1778).
C'est vers 20h30 que Mme QUINTENS et Albert me déposèrent
à la maison après le crochet par le collège
pour y déposer le matériel accessoire emporté
et chanter le traditionnel " Ce n'est qu'un au revoir, mes
frères ! " .
Et dire que les vacances de
Pâques commençaient seulement ! Nous étions
le samedi 21 mars au soir.
Haut
30 Vive la
Route ! IBANDA nous voilà !
Comme d'habitude, ma mère
avait prévu le coup et mon sac à dos était
prêt ainsi que mes uniformes. Il faut savoir que depuis
le 21 au matin, un défilé de camions était
parti l'un de la cure, l'autre de BAGIRA un troisième
de KATUTU et un quatrième du camp SAYO ; Ces quatre troupes
filaient bon train vers IBANDA pour un immense camp dans la plantation
gérée par HIBOU. Rappelez-vous, nous avions préparé
ce camp en février (revoir les photos de
1713 à
1718).
Evidemment, rentrés
le 21 au soir, il nous fut impossible à Gustave et moi
de partir avec les autres. Heureusement, revenu le dimanche à
Bukavu pour redescendre du matériel, Hibou avec pick-up
nous prit et nous amena dare-dare à IBANDA. Nous allions
vivre un camp vraiment spécial car cette fois, nous étions,
Gustave, Christakis et moi responsables et conseillers techniques
pour 3 troupes congolaises et nous campions dans la même
plantation que la troupe européenne de la cure ! Noirs
et blancs réunis sur le même site : signe des temps
! Toujours est-il que si chaque troupe avait ses activités
propres, des activités communes nous rassemblaient. Jeux
de nuits, constructions, stalking . : autant d'occasions de se
voir de se rencontrer de " faire ensemble ".La photo
1780 montre un de ces 4 camps ; ils étaient tous bâtis
sur le même modèle. Sur la
1781, Hibou et un chef
scout congolais parient sur le démarrage d'un feu allumé
par un scout ! Sur la photo
1782, Guy NOTTE et moi ramenons vers
notre lieu de campement quelques victuailles.

Cette fois c'est du sérieux ; plus question de se balader
avec colts en plastique et ceinturons rutilants comme en février
! Sur la photo
1783, lors d'une inspection on peut admirer diverses
constructions. Ici, Didier van de WERVE, entouré de ses
ouailles nous attend. On reconnaît à droite de Didier,
Jacques GÉNIS de l'avenue du Plateau. En fait, un bruit
s'était répandu ou plutôt, une odeur audacieuse
chatouillait les narines de certains nez : Les scouts de la cure
rechignaient quant à des ablutions systématiques
de leur moyen de locomotion càd : leurs pieds ! Aussi,
une vaste opération de contrôle d'hygiène
pédestre fut entreprise. Sur la photo
1784, mon frère
se rechausse après avoir démontré qu'il
était innocent de toute production d'effluves nauséabonds
! De toute façon, cela se termina dans la rivière
pour tout le monde.
Pour éprouver la solidité
des constructions, les chefs testaient d'abord eux-mêmes
le résultat de celles-ci. C'est ainsi que vous me voyez
à l'aise sur la tour érigée par nos scouts
sur la photo
1785. Sur les photos
1786 et
1787, vous trouvez
l'illustration d'autres activités. Sur la
1788, admirez
la préparation d'une activité commune aux scouts
noirs et blancs.
Une des plus belles actions
communes entreprises fut une folle équipée : les
4 troupes réunissant leurs efforts pour escalader le mont
LUHANGA à 2269 mètres, y transporter 2 troncs d'arbre
déjà appréciables et les monter en une croix
au sommet afin que cette croix soit visible de très loin
par les voyageurs empruntant la route NYA NGEZI - IBANDA. C'était
somme toute notre chemin de croix collectif et il fut décidé
d'essayer d'arriver vers 14h30 au sommet, ce qui nous laisserait
le temps de monter la croix et de la planter dans un bon endroit.
