En guise d'introduction :
Les origines
       

Note inédite du P. Joseph Van Wing établie le 21 novembre 1964 pour satisfaire au désir exprimé par quelques Pères de Bukavu à l'occasion du jubilé de leur collège célébré à Bruxelles (Saint-Michel) en septembre 1964. (Un cachet rectangulaire indiquant : "ARCHIEF SJ, Heverlee, KOPIE" a été appliqué sur chacune des six feuilles de ce texte qui nous ont servi de modèle)

Les origines du COLLÈGE NOTRE-DAME DE LA VICTOIRE à Bukavu

Les premières écoles pour enfants européens s'ouvrirent dès 1911 à Élisabethville, où l'activité de l'Union Minière et le climat tempéré attiraient un nombre croissant de familles de race blanche. Ces écoles devinrent dans la suite le "Lycée Marie-José" des Sœurs de la Charité et le "Collège Saint-François de Sales" des Pères Salésiens.

Après la première guerre mondiale un phénomène démographique analogue se produisit dans la province de Léopoldville grâce à l'expansion économique et aux progrès de l'hygiène. En 1927 le ministère des colonies fit appel aux Religieuses du Sacré-Cœur pour ouvrir une école pour enfants européens à Léopoldville. Il ne s'agissait pas ici d'une école officielle comme celles d'Élisabethville, mais d'un établissement d'enseignement libre, subsidié et inspecté par le gouvernement. Cette école s'ouvrit en janvier 1928. En 1934 les religieuses recevaient une aide de deux Pères Jésuites (les Pères Lecocq et Comeliau). En octobre 1937 les Pères, sous le rectorat du P. Joseph Mols, eurent leur propre école pour garçons, mais provisoirement dans les locaux du Lycée du Sacré-Cœur.

Au Kivu l'installation de familles de race blanche débuta seulement en 1928. Le mouvement fut retardé par la crise mondiale de 1930. Il reprit dès 1934, quand la crise toucha à sa fin au Congo. Le même phénomène se produisit, mais moins intense, au Kibali-Ituri et au Ruanda-Urundi. En 1936, à la demande de Mgr. Leys, Vicaire Apostolique du Kivu et de celle de l'administration coloniale, les Dames de la Sainte Famille fondaient un petit pensionnat pour enfants européens à Costermansville. Comme il fallait prévoir qu'un nombre croissant de garçons dépassant les 12 ans sortirait du pensionnat et resterait privé d'une école appropriée en Afrique, Mgr Leys dut bien songer à un collège pour garçons. En 1938, en voyage ad limina, il demanda au P.M. Schurmans, Provincial de Belgique Septentrionale (ndlr : il s'agit des SJ néerlandophones) , de prendre en charge un collège, à Costermansville. Réponse : Impossible, faute de personnel. A Rome, Mgr Leys fit la même demande à la Curie Généralice. Même réponse. A Rome, comme à Bruxelles, la réponse négative n'était pas un refus de principe. Alors Mgr Leys se décida à fonder l'école par ses propres moyens. Il en chargea le P. G. Mosmans, qui ouvrit la première classe pour garçons européens dans les locaux provisoires de la mission Sainte-Thérése, début décembre 1938.

Une deuxième classe s'ouvrit en 1939, une troisième en 1940. Mais entre-temps la guerre, prévue longue, renforça considérablement les raisons qui existaient pour établir un collège définitif dans l'Est du Congo. Mgr Leys négocia dans ce sens avec l'administration provinciale. L'affaire fut portée au niveau du gouvernement général à Léopoldville et devant la Délégation Apostolique. La conclusion fut de reprendre le projet de Mgr Leys de 1938 et de négocier avec la Compagnie de Jésus. Fin 1940 Mgr Verwimp, Vicaire Apostolique de Kisantu et le P. Van Wing, Supérieur Régulier, reçurent chacun une lettre émanant du gouvernement et de la Délégation Apostolique, leur demandant de reprendre l'examen de la question. Le gouvernement leur proposait de faire le voyage à ses frais, pour aller étudier sur place les voies et moyens pour établir un collège S.J. à Costermansville.

La responsabilité de l'affaire incombait au Supérieur Régulier. Mais un aspect intéressait le Vicaire Apostolique, celui du personnel à affecter au collège, étant donné que ce personnel devrait être prélevé dans le cadre de celui qui était au service du Vicariat, et, à cet effet, il fallait un accord entre les deux autorités. Seul était encore à la disposition du Supérieur Régulier le P. Monnens, qui était arrivé de Rome au Congo en septembre 1940 et qui n'avait qu'un statut provisoire à Ngidinga. Il semblait providentiellement destiné pour devenir le fondateur et le premier recteur du collège que les autorités religieuses et civiles demandaient à la Compagnie.