Dans la fraternité scoute qui nous unissait, nous avons
escaladé cette montagne tout en poussant ces 2 troncs
de plus ou moins 12 cm de diamètre et de quelques mètres
de long pour que dressée au sommet, elle soit visible
de loin. Passant de main en main, tout au long d'une chaîne
formée de plus de 100 scouts et routiers, ces deux troncs
gravirent lentement mais sûrement la montagne et ce avec
moultes péripéties !
Que d'éraflures aux genoux car la pente raide obligeait
ceux qui portaient les troncs à monter à genoux
dans beaucoup d'endroits. Il fallait aussi bloquer les troncs
afin qu'ils ne re-dégringolent pas vers l'arrière
et que l'on puisse permettre aux suivants de nous dépasser
et tirer à leur tour lorsqu'ils étaient en bonne
position. C'était le principe de la course cycliste mais
à l'envers car ceux qui venaient de fournir l'effort devaient
se rendre au dessus des autres en début de chaîne
et attendre que les troncs arrivent à leur portée,
les empoigner et les pousser à leur tour vers le haut
. Ce fut titanesque car la raideur de la pente, l'herbe drue
de montagne, les ronces et le manque de prise sur un tronc bien
élagué exigeaient calme, maîtrise de soi,
et force (surtout quand on avait cette terrible impression de
sentir l'arbre glisser vers l'arrière !). Dans les passages
les plus durs, ce sont les scouts et les routiers les plus baraqués
qui prenaient le relais en laissant alors aux plus jeunes le
soin de reprendre les troncs dans les endroits à pente
douce.
Arrivés au sommet dans les temps, haches, tarières,
pelles, pioches, boulons et clefs entrèrent en jeu et
notre croix fut montée, plantée et bien calée
pour 15h00. Nous étions le vendredi saint 27 mars 1959
et de ce sommet, une prière ardente commune s'éleva
vers les cieux. Ce fut très émouvant lorsque le
père VIVEX plaçant son étole, bénit
cette grande croix. A genoux, tous les participants prièrent
bien conscients que nous venions de réaliser ensemble
un projet important ; il n'y avait plus de blancs ni de noirs
mais des scouts qui ont crevé ensemble dans un but commun
: élever ce témoignage chrétien qui se voyait
de très loin. Cette cérémonie du vendredi
saint à 2269 m d'altitude resta gravée de manière
indélébile dans mon esprit. La photo
1789 donne
une idée de la situation d'IBANDA par rapport à
BUKAVU. La photo
1790 montre avec précision la position
du mont LUHANGA par rapport à IBANDA.
Le soir, un dernier feu de
camp nous réunit à nouveau. Comme les autres soirs,
les guitares et les harmonicas furent de sortie et les champs
fusèrent jusque bien tard dans la brousse environnante.
Le samedi 28, les sacs furent bouclés très tôt,
les tentes repliées et une fois le tout rangé,
les écologistes de tous temps que sont les scouts quadrillèrent
tous les terrains précédemment occupés pour
ramasser le moindre déchet, témoin de notre passage.
Hibou, gérant de la propriété et chef de
camp, passa une inspection sévère et se montra
très content du travail de toutes les troupes.
Après un courte mais bonne restauration l'ordre d'embarquement
dans les camions fut donné et à la queue leu leu,
la flottille de camions s'ébranla et la route d'IBANDA
à Bukavu résonna une fois de plus de chants joyeux
chantés à tue-tête en français et
en swahili !
Fin d'après midi, le matériel bien remis en place
dans les locaux adéquats, les scouts regagnèrent
leur " home " à temps pour se préparer
aux cérémonies de Pâques de la soirée.
Haut
31 Soirs de
PÂQUES : deux pour le prix d'un !
Rentré vers 18h00, avant
la tombée du soir, la salle de bain m'attendait et l'eau
chaude de la baignoire fut un délice après la semaine
passée en camp intensif !
Décrassé, décapé, requimpé,
je troquai l'uniforme pour le costard et c'est en famille que
nous partîmes pour l'office de Pâques proposé
à la Cathédrale. Fort conscient du calendrier,
je me souviens très bien m'être fait la réflexion
: " Franz, imprègne toi un max de ce que tu vis car
c'est la dernière fois sans doute ! ". Aussi ai-je
apprécié la douceur de cette soirée de Pâques
et la profondeur de cette célébration dans ce milieu
particulier de BUKAVU. De plus, point de vue météo,
BUKAVU était bien plus proche de Jérusalem que
ne l'est Bruxelles !
Le lendemain, dimanche de Pâques,
les visites en famille furent au menu avec évidemment
les jeux de société et bien sûr, les conversations
privilégiées avec l'une ou l'autre des " petites
amies " qui comme par hasard rendaient visite aux mêmes
familles que nous ! (Les billets échangés sur les
bus grâce aux frères et sœurs, ça fonctionnait
bien malgré tout !)
De délicieuses soirées furent passées ainsi,
avec les parents dans les pièces d'à côté,
les jeunes refaisant le monde sur la terrasse ou dans le jardin.
Les autres jours furent consacrés aux rencontres organisées
au beach du collège où nous profitions d'endroits
ensoleillés ou ombragés, de sentiers pour nous
promener, du lac pour nous rafraîchir et bien souvent aussi
en finale, de l'un ou l'autre parent qui vers midi ou 17h00 nous
ramenait " at home " pour le tchop ! (revoir photos
1606,
1607,
1608).
Si ce genre de délassement
me convenait fort bien, l'appel de la brousse et des évènements
me séduisait tout autant. Aussi quand à l'improviste,
le mardi 31 mars, le père VIVEX débarqua à
la maison vers les 16h00 pour voir si j'étais disponible,
une réponse positive était prête avant la
question ! Le problème était le suivant : plusieurs
de nos pères jésuites s'occupaient d'aide aux missions
en comblant les vides dans des postes reculés où
il n'y avait pas de missions officielles d'installées.
C'est ainsi que notre chef de clan chez qui nous avions été
en novembre 1958 (voir premier trimestre) avait sollicité
du père VIVEX l'organisation d'une cérémonie
de Pâques car, par manque de prêtres, ils n'avaient
eu qu'une petite veillée pascale sans célébration.
Le père avait donc besoin d'au moins un servant pour les
différentes phases de la cérémonie et la
remise en ordre du matériel de célébration
dans les valises ad hoc. Les autres copains, déjà
engagés dans diverses activités n'avaient pu répondre
positivement. Je fus donc seul à partir avec lui et il
fallait faire vite car nous devions être sur place avant
la tombée de la nuit. Nous devions atteindre une plantation
sur la route du Biega. La photo
1791 nous montre les diverses
routes entre Bukavu et les contreforts du Biéga. L'ellipse
rouge montre notre point de départ. Nous devions arriver
dans le triangle formé par BUSWIRA, KADGEGE, et le bas
du BIEGA (photo
1792).

C'est quelque part par là
que se trouvait la plantation de notre chef de clan dont j'ai
retrouvé le nom : SCHMIDT, futur beau-frère d'Alain
DELVILLE. Comme de toute façon, la demande venait d'un
" révérend père " mon père
n'y voyait aucun inconvénient et en 2 temps 3 mouvements,
je fus en uniforme correct et j'embarquai avec un bon pull et
mon battle dress (rappelez vous ces vestes des surplus militaires
que beaucoup d'entre nous portions lors de randonnées
en brousse ; sur les photos
1705,
1706 et
1707 on voit plusieurs
d'entre nous portant ce genre de veste). Le pick-up était
déjà prêt et nous n'eûmes qu'à
grimper sur le siège unique avant. Les sièges de
ce genre de véhicules étaient souvent d'une seule
pièce ce qui permettait à 3 personnes de se tenir
aisément sur la banquette. Félix démarra
en trombe car on approchait des 17h00. Pour franchir les 40 à
45 km entre Bukavu et BUSWIRA il fallait tout de même une
bonne heure car il fallait faire le crochet par BAGIRA, remonter
vers KABARE puis un peu après, tourner vers la route du
BIÉGA, passer à hauteur de SHIBINGU et monter alors
vers le BIEGA (revoir
1791 et
1792).