Au début de janvier 1941, Mgr. Verwimp et le P. Van Wing se rendirent au Kivu. L'avion "Fokker" y mettait alors trois jours. Mgr Leys, conduisant lui-même sa camionnette, leur permit de visiter les principales missions de son Vicariat et quelques-unes des Vicariats de l' Urundi et du Ruanda. Après ce tourisme on résida une bonne semaine à la mission Sainte-Thérése à Costermansville. Le P. Van Wing entretint deux fois longuement du projet le gouverneur Noirot, avec qui il avait lié amitié en 1924 et 1925, quand M. Noirot était commissaire de district adjoint résidant à Madimba. M. Noirot le mit en contact avec M. Dangotte, ingénieur directeur provincial des T.P., qui était son ami personnel, et avec M. Nef, architecte attaché au T.P., que le P. Van Wing avait également connu dans le Bas Congo. M. Dangotte était le fonctionnaire qui devait approuver les plans et devis et le cahier de charge du collège projeté, et signer les procès verbaux de constat de chaque construction achevée. M. Nef allait devenir l'architecte très compétent, dévoué et désintéressé (photo 185)  du collège. Il fera tous les plans à titre privé pendant ses heures libres.

Le P. Van Wing, durant trois jours, prospecta seul à pied les cinq presqu'îles de Costermansville : la botte d'abord qui alors était presque entièrement occupée, ensuite celles de la Marine, de la Force Publique et celle de la résidence, enfin Nya-Lukemba, à l'entrée de laquelle il trouva un terrain inoccupé de près de 9 hectares, contigu à la propriété de M. X. Dierckx. Un Ha environ était une eucalypteraie. Elle appartenait à la Force Publique et jouxtait le domaine de M. Dierckx. La terrain était bordé vers le nord par le lac, vers le sud par la route qui menait à Cyangugu. Il avait une pente d'environ 4%, mais en haut il y avait une superficie d'environ 1 Ha presque plat et qui n'exigeait en tout cas qu'un minimum de terrassement. C'est là que fut construit le premier rectangle du collège avec la cour d'honneur.

Le P. Van Wing arrêta son choix sur ce terrain et soumit son idée à M. Noirot, à Mgr Leys, à M. Dangotte et à M. Nef. Les quatre personnalités l'approuvèrent. Il se rendit alors à la direction du Comité National du Kivu (C.N.K.), qui possédait le pouvoir concédant sur ce terrain. Le directeur du C.N.K. prétendait que ce terrain était réservé pour la future extension de la ville et offrait un autre situé dans la vallée de la Ruzizi. Le P. Van Wing alla prospecter ce terrain. Celui-ci ne convenait nullement ni comme site, ni au point de vue hygiène. Retour chez M. Noirot. Celui-ci dit au P. Van Wing :"Vous ne pourrez vaincre l'opposition du C.N.K. qu'en négociant avec le gouvernement général".

Avant de quitter Costermansville le P. Van Wing eut encore un entretien avec M. Dangotte et M. Nef. Il s'agissait de savoir les possibilités locales de fournir les matériaux de construction et les ameublements nécessaires pour un grand collège. Ensuite d'obtenir une confirmation de l'avis qu'ils avaient donné qu'on pouvait construire avec étages, grâce à l'emploi de poutrelles anti-sismiques. En 1941 Costermansville ne possédait encore aucun bâtiment à étages.

Dans un dernier entretien d'affaires avec Mgr Leys, le P. Van Wing obtint la confirmation formelle de la promesse antérieure concernant les trois Pères Blancs qui resteraient au service du collège jusqu'au moment où la Province Belge Septentrionale pourrait fournir du personnel venant de Belgique. Toutes ces négociations, à l'exception de celle avec le C.N.K., étaient menées avec la réserve nettement formulée, qu'il fallait attendre l'autorisation du P. Général de la Compagnie avant de passer à l'exécution. Avec Mgr Leys, le P. Van Wing convint encore sur deux points : - Le premier que dès l'autorisation reçue de Rome il enverrait le P. Monnens, qui résiderait comme hôte à la mission jusqu'à la fin de l'année scolaire 1940-41, mais qu'il prendrait la fonction de recteur dès la rentrée des classes en septembre 1941, tout en étant chargé de la responsabilité des constructions du collège au nouvel emplacement. Le P. Mosmans garderait les fonctions de préfet des études. - Le deuxième : Dès que le nouveau collège pourrait abriter les professeurs et les élèves, les Pères Blancs attachés au collège y prendraient résidence en communauté autonome aux frais du collège et avec cuisine commune.