Je retrouvai avec plaisir notre chef de camp et sa jeune épouse
et après le " shake hands " d'usage, nous nous
rendîmes au centre coutumier local où une grande
salle permettait d'établir un autel solide et d'accueillir
beaucoup de gens. Entre temps, dehors près de l'entrée,
des Congolais allumaient le feu qui devait servir à la
célébration. Une foule ahurissante et haute en
couleur nous attendait ! Le père me donna les instructions
d'usage pour préparer lutrins, évangile, burettes,
calice, ciboires . Pendant que j'officiais, il se mettait en
tenue adéquate. Tout fut bientôt prêt et en
phase avec la nature qui se plongeait dans l'ombre, le soleil
se couchant, la crécelle donna le signe du début
de la cérémonie. Les braises bien à point
permirent ainsi de voir s'élever une flamme unique lors
de l'allumage de la première bougie et ce fut la propagation
de la lumière de bougie en bougie. Quel moment émouvant
de voir cette lumière s'épandre à travers
toute l'assistance.
Cette célébration avec toutes ses phases fut magnifique
et pour moi " petit blanc " avec quelques autres "
petits blancs " noyés dans cette foule énorme
de Congolais, ce fut merveilleux de partager cette communion
intense qui nous rassemblait. Dès le retour des cloches,
les chants fusèrent et ponctuèrent toutes les phases
importantes qui suivirent. Le moment de la communion fut particulièrement
émouvant et il fallut un temps fou pour la distribuer
tellement ils étaient nombreux.
Cet office de Pâques restera un événement
exceptionnel car si trois jours avant, j'avais vécu les
cérémonies dans la grande cathédrale de
Bukavu, il venait de m'être donné cette chance unique
de les revivre dans un dépaysement total, en pleine brousse
et entouré par une majorité de frères chrétiens
congolais. Nous étions tout au plus 5 à 6 blancs
pour des centaines de Congolais.
J'insiste encore une fois sur le côté sécurité
de cette soirée. A aucun moment, aucun membre de notre
équipe ne se sentit menacé de quoique ce soit malgré
la déglingue sociopolitique entamée à Léo
au début de l'année et c'est en toute fraternité
que nous avons partagé cette cérémonie.
Rentrés à la
plantation, l'épouse du chef nous proposa un repas finement
préparé par son pishi (cuisinier) de premier ordre.
Le " chateaubriand " qui nous fut servi fut digne de
chez " Maxim's " et le vin qui l'accompagnait ne provenait
pas de la dame-jeanne traditionnelle de vin portugais mais bien
de bouteilles de vin bien français importées par
le magasin KINO de Bukavu. Félix de son côté,
guindaillait avec le pishi et les autres congolais de service,
mais en conducteur consciencieux qu'il était, il n'exagéra
point sur la " Primus " afin de nous ramener à
bon port. Soirée à nouveau inoubliable sous une
pleine lune énorme qui argentait de sa lumière
tous les environs. Après ce réveillon improvisé,
nous prîmes congé de nos hôtes non sans les
avoir remerciés quant à leur accueil chaleureux.
Une variante de taille avec
Bukavu était à prévoir car, si au raz du
lac la température de la veillée pascale faisait
penser à la douceur du temps à Jérusalem,
là haut dans les montagnes il ne faisait pas chaud et
le pull prévu vint bien à point. Bien calé
entre le père VIVEX et Félix, derrière le
pare-brise panoramique du pick-up, je pus apprécier le
spectacle unique et pourtant toujours renouvelé de ce
clair de lune sur ces paysages féériques de la
région des montagnes entourant le lac Kivu. De plus, une
fois ce lac en vue, le reflet de la lune sur sa surface renchérit
encore la qualité de la vue. La température se
radoucissait au fur et à mesure que l'on descendait. Si
nous avions disposé des appareils que nous utilisons maintenant,
nous aurions ramené des images dignes du " National
Geographic Magazine ". Enfin, il faut se faire une raison,
tout a une fin et c'est vers les deux heures et demie du matin
que le père VIVEX me débarqua. Je lui promis que
pour des activités pareilles, il pouvait toujours compter
sur moi.
Tout au long du retour et tout
en admirant ce qui défilait devant mes yeux, je mesurais
toute la différence entre les copains qui vivaient en
brousse et ceux qui vivaient en ville. Je comprenais pleinement
l'intensité de ces moments vécus en pleine nature,
le " pourquoi " du nombre important d'anecdotes que
nos copains broussards pouvaient raconter et aujourd'hui, je
comprends le " pourquoi " de cette nostalgie qui tient
aux tripes tous ceux qui ont vécu au Congo ! Pour cette
raison, à la moindre occasion, pour le moindre prétexte,
je filais à mon tour en pleine nature dès que possible
! Et heureusement, ces vacances de Pâques-là, je
fus particulièrement gâté ! Après
l'OUGANDA, le camp d'IBANDA, l'office de Pâques de BUSHWIRA,
une autre aventure m'attendait !
Haut
32 Apprentis
" Robinson CRUSOË " ou Apprentis " COUSTEAU
" ?
Le lendemain, mercredi premier
avril, sorti des vapes vers les 11h00, le goût de la sauce
au poivre encore en bouche, j'eus la surprise de voir mon ami
Didier van de WERVE en grande discussion avec ma mère.
Il venait solliciter une autorisation d'escapade mais cette fois,
ni à pied, ni en pick-up mais en kayak ! Il est vrai que
depuis tout un temps, Didier avait le projet de faire une balade
en kayak sur le lac dépassant la baie de N'GUBA. Il possédait
un kayak deux places et comme la villa de ses parents surplombait
cette baie, un chemin permettait une mise à l'eau proche.
Deux de ses amis, les frères PALANTE, étudiants
de l'athénée comme lui et possédant aussi
un kayak double place, furent séduits par l'idée.
Guy et Luc de leur prénom, firent remarquer à Didier
que seul sur son kayak il serait toujours à la traîne.
Du coup, il pensa à son compère des 400 coups pour
tenir la seconde paire de rames et c'est pourquoi je le trouvai
chez moi ce matin-là !
Le projet de camp avait été
mûri consciencieusement et tout était prévu
pour séjourner 4 jours sur une île dont le nom est
CUSIMBA. Celle-ci est située quelques îles plus
loin au nord de l'île aux Lapins que nous apercevions en
descendant du collège au beach !
Double en superficie de celle-ci, elle était l'avant-dernière
du chapelet d'îles partant de Bukavu et longeant le Ruanda.
Point de vue matériel, les deux pointes des kayaks étaient
bourrées : tente, victuailles, vêtements de rechange,
crème solaire, fusil pour la chasse, une grosse dame-jeanne
pour l'eau potable et enfin, une réserve non négligeable
de paquets de cigarettes BELGA à savourer surtout le soir
autour du feu de camp !
C'est ainsi que le lundi 6
avril, vers les 10h00 du matin, nous embarquâmes pour l'épopée
nautique. Ça n'a l'air de rien mais pagayer en phase demanda
tout de même un peu de temps mais heureusement quelques
centaines de mètres plus loin, les zigzags cessèrent
et nous filâmes droit vers le large avec ardeur. Vu du
dessus des avenues de Bukavu, la distance entre les îles
semble peu importante, mais une fois sur des petites embarcations
telles les nôtres, les vraies distances se dévoilent
et là, ce n'est plus la même chose ! Enfin, le temps
était magnifique et le ciel d'un bleu impeccable à
peine encombré d'un ou deux nuages filandreux. Chapeau
scout, ambre solaire et lunettes foncées furent d'un grand
secours sur la surface lisse de ce merveilleux lac. Nous n'avions
pas d'appareil photo, je le regrettai amèrement mais d'autre
part, il aurait peut-être souffert suite à un incident
subaquatique qui se présenta un peu plus tard.

Enfin, après une bonne heure et demie de navigation nous
accostâmes sur notre île. Celle-ci n'avait aucune
habitation. Il y avait tout au plus quelques traces des feux
et de présences dues aux pécheurs de passage. Sur
la photo
1793 (reprise au chapitre précédent sous
le n°1619) on voit nettement le chapelet d'îles et
l'endroit présumé de celle qui nous accueillait.
Sitôt débarqués,
nous délestâmes les embarcations de tout le matériel
et nous partîmes en quête d'un endroit propice pour
planter la tente. Nous fûmes d'accord pour un endroit bien
ombragé au sommet de l'île entre quelques hautes
futaies qui protégeaient du soleil et du vent. Nous fîmes
deux équipes. L'une composée de Didier et Luc repartit
illico avec le kayak et la tourie vers une île voisine
où il y avait une source d'eau potable. Cette île
n'avait pas été retenue pour le camping car sans
végétation protectrice ; sa seule qualité
: avoir une source d'eau potable ! Toujours est-il que nos deux
compères s'en allèrent à la quête
non du graal mais d'eau potable ! Pendant ce temps-là,
Guy et moi montions la tente, mettions en ordre le camp et nous
préparâmes de quoi lancer le repas.