Le P. Van Wing informa Mgr Verwimp de toutes ces négociations et des mesures envisagées. Mgr Verwimp marqua son accord complet. Il était bien entendu que le Vicariat Apostolique ne devait assumer aucune charge financière dans l'entreprise. Mentionnons encore qu'après un dîner offert par M. Dierckx en l'honneur de Mgr Verwimp et de Mgr Leys, M. Dierckx promit de donner deux hectares de son domaine au collège au cas où les négociations aboutiraient.

De retour à Léopoldville le P. Van Wing eut un entretien avec le Délégué Apostolique et avec M. Pierre Ryckmans, gouverneur général, et exposa à ces autorités l'essentiel des démarches accomplies à Costermansville. Il y vit également le général Ermens, général de la Force Publique, à qui il exposa le projet de demander au gouvernement la concession du terrain prévu à Costermansville et d'y inclure, si le général voulait bien le permettre, 1' eucalypteraie contiguë au domaine de M. Dierckx. Le général dit qu'il était d'accord sur ce point et qu'il serait heureux de contribuer un peu à la réalisation d'une grande œuvre, qui devait jouer à Costermansville un rôle semblable à celui que le collège Albert I accomplissait à Léopoldville. Les eucalyptus de la Force Publique ont merveilleusement servi pour les échafaudages du collège en construction.

Revenu à Kisantu, le P. Van Wing mit au courant la consulte de la mission et adressa immédiatement au P. Assistant d'Angleterre résidant à Londres (ndlr : nous sommes en guerre) , une lettre dans laquelle il lui exposait les démarches et projets mentionnés ci-dessus et demandant qu'il veuille écrire sans tarder au T.R.P. Général pour obtenir l'autorisation si instamment désirée par les autorités civiles et religieuses du Congo. Il informa également, sub secreto, le P. Monnens du projet de Costermansville.

La réponse du P. Assistant à la lettre envoyée au début de février avec le courrier diplomatique arriva après une quinzaine de jours. Elle était négative.

Entre-temps était arrivé à Kisantu, et ensuite à Lemfu (ndlr : Kisantu, Lemfu et Mayidi sont des missions jésuites situées entre Léopoldville et Matadi, dans le territoire de Madimba et relèvent également de la province septentrionale, donc flamande, des SJ, tandis que le collège Albert à Léo dépendait de la province wallonne) le ministre De Vleeschauwer, qui pendant la guerre avait la compétence, dévolue en temps normal au Roi, de législateur ordinaire du Congo, moyennant approbation du conseil des ministres. Le ministre prit fait et cause pour le projet de collège avec une vraie ardeur. Le P. Van Wing lui demanda de voir personnellement le P. Assistant à Londres pour lui exposer les vues du gouvernement. Mais sans attendre il avait envoyé une deuxième lettre au P. Assistant, où il exposait avec plus de force les arguments du Délégué Apostolique et ceux du gouvernement général. Quelques jours après le retour du ministre à Londres(ndlr : pour rappel, le gouvernement belge siège à Londres durant l'occupation allemande de la Belgique) , arriva un télégramme adressé au P. Van Wing et signé par le P. Assistant : "Autorisation souhaitée accordée". Une semaine après vint une deuxième lettre réponse du P. Assistant plus nettement négative que la première. Mais le télégramme portant une date postérieure à cette lettre, rendait celle-ci nulle et non avenue.

Le P. Van Wing se rendit immédiatement à Léopoldville pour négocier, après entente avec le P. Mols, la convention qui comportait deux points principaux : la concession à la Compagnie de Jésus du terrain convoité de 9 Ha et le montant des charges financières pour la construction du collège, qui incomberaient au gouvernement d'une part et à la Compagnie d'autre part. Négociations d'abord avec le service des terres dirigé par M. de Thibaut. Opposition d'abord dure du service qui reprenait les arguments du C.N.K. Le P. Van Wing maintenait ferme sa demande arguant de l'obligation morale qu'il avait de fonder le collège sur un site absolument favorable pour la santé des élèves, et affirmant hardiment d'autre part que l'opposition du C.N.K. était inspirée au premier chef par l'appât du gain qu'il espérait réaliser plus tard, quand ce terrain serait parcellé, si la ville s'étendait dans cette direction. Or, si le C.N.K. voulait mériter le nom de National, il ne devait pas par désir d'un gain futur s'opposer à un établissement que le gouvernement considérait comme répondant au bien général de la Colonie. Le service des terres céda.