Deux bonnes heures passèrent
et toujours pas de retour des copains ! On commençait
réellement à s'inquiéter lorsque enfin ils
débarquèrent. Nous vîmes immédiatement
qu'ils avaient l'air penaud et présentaient un profil
bas et pour cause ! Si le trajet aller s'était bien passé,
le début du retour fut laborieux. Suite à un faux
mouvement et au poids de la grosse tourie pleine d'eau, voilà
nos deux gaillards qui se retournent avec le kayak et la tourie
qui se met à couler. ! La surprise passée, nos
deux amis, remirent l'embarcation à l'endroit mais passèrent
un temps fou à ce que l'un des deux rentre dedans. Après
cette rude opération, il fallut récupérer
la dame-jeanne qui heureusement flottait entre deux eaux. Ce
ne fut pas une mince affaire car, en apnée, à des
profondeurs inhabituelles pour de simples nageurs, ce ne fut
pas de la tarte pour la remonter. Une fois en surface, tant que
l'engin restait dans l'eau, Archimède nous venait en aide
mais une fois qu'il s'agissait de la faire remonter dans le kayak,
(25 kg d'eau à bout de bras), le déséquilibre
et le manque d'appui firent qu'ils procédèrent
à maints essais avant d'y arriver ! Ils retournèrent
à l'île de la source pour rééquilibrer
le kayak, remonter à 2 dedans et enfin revenir en évitant
de se renverser à nouveau. Ce fut matière à
raconter et à bien rigoler pour les copains, mais quelle
ne fut pas notre déconvenue lorsqu'on s'aperçut
que nous avions oublié de retirer toute la réserve
de " Belgas " des poches de toile du kayak ! Moralité
: on ouvrit tous les paquets et l'on prit le risque de faire
sécher les cigarettes qui n'étaient pas en charpie,
au soleil sur un vieux tronc. Deux heures après, en plein
soleil généreux, elles étaient sèches
mais lorsqu'on essaya d'en fumer une, on s'aperçut qu'elles
avaient un goût atroce ! Sans cigarettes, ce camp sur le
lac Kivu fut pour nous une cure d'air frais.
Cette première alarme
passée, nous fîmes le tour de l'île et l'on
put chasser quelques ramiers pour le souper qui fut délicieux
et sauvage à souhait bien que les ramiers ne soient pas
aussi tendres que les pigeons. Le premier soir, après
une petite veillée autour d'un feu agréable, nous
pensions passer une nuit délectable et douce. C'était
sans compter avec les caprices du temps sur le lac Kivu. Vers
les deux heures trente du matin, éclata un orage très
violent. Un vent assez costaud balayait tout sur son passage
et une pluie diluvienne s'abattit sur l'île une heure durant.
Malgré les rigoles que nous avions creusées autour
de la tente comme c'est l'usage, la violence du déferlement
d'eau fit que deux d'entre nous durent relever et maintenir les
4 coins du tapis de sol pour que nos effets et les couchages
restent au sec pendant que les deux autres ayant rechaussé
leur godasses, s'arcboutèrent contre les piquets principaux
de la tente afin d'éviter qu'elle ne s'envole. Ce fut
unique à voir : 2 gars assis sur une pyramide de brol
recouvert de bâches, tenant les 4 coins relevés
pour que l'eau ne s'y engouffre pas pendant que les deux autres
maintenaient la tente, les pieds dans les torrents d'eau. Comme
toujours aussi, ce genre de turbulence violente ne durait heureusement
pas trop longtemps et une bonne heure après, les éléments
se calmèrent et il ne subsista plus alors qu'une pluie
normale. Au petit matin le soleil réapparut et le ciel
bleu aussi ; la température monta assez vite si bien que
toutes traces du déluge de la nuit disparurent de nos
effets. Inutile de vous dire que la sieste de l'après
midi fut longue afin de récupérer des cabrioles
de la nuit. Heureusement, Eole nous laissa tranquille et le soleil
brilla sans discontinuer jusqu'au retour.
Le troisième jour se
passa en beaucoup de natation et en balbutiements de plongée
car justement au magasin d'articles de sport tenu par la famille
de Didier on avait pu trouver des masques et des palmes. En apprentis
" Cousteau ", nous nous en donnâmes à
cour joie et malgré le manque d'expérience et de
ceintures de plomb, on s'amusa comme des petits fous ! Heureusement
aussi que le corned-beef avait été débarqué
avant l'incident du kayak retourné sinon, nous aurions
dû abréger notre séjour. En effet, pas du
tout stupides les ramiers, après notre premier jour de
chasse, se planquaient terriblement bien et l'île étant
petite, nous étions repérés dès que
nous sortions le fusil ! Nos deux dernières nuits furent
réellement très douces et l'on dormit avec les
bas côtés de la tente relevés pour voir scintiller
la lune et les étoiles à travers les branches des
arbres qui nous entouraient et nous avaient protégés
lors de la tornade de la première nuit.
Tout a une fin, et après
une dernière baignade, un dernier repas de midi, nous
remballâmes tout notre attirail et sans incident et très
heureux de notre camping sauvage, nous rentrâmes au bercail
le jeudi 9 avril vers 16h00. Luc et Guy PALANTE ayant encore
quelques baies à traverser avant d'arriver chez eux, nous
nous séparâmes à l'entrée de la baie
de N'GUBA afin qu'il ne fasse pas de la route inutile. Nos "
au revoir " furent calmes afin d'éviter les retournements
intempestifs ! Il fallut bien sûr rentrer le matériel
à la villa de Didier et mettre le kayak au sec tout en
vérifiant bien qu'on n'y avait pas fait d'accroc. Crevé
mais très heureux de l'être, je rentrai à
la maison, non sans d'abord avoir narré, Didier et moi,
nos aventures à Mr et Mme van de WERVE. Ils avaient tout
de même été un peu anxieux la première
nuit lorsque la tornade avait frappé ! Chez moi, rebelotte,
mes parents tenaient à savoir comment on avait survécu
! Que du bonheur quoi !
Haut
33 Le retour
à la normale.
Après un bon bain chaud
pour la détente (et non pour le décrassage puisque
nous avions été toujours à l'eau) et une
bonne nuit dans un lit normal, j'étais prêt pour
la fin des vacances. Ce fut alors un mélange de rencontres
diverses avec les copains, les copines (surtout) et aussi bien
sûr la dolce vita dans la salle des grands au collège
qui durant les vacances était ouverte aux internes mais
aussi aux externes qui rendaient visite à leurs copains.
Sur la photo
1794, on voit nettement souffrir de farniente un
interne (Victor HERMAN, à gauche) et deux externes (Alain
DELVILLE et Jean Marie LIBBRECHT à droite).
Durant cette dernière
semaine, la XXème KIVU fit un camp du 8 au 11 avril à
la propriété " HONGO " (Qui ne se souvient
de l'eau HONGO !). Le dimanche 12 avril, le docteur SCHYNS, président
de l'APEKA, annonce avec joie lors de la réunion de parents
que les sections latin - math et latin - sciences sont agréées.
Une nouvelle étape est franchie ! Le second trimestre,
vacances de Pâques inclues, se terminait. Il fut très
riche en activités et émotions et est resté
pour moi une des plus belles périodes que j'ai vécue
au CONGO.
Au risque de me répéter, je dirai que je comprenais
de plus en plus les copains qui vivaient en brousse et qui pouvaient
tous les jours vivre des choses petites ou grandes mais qui rendent
si belle la vie. Que ce soit les plantes, les animaux, les contacts
humains, les aventures au quotidien du broussard, tout contribua,
je crois, au fait que nous soyons tous profondément marqués
par ce pays merveilleux !
Le troisième trimestre est là, ça devient
hyper sérieux quant aux examens. Bien armé par
la mentalité que nos pères jésuites nous
inoculaient, j'abordai celui-ci avec une certaine sérénité
tout en sachant que ce ne serait pas facile.
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