Au service de l'enseignement il s'agissait d'obtenir que les charges financières seraient établies à 85% pour le gouvernement et 15% pour la Compagnie. Le service arguait que jusqu'à présent le taux avait été de 50% et dans certains cas de 70% au maximum pour le gouvernement. Le P. Van Wing répliquait que les règles établies pour des temps normaux ne pouvaient pas s'appliquer à un cas exceptionnel, qui se caractérisait par ces deux éléments : - Ce n'est pas la mission qui désire le collège, mais c'est le gouvernement. - La mission séparée totalement de la Province belge ne peut assumer des charges qu'elle est incapable d'honorer. Finalement le service de l'enseignement céda. Entretien avec M. le gouverneur général qui approuva sans enthousiasme. Quelques jours après un haut fonctionnaire dit au P. Mols que le P. Van Wing avait pratiqué du chantage.

Pendant le même séjour à Léopoldville, le P. Van Wing vit deux fois M.J. Rhodius, administrateur délégué de Utexléo, à l'intervention duquel il avait pu établir à Lemfu la Teksikulu (Ecole de tissage). M. Rhodius lui dit qu'Utexléo disposait d'un stock important de matériaux de construction, notamment de fer à béton et de tôles ondulées de première qualité, acquis avant la guerre, et qu'il pourrait lui en vendre une partie pour le collège en projet, pourvu qu'il soit payé en dollars.

Le P. Van Wing négocia alors un emprunt à la Banque du Congo Belge. Le directeur général de la banque, M. Goemans, finit par lui accorder un prêt de 3 millions de francs congolais en dollars avec un taux d'intérêt de 5% au lieu du 7% habituel. Le P. Van Wing acheta pour 2.500.000 frs à Utexléo du fer à béton et des tôles galvanisées, qui ont permis au P. Monnens de travailler toute la guerre durant à la construction du collège. Ces matériaux acquis au prix courant d'avant guerre avaient doublé de prix en 1942, et, par surcroît, étaient introuvables à Costermansville. Le demi million de reste de l'emprunt fut porté en compte en banque du P. Monnens, établi à la demande du P. Van Wing à la succursale de la B.C.B. à Costermansville.

La convention entre la Colonie du Congo Belge et l'Association des Pères de la Compagnie de Jésus desservant la mission du Kwango connut une laborieuse rédaction de plus de trois semaines, et fut finalement signée par M. P. Ryckmans, gouverneur général, et le P. Van Wing, représentant légal de l'Association.

Ce fait acquis, le P. Monnens partit pour Léopoldville les derniers jours de mars 1941. Il y fît visite à Mgr. Dellepiane, délégué apostolique, prit contact avec le service de l'enseignement et fit connaissance du collège Albert I, de son organisation, programme d'études, système de discipline, et se concerta longuement avec le P.J. Mols, recteur et fondateur du collège.

Deux jours avant son départ pour Costermansville, le P. Van Wing alla le rejoindre et lui remit une somme de 100.000 frs (c'était tout ce que contenait la caisse du supérieur régulier) et une procuration en bonne et due forme lui déléguant tous les pouvoirs de représentant légal des Pères de la Compagnie de Jésus pour traiter avec le gouvernement et les tiers toutes les affaires concernant la construction du collège de Costermansville.

Un fait de "petite histoire". La veille du départ du P. Monnens, lui et le P. Van Wing avaient assisté à un déjeuner offert en l'honneur de M. Bourdillon, fils du gouverneur général du Nigeria, venu en visite officieuse auprès du gouverneur général du Congo Belge. L'hôte qui recevait était M. F. Peddler, chef de la "British Economic Mission" auprès du gouvernement du Congo Belge. Ce monsieur Peddler avait été l'hôte pendant trois jours du P. Van Wing à Lemfu en décembre 1940. Ancien directeur de l'Education Board de l'Afrique Anglaise il avait désiré connaître de plus près le système d'éducation des Jésuites flamands. Il avait été introduit par le P. Burbridge, supérieur régulier de Salisbury. Le hasard voulut que le "Junker" qui devait ramener M. Bourdillon à Lagos partait quelques minutes avant le "Fokker" que prendrait le P. Monnens. M. Peddler et le consul anglais et d'autres personnalités anglaises qui accompagnaient M. Bourdillon et qui avaient participé au déjeuner de la veille, vinrent avec empressement à la rencontre des PP. Monnens et Van Wing, au grand ébahissement du personnel dirigeant de la Sabena et des hauts fonctionnaires belges qui venaient saluer M. Bourdillon à son départ. Ils ne comprenaient rien de ces marques d'honneur à l'égard de deux missionnaires barbus en soutane blanche. Le P. Monnens n'y perdit rien au point de vue prévenances de la Sabena au cours de son voyage.

Le P. Van Wing fit la visite canonique de Costermansville - collège en 1942 et 1943. Il envoya en septembre 1941 le P. scolastique Cl. Poelmans, professeur et surveillant, ensuite le Fr. De Merechy, le P. E. Van den Broeck (photo 137) , le P. scolastique A. Cauwe, le P. M. Van den Abbeele, récemment ordonné à Mayidi, et en 1944 le P. scolastique P. Bouckaert. Nombre minime pour le collège, énorme pour la mission de Kisantu, qui ne reçut pendant la guerre que deux nouveaux prêtres. Par ailleurs le Seigneur rappela à lui trois prêtres, un scolastique et 3 frères, tandis que le personnel restant devait entretenir toutes les œuvres.

En septembre 1945 le P. Van Wing dut revenir en Belgique avec un mandat spécial de l'épiscopat du Congo Belge et du Ruanda-Urundi. Il exposa au R.P. J. Janssens, provincial de la Province belge septentrionale, la situation du collège Notre-Dame de la Victoire telle qu'elle s'était développée de l'origine jusqu'en septembre 1945. Le P. Janssens en tira la conclusion qui s'imposait : La province belge septentrionale reprenait à son compte le collège.

En annexe : 3 notes explicatives

1. - Le statut provisoire du P. Monnens : raisons de ce statut provisoire :

. Le statut de la mission 1940-41 avait été établi en août, avant son arrivée.

. Il avait quitté le Congo en 1920 et n'avait repris contact que durant quelques semaines en 1931. Il lui était utile de reconnaître le Congo 1940 avant d'assumer des fonctions de direction.

. Sa très forte personnalité était un motif supplémentaire pour un tel stage.

2. - La convention concernant le collège de Costermansville signée par le gouvernement général du Congo Belge et le représentant légal des Pères de la compagnie de Jésus établie en deux exemplaires authentiques se trouve au gouvernement central à Léopoldville et dans les archives de la Province d'Afrique Centrale, du moins devrait s'y trouver. Elle a été insérée en annexe par M. A. Buisseret(ndlr : Auguste Buisseret, dernier ministre des colonies en 1960) dans l'ouvrage intitulé "Rapport de la commission sénatoriale au Congo Belge en 1947", publié à Bruxelles en 1948.

3. - La campagne du collège de Bukavu à Cyangugu. Après un dîner donné en l'honneur de M. Jungers, gouverneur du Rwanda Urundi en 1943 par la famille Mendiaux et auquel assistèrent les Pères Monnens et Van Wing, M. Jungers dit au P. Van Wing qu'il tenait à la disposition du collège un terrain à Cyangugu, qui convenait parfaitement comme maison de campagne. Remerciements chaleureux des deux Pères.
Le P. Van Wing avait depuis 1927 des relations confiantes avec M. Jungers alors président de la cour d'appel de Léopoldville. Ils voyagèrent sur le même bateau Matadi - Anvers. Le P. Van Wing travaillait à un manuscrit du plus ancien dictionnaire bantu, qui fut publié en 1926. Le deuxième jour du voyage M. Jungers l'accosta au salon des dames, où il travaillait : "Allons, Mon Père, vous avez assez travaillé aujourd'hui. Allons causer un peu sur le pont". Il me dit qu'il avait lu l'ouvrage "Études Bakongo" et que ce livre l'avait intéressé. De plus il me déclara qu'il avait entendu parler de deux thèses que je défendais et qui paraissaient révolutionnaires à l'administration:

. La première : "Les chefs coutumiers, les vrais, gardent tous leurs pouvoirs reconnus par le droit coutumier, à l'exception des restrictions apportées par les règles générales édictées par le pouvoir législatif colonial. Ils conservent donc aussi leur pouvoir législatif, quoique restreint par les deux normes précitées".

. La deuxième : "Sur les terres non domanialisées, donc appartenant à la collectivité indigène vivant sous les règles du droit coutumier, les propriétaires peuvent exercer tous les droits inhérents à la propriété et donc exécuter tous les travaux de mise en valeur qui ne sont pas interdits par une disposition légale du pouvoir colonial."

Depuis le 2ème jour du voyage jusqu'à Anvers, M. Jungers et le P. Van Wing causèrent tous les jours de 17 à 19 heures. Fin 1931 M. Jungers vint trouver le P. Van Wing pour une affaire particulière. Ce n'est qu'en 1943 qu'ils se rencontrèrent à nouveau,

J. Van Wing, s.j.